RES. M
sieur, qu'en aucune affaire qui me fAt pro|Hre. je n'aurais mis la fermeté dont cette lettre est remplie. Hais je parle au nom du commerce qui souffre, et à qui ses pertes accumulées rendent le système et les procédés de la firme encore plus insupportables. C'est pour lui, non pour moi que j'écris, que je veille, que je voyage, que j'étudie, que je travaille enfin depuis quatre ans, bien assuré que la France, ayant en elle tous les autres genres de supériorité, celle du commerce maritime, que la fortune lui offrait aujourd'hui de si bonne grice, allait achever de lui donner sur tous les intérêts du monde une prépondérance universdie, si nul obstacle intérieur n'avait encliaîné l'essor de ses armateurs.
Le prii des tabacs en Hollande est cfiiê, du ("janvier, de cent vingt à cent trenle livres. H y a bien loin de lài quatre-vingts livres, et quinie livres pour cent de tare. C'est le prix mitoyen que le commerce demande, cent livres.
Atl HINISTRE DE LA MARINE.
Ce 11 ré
•Tir.9.
Honsieur^le Sartines est supplié de vouloir bien donner des ordres pour que l'on cherche parmi les prisonniers anglais un nommé Nehemiah Hollond. qui a été pris sur le Saint-Peter ou Saint-Pierre, et d'accorder sa liberté à Beau m a reliais, qui désire de tout son cceur ■'cqiiitler l'engagement pris par M. Jfuf/in-i, olllcierde la brigade irlandaise, envers un capitaine corsaire anglais qui non-seulement l'a remis en liberté sur un navire neutre, après l'avoir pris dans son passage du continent en Europe, mais lui a généreusemenl offert sa bourse, en lui demandant pour toute reconnaissance de Ucher d'obtenir l'él.-ir,iissemenl de son ami Nehemiah Hollond, pri^nnier en France.
Dans 1 horrible métier de la gueire, il semble qu'on ne peut trop encourager (oui ce qui tient a la génèriK silé, et s'écarte un peu de la férocité anglaise.
Le Irait du capitaine anglais et la récompense qu'y attachera le minisire français seront tous deux consignés dans le Courritr de rEurapf.
xxxvrii
A TiXnSME U COMTESSE FAMlï DE BEAL'HARHAIS.
Votre lettre , Madame la cuinicsse, m'a vivement pénétré, limais la douce amitié n'a peint sa sollicitude avec des traits plus toucbants. Je vous cuimais, vous honore et vous aime sur celle lettre : mais que vous m'alHigei en me deinaiidanl pour votre ami > des teraurs au-dessus de mes forces! J'estime sa jertotuieel
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LETTRES
fais le plus grand cas de ses ouvrages ; par-dessus tout cela, je crois qu'il faut faire autant de bien qu'on le peut, pour être aussi heureux que notre état le comporte; tel est mon sentiment naturel et le fruit des réflexions de toute ma vie. Je m'y tiens sans faste et sans égard pour ce que les hommes disent ou pensent de moi. Revenons à vous. Madame.
Votre confiance excite la mienne, et je dois tous parler sans détour. On se trompe sur la nature de mon aisance comme sur tout le reste de mon être. Je ne suis pas un fort capitaliste, mais un grand administrateur. La fortune de mes amis, confiée à ma prudence, me force d'être circonspect et scrupuleux sur l'emploi de leurs fonds, d'où il suit que je puis bien venir au secours d'un ami souffrant pour 25, 50 ou 100 louis, en les prenant sur l'argent qui m'appartient dans mes affaires, mais que je ne puis aller plus loin sans déposer à ma caisse, en papier, l'équivalent de l'argent que j'en tire, et je sais trop bien que les malheureux n'ont point à donner ^ d'équivalents solides aux fonds qu'ils empruntent; ils ne sont gênés que parce qu'ils en manquent. C'est donc avec bien de la douleur que je me vois dans l'impossibilité physique de prêter à votre ami la forte somme dont il a besoin.
Quant aux prêts personnels que ma sensibilité m'arrache sans cesse depuis quatre ans, ma maudite réputation d'homme riche a tellement accumulé ces demandes autour de moi, qu'il semble que tous les infortunés du royaume se soient donné le mot pour peser à la fois sur mon cœur et l'étouffer de déplaisirs. Je n'ouvre pas m& paquets sans oppression, toujours sûr d'y puiser le nouveau chagrin de connaître un infortuné de plus, sans pouvoir souvent le soulager.
Telle est ma vie: de grands travaux, peu de succès; 4in état dispendieux, peu de fortune, et le cercle éternel de la plus douloureuse correspondance avec une foule de malheureux dont les maux sont devenus les miens. Si vous avez un ami qui me connaisse à fond, il vous dira que ce tableau de ma personne et de mon élat est le plus vrai que je puisse offrir.
Quoi qu'il en soit. Madame, engagez cet ami commun à me voir; puisqu'il a mérité votre confiance, il aura la mienne. Nous causerons de Taflaire de M. Dorât ; il m'expliquera la nature de son malaise, ce qu'il craint, ce qu'il espère, et quand je serai mieux instruit, si je puis venir à son secours, soyez sûre, Madame, qu'en enterrant, avec la religion de l'honnèlelé, tout ce qu'il veut tenir secret, je ferai l'impossible pour que votre confiance en moi ne lui soit pas tout à fait infructueuse.
J'ai riionneur d'être avec le plus profond respect, etc.
Garon de Beaumarchais.
A U MÊME
Paris. 5 êrril 179.
Je n'ai point vu votre ami, Madanie U oomtoR; est-il encore à la campagne, ou désapproiiTe4-41 lidnloureuse confidence que tous m^arez fiiite!
Il serait bon pourtant que noas eussions une csdférence avant mon départ pour Bordeaux* quisensm peu de jours. Il ignore peut-être quelle force et fKl courage on puise auprès d'un homme sensible é éprouvé par la mauvaise fortune. Je suis cet llOlIllll^fi, et, très-différent des gens dont le sort a changés bien, je me plais à consoler les infortunés qui ont à mérite, et à leur rendre ce ressort si nécessaire i l*Sme, que le malheur détend toujours. Peot-ètre, k force d'y rêver, ai-je trouvé le moyen de l'aider à sortir de la détresse qui le tue. Enfin je ne sais, mais qnelqae chose me dit que je ne lui serai pas tout à fait inutile. Je frémis quand je pense qu*un moment de désespoir i coûté la vie à ce pauvre Mairobert, qui avait mille lois pour se relever avec éclat du mal que lui causait v jugement un peu léger peut-être*. Il avait demandé i me voir; il avait, disait-il, besoin de mes conseils. Sns savoir quelle était sa peine, je lui avais écrit qa*fl serait toujours le bien-venu, car je le connaissais depos vingt ans pour mauvaise tête et galant homme. L'arrêt du parlement est sorti soudainement : il s*est tué. Sil ne méritait pas son jugement, il a mal fait de quitter la vie : on revient de tout avec du courage et de la p^ tience ; s'il était coupable, je lui pardonne : on ne sorril pas à la honte méritée.
Ici le cas est très-différent ; mais ce Mairobert mi jeté du noir dans l'âme, je n'aime pas qu'un infortuDé souffre sans communiquer ses peines : on ne sait josqu'où la tète en cet état peut s'exalter. Encore un coup, Madame, envoyez-moi votre ami, que je le voie, quil m'entende ! Et, s'il est possible, nous parviendrons à le sauver par la réunion de ses efforts et des miens.
J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.
CaEO?! DI BEArMlItCBltS.