‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 554 sur 607 · A M. DE MIROMÉNIL, GARDE DES SCEAUX · texte numérisé non relu

A M. DE MIROMÉNIL, GARDE DES SCEAUX

De la loge de votre suisse, ce 15 novembre 1775.

Mo?(SEIGNElit,

Je me suis échappé de mon lit, malgré la fièvre et le médecin, pour venir vous dire : Me voilà. Peu de temps après que fus tombé de l'état de citoyen, vous êtes monté à celui de garde des sceaux. Mais la même justice qui vous a tiré de l'infortune doit être employée aujourd'hui, dans vos mains, à me rendre au droit que j'avais de revenir contre un arrêt si ridicule, qu'on ne sait quel nom lui donner.

J'ignore, monseigneur, vu les affaires, les procès et fièvre, si je partirai pour Londres, pour Aix ou pour l'autre monde : tout ce que je sais, c'est que j'ai bien peu de temps à rester à Paris. Le roi, touché du tort moral que fait à mon existence le retard de ces terribles lettres de relief après lesquelles je cours depuis si longtemps, a bien voulu que vous sussiez enOn que si j'ai perdu le temps de me pourvoir dans les six mois prescrits par la loi, c'est que j'étais hors de France par les ordres exprès de Sa Majebté.

Mon affaire n'étant point d'audience, et ne devant vous occuper que l'instant de raisonner avec M. Dablois, mon rapporteur, sur les moyens d'arranger la justice du fond avec ce que les formes ont d'épineux, je vous supplie, monseigneur, de vouloir bien me donner un ordre précis pour me rendre chez vous. Je sortirai une autre \ fois de mon lit, et je viendrai avec une reconnaissance anticipée vous assurer du très-profond respect avec lequel je suis.

Monseigneur ,

Votre, etc.

LETTRES

AUX COMÉDIENS FRANÇAIS

« Paris, ce mercredi 20 décembre 1775.

En m'écrivant, messieurs, qu'on vous demandait h Barbier de Séville pour samedi prochain, vous avez oublié d'ajouter que ce même jour on donnait à la cour /(* Connétable de Bourbon*. Comme c'est la seconde fois que pareille demande, accompagnée de pareil oubli, a manqué de faire courir fi ce pauvre diable de Barbier le danger d'une représentation équivoque, ou de tomber (critique à part) dans les règles , j'ai Tlionneur de vous rappeler que , sur pîreille remarque, la première fois, toute la Comédie convint que, sans tirer à conséquence, il était possible que j'eus?e raison ce jour-là, et la pièce ne fut pas jouée le jour du Connétable. Je vous prie donc, messieurs, qu'il en soit ainsi dans celte seconde occasion. Autant j'aurai de reconnaissance toutes les fois qu'en un bon jour de bonne saison la Comédie fera l'honneur à ma pièce de la glisser au répertoire, autant je croirai avoir à m'en plaindre si elle ne se souvenait jamais du Barbier que pour lui faire boucher un trou, dans lequel il courrait le hasard de s'eiigloutir tout vivant, au grand détriment de son existence et de mes intérêts.

Tous les bons jours, excepté le samedi 25 décembre 177.'), jour du Conncfabh' à Versailles, vous mo ferez le plus î;rand plaisir de satisfaire avec le Barbier la curiosilé du petit nombre de ses amateurs. Pour ce jour seulement, il vous sera bien aisé de leur faire goûter la solidité de mes excuses, reconnue par toute la Comédie elle-même.

J'ai l'honneur d'être avec considération , estime ,^ amitié, etc.

Caron de Beatmarciiais.

En relisant ma lettre, je réfléchis que la Comédie peut se trouver embarrassée pour samedi, parce que tous les tragiques sont à Versailles. Si c'est là la raison qui Ta engagée à me faire écrire, eh ! pourquoi ne pas dire uniment les choses ? Tel qui paraît strict et rigoureux eu discutant ses affaires est souvent l'homme le plus facile à obliger ses amis.

Que la Comédie me fasse écrire que j'ai deviné juste et qu'elle n'entend pas faire tourner contre moi l'événement de celte représentation, s'il est maigre ou malheureux, et je donne mon adhésion au hasard de samedi prochain. Je serais désolé que la Comédie-Française eût la plus légère occasion de se plaindre de moi, qui espère avoir toujours à me louer d'elle. Réponse, s'il vous plaît.

* Tragédie de Guibert, l'auteur de la Tactique.

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