‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 509 sur 607 · ARMES · texte numérisé non relu

ARMES

Plus, une lettre à James Turing fils, de Tervèrt,is«. ordre de me livrer tous les fusils qu'il a reçus, mi d'empêcher l'embarquement jusqu'à remise par im et cautionnement engagé ! Plus, une lettre à son armvncr de Bruxelles, pour qu'il se transporte à Tervère'^ ma réquisition, y reconnaître que les fusils nont été nus touchés par personne depuis qu'il les a encaissés aa vxk de février dernier, et que tout est conforme à l'étal fj"!! en a donné.

On voit que je suis bien en règle. Mais dans c«."cij<riv vois pas que personne y fasse mention ni des/zre/t'M/ww d'un Provins que Lecointre m'a opposées, ni des «rtf^ que ce Pwvins a mis auprès du négociant Osy. poar qu'il ne livrât point ces armes à Pierre-Augustin fi««marchais, qui est moi.

Dans tout ceci je ne vois pas non plus qu'd so.l question d'aucuns débats sur ma propriété des arma. [^' aucun autre propriétaire qui les ait arrêtées à Tcrtfr^ connue k ministre Lebrun a dit expressément audf»v4.' dateur Lecointre qu'il venait d'en faire à rin^Lml b très-heureuse découverte.

Monsieur Lebrun ! monsieur Lecointre ! ces qu.itf^' actes sont imprimés. Les originaux, je les ai. Li<eï-lî^ bien, chacun dans votre esprit. Lebrun suit la iiwrcbt des taupes; on a rendu Lecointre injuriant poiirmti deux genres d'escrime où je ne suis pas fort. Voyi«n>>i la raison et la modération sont des armes d'assez bcuiR ' trempe pour faire plier celles-là!

Un mot d'explication est nécessaire ici pour levit toute obscurité sur la conduite dos Hollandais.

Loin que les états puissent dire (comme le {irèlenl M. Lebrun) qu'ils n'ont jamais empêché ces annes éi sortir; qu'il y a eu seulement des oppositions de ;nsonnes se disant propriétaires, etc., la vérité, prouYét par pièces juridiques (ma requête du li juin et lare-

MÉMOIRES

■ ponsc des élats-gcnéraux du 26 juin 1792), la vérité, ^ dis-je, est que le seul réclamant qui se fût opposé au " départ de ces armes était un sieur Buohl, ministre, ^ agent de l'empereur, qui prétendait que son auguste maître avait encore des droits sur ces fusils, quoique

- M. Osy (de qui seul je les tiens) les lui eût bien payés

* comptant; quoique ce même Osy, avant de les faire en- ' lever des citadelles de Matines et Namw ou d'Anvers,

- pour satisfaire aux lois de son traité, eût fait fournir à

- l'empereur, par MM. Valkiers, Gamaraches de Bnixelles, un cautioimement de cinquante mille florins^ lecpel est libellé dans Tacte, duquel cautionnement, qui éteint Ums droits de r empereur y je me suis fait donner, comme on l'a vu, cette attestation notariée par le même ban-

• quier Osy, ainsi que quittance finale de mes payements ' faits à lui par-devant le même notaire, pour répondre à . M. Buohlf et plus encore à MM. Clavier e et Lebintn, qui

feignaient d'élever des doutes non seulement sur ma

propriété, mais sur Texistence même des armes dans le :! porl de Tervère,

La note de M. Buohl remise aux états de Hollande, : au nom du roi de Hongrie, devient tellement importante

pour reconnaître \\ tout jamais la vérité, le vrai motif ' de Tembargo des Hollandais sur nos fusils, et la véracité

du ministre Lebrun, que je vais Tinsérer ici.

