‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 523 sur 607 · FAIT AUX AUTEURS DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

FAIT AUX AUTEURS DRAMATIQUES

i!!iqiii semblent lever entre eux tous un septième eïieciK sur »lâ recette annuelle, n'en touchent réellement qu'un vingt- ««|»fiéme fil masse f et que la proportion exacte du sort i»4es Tingt-trois comédiens à celui des vingt-trois auteurs aMl, poar chacun des comédiens, comme vingt-sept francs ^ nm^ ious. Gela peut paraître choquant ; en voici la ^praire évidente :

Si les auteurs vivants n'ofTraient à jouer aux corné-

f^ÊBOB que des ouvrages en cinq actes, el qu*on en don-

^nil un tous les jours de Tannée, les auteurs touche-

jraieiit par an le septième du produit net. Mais comme

,1e foDife existant du plus superbe répertoire d'ouvrages

^d*aateurs morts ne laisse d'espoir à ceux qui vivent que

.de Toir jouer leurs pièces au plus de trois jours Vun, en

^eonciurrence avec les chefs-d'œuvre anciens, ilsnetou-

dieront jamais dans la recette annuelle qu'un septième

dans les tiers des représentations ^ ou le vingt et unième

ms total; encore en supposant qu'on jouerait, dans ce

temps qui leur est consacré, une pièce en cinq actes

per jour.

Hais comme il est aussi prouvé que, sur les ouvrages •ouTeaux, la succession de la mise au théâtre est toujours établie entre une pièce en cinq actes, une en trois actes et une en deux ou un, qui ont différents honoraires, il en résulte qu un tiers seul des ouvrages reprélOités offre à ses auteurs l'honoraire du septième; puis le second tiers, le dixième; et l'autre enfm, le quatorwiime : lesqi^s tous pris ensemble n'offrent quun neuwéème effectif, qui n'a lieu, ainsi qu'on l'a vu, que pour seul tiers de Tannée.

Donc la part annuelle des auteurs, ne pouvant être en que dtf neuvième dans le tiers des recettes, n'est que du vingt-septième sur la totalité; ce qu'il fallait vous démontrer.

Tout ceci bien prouvé, quelle que soit la recette, forte on faible, immense ou exigué, la proportion sera toujours la même, du sort des comédiens au vôtre. Ainsi (pour donner un exemple qui ne sorte point du sujet), pendant Tannée dernière la Comédie française prétend n'avoir touché que huit milte francs de part entière, au total de cent quatre-vingt-quatorze mille livres, divisées en vingt-trois parties ; les vingt4rois auteurs de Tannée, t*iU n'avaient pas retiré leurs pièces, n'auraient partagé entre eux tous, dans la proportion du vingt-septième établi, que sept mille cent quatre-vingt-cinq livres. Donc trois cent douze livres eussent été le sort de chaque liomme de lettres.

Les auteurs se contenter d'un, lorsque les acteurs ont ringt-sept^ ce n'est point là ruiner la Comédie française, En quelque ville de Tempire que vous employiez un théâtre à ce taux, vous pourrez vous vanter, messieurs, d'un parfait désintéressement.

Parcourons d'autres hypothèses. Je suppose que les comédiens, trouvant leur répertoire usé, pensent qu'il est de leur intérêt d'exploiter plus de nouveautés, et qu'au lieu d'un tiers de Tannée ils doivent leur en con- WÊcrer deux : il est bien clair alors (tous les rapports restant les mêmes, quand oelui-lji seul est changé) que

le sort dès auleurs se trouverait doublé, et qu'au lieu de dix-huit mille francs ils auraient à se partager trentesix mille livres chaque année; qu'alors la proportion de sort entre les comédiens et eux ne serait plus comme vingt- sept à un, mais seulement comme dix-huit.

Mais aussi, comme cette idée ne peut venir aux comédiens que lorsqu'ils sentiront enfm que les six septièmes d'une grande recette valent mieux que les sept septièmes d'une petite : si le sort des auteurs était doublé en masse, celui des comédiens reviendrait tout ce qu'il fut dans ces formidables années ou, au lieu de cinq cent mille livres, ils eurent jusqu'à un million de produit brut à répartir. La proportion serait toujours la même entre le sort des comédiens et des auteurs ; seulement le pro« duit aurait été doublé pour -tous.

