RAPPORT
après avoir levé six cents livres de frais, était un sort bien magnifique abandonné par les auteurs. Depuis douze ans aussi, dirigés par le même esprit, vous voyez sans chagrin, messieurs, que tous les auteurs dramatiques ne s'étaient jamais partagé jusqu'à trente-huit mille francs par an, dans ces fortes années où le produit brut d'un. million laissait aux comédiens français vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept mille francs de part entière.
La médiocre somme que vous vous partagiez n'aurait rendu à chaque auteur alors que mille six cent cinquante livres en masse, s'ils avaient fait bourse commune.
Vous vous étiez réduits ainsi, parce que vous aviez jugé que les comédiens ont des chances de revers auxquelles vous n'êtes point soumis, parce que vous pouvez cesser de faire des pièces de théâtre quand ils ne peuvent cesser d'en jouer ; parce que leur état, exigeant des dépenses, leur impose un genre de vie dispendieux et dissipateur, que le travail du cabinet vous rend à vous presque étranger; parce qu'enfin l'homme de génie peut s'honorer d'être fier, pauvre et modeste, lorsque le talent du débit demande une sorte de faste. Vous aviez donc tous arrêté que, levant les frais du spectacle réglés à six cents francs par jour, chaque auteur n'aurait qu'un $epiième sur le restant de la recelte pour un grand ouvrage en cinq actes, et les autres en proportion, laissant aux acteurs qui les jouent les six spptihnes de tout le reste.
Vous ne changez rien aujourd'hui à ces mode>tes conventions, sinon qu'au lieu de six cents livres vous fil passez sept cents aux comédiens français, sans augmenter votre sort d'une obole. On chercherait en vain ici la cause du plus léger débat, et pourtant vous en avez 1111 qui me parait interminable.
Avant de mettre au jour ce qui vous honore, messieurs, dans cette répartition de gains d'une plus grande inégalilc que ceci n'en offre l'aspect, permet tez-nioi de rappeler succincleinenl les bases générales d'où sortent vos traités avec tous les théâtres.
1" La loi du Kcplihne exigé sur la recette pour les pièces en cinq actes (une somme de frais levée) doit être rigoureusement uniforme pour tous les théâtres de France; sans cela, plus de base f\XQ à l'état futur des auteurs ; vous suivrez, pour les autres pièces, votre proportion établie àvi dixième et du quatorzième ^\xv \q règlement du septième.
2* La loi que vous vous faites de passer aux spectacles une somme de frais équitablement arrêtée, dont les articles ne varient point, doit être maintenue aussi : sans cela, plus de règles pour traiter avec les spectacles; tout devient arbitraire, et les disputes recommencent.
5° La méthode de simplifier les comptes de celle partie, en substituant une somme lixe de frais alloués à l'amiable aux détails fatigants d'un examen perpétuel de ces frais, est assez bonne selon moi, mais c'est lorsque le résultat d'une discussion préliminaire rentre à peu près dans la somme allouée ; sans cela les auteurs
seraient justement assaillis des plaintes des spedida qui se trouveraient traités moins favorablement fi d'autres ; et c'est ce qu'on doit éviter.
4** Les considérations particulières qui peafcnt im accorder des exceptions avantageuses à de art» théâtres doivent toujours être expliquées dans ksoi» ventions écrites, pour qu Viles répondent d'annoea réclamations des spectacles qui ne se trouxeraioitpÉÉ dans le cas d'obtenir de ces exceptions.
5" Nul auteur signataire dans la libre assocîMioB ft le bien du théâtre exige, ne doit se croire en droilj rien changer dans ses conventions avec les spectida qui joueront désormais ses pièces; autrement iimtéEvient uif combat sourd d'intrigues perpétudlespoir A* tenir des préférences, et l'état des auteurs modérés é paisibles serait pire que par le passé.
6* Vous devez tous vous regarder comme lesdéisseurs-nés des théâtres, pour arrêter les veutknsfR les abus d'autorité voudraient leur faire supporter; d cet article est de rigueur pour vous.
Il serait bien à souhaiter, messieurs, que tontes b questions qui s'élèveront relativement à ces prineipa fussent à l'avenir jugées à Famiable par un comité ^ gens de lettres et de théâtre, bien choisis» où tOBsb contendants, auteurs et comédiens, expliqueraiedis motifs de leurs prétentions réciproques, afin qœoesèbats, qui, portés dans les tribunaux, y sont sooTenli* du côté qui prête au ridicule, cessent de mettre b hommes d'esprit ou de génie de la littérature à la men des sots dont le monde est toujours rempli.
Appliquons maintenant au Théâtre-Français l'os^ de tous ces principes.
Si l'exactitude des chiffres donnait des résultats séjè» res contre les comédiens français, n'en induisez p«5,K vous prie, que je suis l'ennemi d'un arrangement arec eux. Personne plus que moi n'en sent la grande ntiié, à laquelle je souhaiterais qu'on pût faire fléchir la rigueur même du principe. C'est à vous de juger, n«sieurs, si vous pouvez admettre en leur faveur deso»sidérations particulières; ou si, dans des disposilioos (|ui intéressent autant vos successeurs que vous, il t(rb est permis d'accueilHr d'autre principe de décision qae celui seul de la justice.
Des comédiens se réunissent vingt-trois perïono^ pour partager les emplois d'un spectacle elles produits de l'entreprise, ou tous les njois ou tous les ans: soit qu'ils jouent, soit qu'ils ne jouent pas dans l'ouvrage iJe chaque auteur, ils partagent tous au produit; car ilssoot en société.
Les hommes de lettres qui se succèdent pour fooniir •MU jeu d'une année les représentations théâtrales, senti peu près vingt-trois aussi par an. Chacun d'eui ne partageant point quand on joue l'ouvrage d'un autre.'* n'élant point en société ni de succès ni de recelte : ^^ tin de l'année, au compte général, il résultera seiikan«l que, ce spectacle ayant levé ses frais, a partagé son bêoê' (Ice entre vingt-trois auteurs et vingt-trois comédie»; mîds dans une telle proportion, que les auteurs \in0,