Note de M. le baron de Buobl, chargé des affaires de la cour de Vieîtne, remise le 5 juin 1792 à LL. HH. PP. ; et le 8, par M. le greffier Faijel, à M. de Maulde, ministre plénipotentiaire de France à la Haye, qui en a remis copie à M. de la Hogue le 9, lequel a répondu 'le 12, et auquel LL. HU. PP. ont répondu le ^^ juin,

€ Le soussigné, chargé d'aff^ures de S. M. le roi apostolique de Hongrie et de Bohême, a l'honneur de s'aj dresser à M. le greftier Fagel, le [)riant de vouloir bien , porter à la connaissance de LL. Illl. PP., que les armes qui se trouvent actuellement au port de Tervère en Zélande sont celles qui ont été vendues par le département de Tarlillerie du roi aux Pays-Bas, à la maison Jean Osy et fils, de Rotterdam, sous la condition expresse que lesdiles armes seraient transportées aux Indes, et qu'il en constaterait au gouvernement. Cette condition, bien loin d'avoir été remplie, ne pourrait que trop facilement être élmlée^nu préjudice du service de S. M., par r effet d'un contrat de rétrocession fait en faveur de divers acquéreurs.

ë Le droit manifeste qui en résulte pour le roi apostolique de réclamer sa propriété *, par le non-accomplis-

* Il csl j<ili le droit, quand il n'y a nulle rpoque fixée ilani |*»s«tils ai 1rs. pl qu'O.tf/ a fourni une canliDU f\o cinqnnnie mille floritiB : ft quand les tribunaux de l'empereur m^me «)nl lait adju;^'er o»s ainH"> au sieur Lnhaije, sur la rt*tr«nessi«»u d'Oi/// Il est >rai que c'était avant qu ils sussent «jue Lahayc. nie les céderait |»our la France. Les manœuvres n'ont commencé contre l'extra lilion des annes que lorsqu'ils ont été iustruits, jmr la loyauté de no» bureaux de la guerre d'alors, que j'étais Vache' Uur de» fusils, et qu'il» étaient pour nos soldats. Voilà ce que Lebrun n'a jamais innoré. Ainsi le droit de l empereur était aussi fondé «lue l ignorance de Lebrun sur ce fait était vraie!

sèment de la condition mentionnée, a motivé les ordres trés-précis en verlu desquels le soussigné est chargé de demander l'interposition et l'autorité de LL. UU. PP., afin que leur exportation ne puisse s'obtenir sous aucun

PRKTEXTK QIEI.CONQUE. »

(Entendez-vous ces mots , mon dénonciateur : sous aucun prétexte quelconque? Tout vous parait-il expliqué ?)

« Les états généraux se prêteront sans doute avec d'autant plus d'empressement à cette mesure de justice, qu'ils ne sauraient manquer d'apprécier dans leur sagesse les raisons combinées qui ont porté le gouvernement général à s'attacher à la condition exprimée, dont les circonstances survenues depuis justifient trop Vobjet FOUR s'en désister, n

(Entendez-vous encore ceux-ci, L^coi/i<rc? sentezvous maintenant jusqu'à quel point vous fûtes abusé par le publicistc Lebrun ?)

« Fait à la Haye, le 5 juin 1792.

« Signé : Le baron de Buohl-Schavensteix. •

Or ce M. Buohl, au nom de Tempereur, avait porté sur ces fusils les prétentions que vous venez de lire, et dont le ministre Lebrun, qui feint toujours de l'ignorer, a la preuve depuis six mois dans cette même note de M. Buohl du 5 juin 1792; dans notre requête du 12, présentée par M. de Maulde aux états généraux, en réponse à M. Buohl, avec une note pressante de notre ambassadeur; enfin, dans la réponse de LL. HU. PP., du 26 même mois : toutes lesquelles pièces ont été remises à Lebrun, étant premier commis, par M. Chambonas ; et depuis par moi-même, en sa qualité de ministre.

Et les complaisants Hollandais (grâce à leur molle politique) trouvaient les prétentions du sieur Buohl si justes, qu^ils en arrêtaient nos fusils ! comme si la Hollande, où ces armes sont par transit et dont j'ai payé tous les droits, devait à ce Buohl la complaisance de vex^r un Français pour plaire à Sa Gracieuse Majesté, très-impériale sans doute, mais nullement propriétaire !

Vous avez vu comment LL. HH. PP., en répondant à notre requête du 10 juin, oii nous demaMons Vextradilion des armes à grands cris, disaient, dans leur rél)onsedu 20, que les propriétaires (qui sont moi) avaient eux-mêmes renoncé à P exportât ion de ces armes. Puis, quand ces vrais propriétaires leur soutenaient avec respect qu'ils n'avaient dit nulle part cette lourde bétisc verbalement ni par écrit, nosseigneurs ne disaient plus rien, fumaient gracieusement leurs pipes, et gardaient encore mes fusils.