Que si sans augmenter la recette commune présumée à deux mille cent livres, les comédiens sentaient qu'ils ne peuvent arriver même à ce taux moyen qu'en forçant sur les nouveautés (les ouvrages anciens leur rendant à peine les frais), alors il faudrait revenir à ce trèsbon raisonnement qu'ils repoussent de toutes leurs têtes, que, les nouveautés seules faisant la prospérité des spectacles, i( est peut-être encore moins malhonnête que maladroit de vouloir amoindrir le sort modeste des auteurs, au risque de périr faute de bonnes nouveautés ; lorsque, dans les grandes nnnées'oû la portion de chaque comédien a monté à vingt-sept mille francs, celle des vingt-trois auteurs ensemble n'a jamais été jusqu'à trente-huit mille livres.

Je crois savoir, ainsi que vous, quel peut être l'espoir des comédiens français, lequel n'est pas toujours déçu : c'est que quelques jeunes auteurs, en faisant leurs premiers essais, pressés de gloire ou de besoin, leur céderont souvent des pièces au prix qu'ils voudront en offrir. Mais ces jeunes gens, détrompés, ne tarderont pas à sentir le tort qui leur aura été fait, lorsque les troupes du royaume, eu leur demandant leurs ouvrages qu'on aura joués à ce théâtre, leur diront assez justement : Les comédiens français vous donnaient le dixième, ou le seizième^ ou le vingtième, qui vous rapportaient peu de chose ; nous, dont les recettes sont moindres, nous ne vous offrirons pas plus. Où vous avioz vingt francs chez eux, il >ous revient vingt sous chez nous. Alors, sentant la conséquence du mauvais parti qu'ils ont pris, et qu'une démarche légère les met à la merci de tous les directeurs, ils quitteront les comédiens français.

Abordons maintenant la question des frais journaliers. Ils n'ont rien de semblable entre eux que la nature des articles, qui ne doit varier nulle part. La valeur de chacun d'eux varie selon l'importance des théâtres, suivant le plus ou moins d'objets qu'un spectacle veut embrasser.

Les seuls articles invariables que vous allouez aux spectacles, sous le nom de frais journaliers, dans Vim primé qu'ils ont reçu de vous, sont :

I^ loyer de la salle ; La garde, autant qu'elle est payée -, Le luminaire ;

lUPPORT

Le chauffage;

L':> bonnement des hôpitaux, tant que Tabonnement subsiste ;

Les employés au service du spectacle ;

Les affiches, les imprimés ;

Le service pour les incendies.

Vous n*en avez point passé d'autres.

Ces objets arrêtés, vous avez vérifié, en traitant avec les spectacles, à quelle somme chacun montait, et vous les avez tous alloués avec la plus grande équité sur les registres et les renseignements que chaque théâtre a fournis.

Puis ils vous ont priés, pour simplifier les comptes, d'en faire une somme commune qu'on allouerait à famiable, en ajoutant, pour frais extraordinaires, entre un cinquième et deux cinquièmes de la somme allouée, dont le total serait la retenue journalière au delà de laquelle le partage commencerait sur lepiedrfu«e/)/«ème, ainsi que vous Tavez réglé.

Le résultat de vos calculs vous a fait allouer, messieurs, sept cents livres de frais, tout compris, à la Comédie italienne, même somme de sept cents livres au Théâtre-Français de la rue de Hichelieu, six cents li\TCS par jour au Théâtre dit du Marais; ainsi en proportion aux autres.

Restaient MM. les comédiens français, qui, calculant avec chagrin la diiïérence qui résulte pour eux de la concurrence actuelle à leur monopole passé, n'ont voulu traiter avec vous qu'au dixième de la recette pour les pièces en cinq actes, retenant huit cents livres pour les frais journaliers ; plus, les frais extraordinaires. Mais vous avez ju^^c, niossiours, que vous ne pouviez vous écarter de celte unilé de principes qui sert de base à vos traités avec tous les autres théâtres, sans rester exl'osés à des réclamations, à desdilllcultés, à des débats sans nombre; et vous m'avez chargé d'écrire en voire nom aux comédiens français, que, sans rien changer au jMssé, vous continueriez tous de trailer avec eux au septième de la recette, en allouant avec équité les seuls articles de frais ci-dessus spéciliés comme à tous les nulres IhéAIres, quelles qu'en fussent les soumies établies d'après leurs registres.

