‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 558 sur 607 · A M. SW · texte numérisé non relu

A M. SW

Ce It arril 17:9.

Puisque vous me faites Thonneur, mon cher Sw..., de me consulter sur le grand ubjet qui vous attire en France, je dois à Testime que je fais de vous de penser tout haut avec vous sur cette afiaire : écoatez-m« donc.

* Mairobert impliqoé, dit Gnmm , rante dans un procès relatif aa s'ouvrir les Teines dans un hùm

4e Imoy,

. veoiitie

LETTRES

Laisseï ii, mon ami, toute espèce d'intrigues et de dépenses qui ne yous mèneraient à rien et pourraient Yous nuire, et retenez bien ce que je tous communique.

L'Angleterre, accablée sous le poids de la faute qu'elle â ftite en s'aliènanl rAroérique, doit extrêmement redouter d'aggraver son mal, en continuant une guerre irec la France, qui ne lui rendra point rAroérique, et qui, par la réunion prochaine des forces de la maison de Bouiton, et la tournure que prennent les choses en Hollande, peut la jeter dans des embarras dont rien ne pourrait plus la tirer.

La France, absolument sans ambition sur Taccrois- •ement de sa puissance, n'a aucun intérêt à faire la guerre. Le seul qu'elle eût d'abord à la querelle entre l'Angleterre et l'Amérique éisiii de voir son ennemie tellenient occupée par le soulèvement de ses colonies, ^*elle n'eût' rien à redouter de cette rivale, toujours injuste envers nous, comme on sait, quand elle peut Tètre impunément.

L'Angleterre n'a pas même le droit de nous reprocher notre traité avec l'Amérique, quoiqu'il soit l'unique prétexte de ses hostilités :

i* Parce que ce traité n'a été conclu qu'«i l'instant néoie où l'Angleterre en allait proposer un semblable à rAroérique, et nous exposer au ressentiment de cette fépublique, qui depuis trois ans ne cessait de solliciter notre alliance : forcés de traiter avec les Anglais, dont les Américains avaient tant à se plaindre, notre refus obstiné les aurait enfin réunis avec l'Angleterre pour tomber sur nous, et nous punir, s'ils avaient pu, d'avoir refusé leur alliance ;

S* Parce que ce traité, le plus modéré de tous, n'est pas exclusif, et n*empéche pas même que l'Angleterre n*en fasse un pareil avec les Américains en faveur de son commerce, le jour qu'elle reconnaîtra les treize fiuts-Unis pour une pirfssance indépendante.

Voilà, si je ne me trompe, le véritable état des choses. Maintenant vous désirez savoir à quel prix vous pouvez espérer la paix : voici ce que j'en pense ; et, sans être dans le secret de l'administration, j'en connais assez le bon esprit pour croire ne pas me tromper dans mes conjectures :

Si l'Angleterre exige, pour base de la paix, que la France abandonne les intérêts de l'Amérique, je ne connais aucun avantage qui pût balancer dans tous les esprits, en commençant par notre jeune roi, l'horreur d'une pareille lâcheté.

Mais si l'Angleterre, désirant sincèrement la paix, niei i part cette condition à jamais inacceptable, je ne crois pas qu'elle rencontre beaucoup d'obstacles sur les autres conditions : car ce n'est ni par ambition, ni par amour de la guerre ou des conquêtes, que nous guerroyons, mais par le.juste ressentiment des procédés affreux des Anglais à notre égard.

En deux roots, le traité avec l'Amérique, qui ne portait d'abord que sur un intérêt de convenance, est devenu pour nous une affaire d'honneur au premier chef:

respectez ce traité, vous nous trouverez beaucoup plus accommodants que vous n'osez l'espérer.

Que si vous croyez que vos offres puissent .recevoir des modifications, n'oubliez pas que l'Espagne s'est rendue en quelque façon médiatrice entre nous; qu'en cette qualité elle a droit aux égards que sa bonne volonté mérite, et que c'est peut-être la seule voie décente aujourd'hui par laquelle on doive nous faire des ouvertures de paix.

Votre mission, mon cher ami, me parait donc ou tout à fait impossible, ou d'une extrême facilité : impossible, si les droits des Américains ne sont pas à couvert; très-facile, si le ministère peut trouver un milieu pour sauver l'honneur de la couronne d'Angleterre, en laissant à l'Amérique la liberté qu'elle a si bien gagnée;

Et surtout si elle nous fait passer des propositions honorables par la cour de Madrid, dont les procédés nous engagent à ne rien écouter ni recevoir que par son canal.

Je crois franchement, mon bon ami, que tout le succès, que toute la politique de votre affaire est renfermée dans cette courte instruction, que je vous consacre de bon cœur,

1* Parce que je la crois juste,

^* Parce que l'opinion d'un particulier comme moi ne tire pas à conséquence.

Partez avec cela, pour qu'on ne vous accuse pas de faire ici des choses que je sais aussi éloignées de vos principes que contraires au bien même que vous voulez procurer aux deux puissances.

A M. LE œMTE DE VERGENN8S.

Paris, ce 8 jolu 1779.

Monsieur le covtb.

Personne ne sait mieux que vous combien la méchanceté est ingénieuse pour nuire. Je ne vous écris pas pour vous demander justice d'une horreur qu'on me fait, parce que cela est impossible , mais pour me garantir du mal que cette horreur me ferait, si elle allait jusqu'au roi sans que Sa Majesté fût prévenue, ainsi que M. le comte de Maurepas et vous-même.

A mon arrivée de Bordeaux, j'ai trouvé deux lettres chez moi : elles sont sans signatures ; mais le motif qui les a fait écrire m'ayant paru louable, sans autre examen j'ai répondu sur-le-champ, selon que mon esprit et mon cœur étaient affectés, comme je fais toujours. Un article sur les prisonniers français, que j'ai mis dans le Courrier de VEurope avant mon départ de Paris, était le premier texte sur lequel l'anonyme avait exercé sa plume : il paraissait indigné contre les Anglais; il énumérait ensuite nos désavantages, et semblait attendre mon avis pour fixer le sien.

Tout rempli que j'étais des cris odieux que j'ai entendu faire partout, et contre notre marine et contre

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