Bien est-il vrai qu'ils ajoutèrent dans leur réponse du,26 juin (ce qui est plus mtéressant) que ces négociants (toujours moi) étaient les maîtres de disposer, d'après leur bon plaisir, des neuf cent vingt-deux cai^ses, viiiglsepl barils (tonneaux) de fusils et de baïonnettes, dans /intérieur de la république, attendu que Vimportation de ces armes est permise sans restrictio.n, moyennant le payement des droits, qui ont iié, acquittés. (Ac<iuiltés par moi, monsieur Lecoi/i/re / acquittés /Mir moi, mon-

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sieur Lebrun !) Ne perdons pas le iil du raisonnement des Hollandais : il est parfait.

Ils me donnent le droit de vendre mes armes dans l'intérieur y parce que jai payé les droits : mais quels droits leur ai-je payés ? Ceux de transit. Admirez la justesse! parce ffue j'ai payé les droils qu'on nomme de passage, celui d'entrée et de sortie, ils gardent mes fusils sous clef! (L)ieu bénisse les politiques avec leurs fatals raisonnements !) Et c'est de cette nourriture qu'on alimente ma raison depuis neuf tristes mois, tant en Hollande qu'à Paris ! Hollandais^ Duohl et Lebrun, vous êtes tous dé la même force !

Notez encore que ces Étals, amis de Vempereur Fiuxçois, me donnaient une permission (que je ne leur demandais point) de vendre ces fiL^ils en Europe à nos ennemis j qui les recherchaient à tout prix (si c'est non BON pLMsiR, disent-ils), malgré que Vempereur , leur ami, eût exigé d'un Hollandais que ces armes iraient à Saint-Domingue j sous peine de cinquante mille florins, et malgré que LL. UH. PP., à l'appui de cette sûreté, eussent exigé de nous en avril trois fois la valeur de ces armes. Jeu puéril ! tout était oublié ! Soldais français, tout était bon, pourvu que vous ne les eussiez jamais ! El nos perfides ministres en abusant Lccointre, et faisant publier la chose, viennent de faire gagner la partie à vos ennemis, par votre décret de novembre !

Hélas î nos seigneurs de Hollande noiu traitaient comme gens qui ne méritaient pas quon se donnât la peine d'avoir raison en leur parlant /Moquerie oulrageuse que Lebrun connaissait! Et c'était votre ambassadeur. ôFranl'ais,(\uon bafouait ainsi : car il appuya ma requête d'un très- fort mémoire de sa main, au nom de la nation française! Mais pounpioi m'en étonnerais-je, lorsqu'il était bien plus bafoué par le minisire de Paris (jue par le bureau de la Haije ?

En demandant pardon à cet ambassadeur maltraité, vexé, rappelé, quoiqu'il soit bien dans la diplomatie un des hommes les plus forts que j';iie jamais rencontrés, un travailleur infatigable, à qui je donnerais très-liaiitonient ma voix pour en faire un ministre des affaires étrangères, si on les choisissait sur leur capacité : hélas ! j'en dis tout le bien que j'en sais, pour (pi'il daigne me i)ardonner la contrariété que je me \ois forcé de lui faire éprouver.

Pour revenir à mon affaire, je somme donc M. de Maulde de déclarer, sans nul détour, si tout ce que j'ai dit tenir de lui sur le Conslantini est faux.

Je le somme de présenter la lettre (ju'il a reçue à ce sujet de la Neuve Lomhacrl d\[nicrs sur la cession de mes fusils.

Et comme le Conslantini est vantard, avec son parter un peu niais, je sonnne aussi M. de Maulde de décliner à la nation si ce que cet hoinine a dit en d'autres lieux, savoir : quil donne un intérêt de vingt-cinq pour rent sur tous ses achats de llolhtnde à certain prtflcrteur de son privilège e.rclusif, cl lui en a remis sa buLMissio.N, il ne le lui aurait ]>ab dit aussi dans? a'S vanteries accoutumées.

Je le somme encore de nous dire s'il ne loi a pts fait quelque offre semblable^ à lui-mêtne. pour femr les yeux sur le tout, même y aider d«ins PoccasioD.