Dans leur cil igrin. ils ont été longtemps sans vouloir les connnuniquer. Kntui, les ayant obtenus, j'ai fait un long travail, dont le but paci(i(|ue était de leur prouver cprà la différence prés d'Iiériler des auteurs au beau milieu de leur carrière, dont le décret du lô janvier les avait justement privés, ils ont réellement obtenu l»oaucoup (ramendements en mieux sur divers articles des frais.

Les auteurs, leur dis-je, ne vous passaient depuis douze ans que six cents livres de frais par jour : et 1 ourtant, par les relevés de vos registres mêmes, sur Ions ces articles de frais, alloues nominativement , \ous ^ngniez déj:», de compte lait, trente et un mille livres par ;ui, pnisijue tons ces Irais journaliers (les seuls '|u' dloni'ient les auteurs, d'accord avec vous sur ce \ oint) I e se moulaient chez vous, d'après les livres de

vos comptes, qu'à cent êoirante-iroU mille quatre enrfi livres, quand les auteurs vous en passaient cent qoaAKvingt-quatorze mille quatre cents, en vous allouant à l'amiable six cents livres de frais par jour, et comptât Tannée théâtrale alors de trois cent vingt-quatre joirs.

Au lieu de six cents livres que les auteur? passaiest, ils vous en ont offert sept cents, qui, calculées à tras cent cinquante jours par an, vous feront désornuii une autre différence en gain de trente-cinq mille Bnw chaque année.

Vous gagnez les vingt mille écus de Tolre abooiMment des pauvres.

Vous ne payez point de loyer, quand les autres speolacles en ont au moins pour trente mille livres chaco».

Vous ne payerez plus quatorze mille livres de garde extérieure, car cette exigence est injuste. La différence de ces sommes (en i ^'Jqq **| comptant comme vous comptez) < 35!ooo ) 170,00*) l.

bonifiera donc votre sort, sur \ 6o,ooo ' vos dépenses journalières, de cent soixante-dix raille livres par an. Ces gains-là, messieurs, vaudrai?^ U'ieux qu'un misérable grappillage sur le traitemefll des auteurs, lequel ne vaut pas mille écus, et peat amener votre ruine.

Si vos recettes sont diminuées par les événemratâ actuels, c'est un mal passager que les auteurs partant avec vous. Ce n'est point sur leur sort modeste q« vous pouvez réparer ce malheur. Quand vous annuloia leur entier traitement à tous, il est trop disproportiooDé pour entrer en ligne de compte avec les gains puissants qiie vous regrettez justement.

Eh ! que ferai! leur sacrifice entier, lorsqu'il e>l démontré que (sept cents livres de frais levées) deux mille cent livres de recette par jour vous donneront un produit net, par an, de quatre cent quatre-vingt-dix oiill? livres, dans lequel produit les auteurs ne peuval jamais entrer en masse que pour dix-sept mille siicenU livres qu'ils se partagent entre vingt-trois : ce qui doit j.roduire à chacun sept cent soixante-cinq livres par an. (juand vous aurez pour chaque part vingt raille cinq cent tren!e-neuf livres?

Si, au lieu de lever sept cents livres de frais.voust^fl voiliez prendre neuf cents; au lieu de deux cent quirante-cinq mille livres par an, vous lèverez alors Irob cent cinquanle fois neuf cents livres, ou trois cent quinze mille livres. Suivant votre façon de coin[»ter. dont je vous prouverai le vice, la différence en pl'iN pour vous, sera de soixante-dix mille livres. Mat ( omme les auteurs ne partagent que sur le pied ('« neuvième dans le tiers, qui est le vingt-septième, ^tws ne retrancherez sur la part des mêmes auteurs que Je neuvième du tiers des frais, qui n'est aussi qu'un vinflseplième.

Et c'est donc pour leur arracher ce ringt-septièmfàe soixante-dix mille livres par an, ou deux mille cinq cent qualre-vingt-<louze libres sur leurs dix-sept niiH* six cents livres, que vous vous obstinez à refuser leun» i>frres ! car tout le reste porte sur vous. Remarque! Ijien

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