Ce qui m'engage «î peser sur ces faits, c'est le rafipd si brusque et sans motif, de cet ambassadeur, aa moment où c'était un crime d*enlever de la Hofe n homme aussi instruit des intérêts du Nord, aussi w des Hollandais, très-est imê de leur gouvemaDeni, quoiqu'on lui fit des avanies par haine de noire matin: au moment, dis-je, où tous les cabinets venaient se mêler et se peindre au cabinet slathoudérein conini»* Iwt l'horizon se peint sur la rétine de notre œil, gnuidf connne un œuf de serin !

Et si, contraire au triumrapinat, l'honueur de M. de Maulde Ta obligé de rejeter leur offre, je ne métonnerai plus de son brutal rappel, quoiqu'il fût l'honmie le plus propre à nous bien servir en UollaDde! Des ngards aussi vigilants auraient pu génerbiendes choses ! Eh ! qu'est le bien de la patrie près de M. 0»stantini? 11 a bien mieux valu y envoyer Thainrille,(pL tout aussi vantard que Paulre, leur disiit noblenmt au Havre, en racontant quil allait reiecer de Maulde: Je m'en vais à la Haye balayer toute la boutique.

Celte diplomatie peut sembler un peu bien étrange i ceux qui savent combien il faut de vrai talent, de grâces, de ruse et de souplesse pour faire supporlerofi missions inquisitoriales I

Tels sont les gens qui mènent nos affaires, enlisant du gouvernement un réceptacle de vengeance, ■ cloaque d'intrigues, un tissu de sottises, une ferme if cupidité !

Après avoir fini avec Osy de Rotterdam, et b»5 aucun égard aux menées de Lebrun, mais atlendinlce qu'il me ferait dire par son nouveau coll^qie P<k*'. j'écrivis à M. de Maulde une lettre oflicielle, le 21 wvendjre, ayant rapjwrl à la réception de mes arme?, qu'il était obligé de faire en qualité de maréchal àr camp. J'y joins la lettre de ce ministre, en répons* âlj mienne du 2.'.

Cette réponse de M. de Maulde, exacte et fort lioimèie, comme tout ce qu'il écrit, est remarquable par Irws points :

h Parla conviction où il est que tous ces rerewkm protégés de marchandises hollandaises, Conslantini el compagnie, ne me pardonneront pas de les avoir pri^^ d'agioter sur mes fusils. Je crois, dit-il, que pour parer encore a quelque diablerie, car tous ces factieux dù^ leurs ne vous les écomiseront pas, (Me.

2' Elle est remarquable par sa très-franclie volnoîc d'exécuter sur ces fusils les devoirs qre lui imposiit fe traité du I8 juillet, d'après les ordres de Lebrun, qu'i^ ne croyait point illusoires.

ù" Par ta fatigue qu'il avait des vexations sam «"••«bre que mon affaire n'avait cessé de lui faire éproHt''^ depuis huit mois qu'il la traitait et la suivait auprtf '/-^ états de Hollande. (Voyez sa lettre )

Il y en avait donc réellement, de longues et fatif/tinU-i vexations de la part des états de Hollande sur cette ^f-

MÉMOIRES

fldre^ que Tambassadeur vigilant ne perdait pas de vue depuis huit mois, dont il avait lassé les ministres de France, et dont le Lebrun^ qui se donne Tair aujourd'hui de s'instruire des faits par un nouvel agent, avait

î en les oreilles battues et les deux yeux frappés cent Cdîs comme premier commis, ensuite comme ministre,

i par vingt dépêches de M. de Maulde, et par mes vives

! réclamations !

M. de Maulde m'envoyait avec sa réponse une lettre réquisitoriale au commandant français à Bruxelles, La

' Toici ;

« U Haye, ce Hi novembre 1792, Tin l" de It république française.

< ClTOTEIf,

« La présence de M. Tùmson de Bruxelles étant abso- Imnent' nécessaire dans ce pays pour terminer un achat ^ d*annes fait par le citoyen Beaumarchais pour le gou- Temement de notre république, je vous prie, citoyen général, de faire obtenir à M. Tomson le passe-port nécessaire pour ce voyage. Servir la patrie, voilà notre devoir et notre plaisir. L'aimer uniquement, voilà le culte digne de nous, vrais Français républicains.

< Signé Emm. db Maulde dbHosoar. »

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