‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 572 sur 607 · POUR LES ADMINISTRATEDRS DE LA COIPAGXIE DES EAUX DE PARIS · texte numérisé non relu

POUR LES ADMINISTRATEDRS DE LA COIPAGXIE DES EAUX DE PARIS

En recherchant quel est le but da véhémftnl auteur auquel nous répondons, il semblerait que son pro.^e^ d'éclairer la commission créée par rarrèl du conseil di 2 octobre dernier, pour régler les marchés à terme sur la valeur qu'on doit donner aux actions des oui de Paris. Le nôtre à nous sera d examiner froidement iH est resté tidèle à cet objet, et si cette plume Itriliinte. entièrement livrée à des joueurs connus pour avoir dd grand intérêt à la baisse de ces effets, n'eût pas écrit tout le contraire, engagée dans l'autre parti.

0 vous, pères de famille, pour qui Tauteur a fairde s'attendrir, vous a-l-on fait accroire quelque chose! a-t-on rien imprimé sur les actions des eaux qui pôl en faire monter subitement le prix? et ces même joueurs , qui chargent du poids de leurs intérêts m homme aussi rempli de talent que de complaisance, n'ont-ils pas mis tout en usage pour avancer de qudques années le prix où l'on voit ces actions? S'ils essayent aujourd'hui d'en provoquer la chute, c'est parce qu ils ont des engagements connus d'en livrer beauconp à bas prix dans un certain terme fixé. Que si nous assignons un tel but à l'ouvrage d'un homme disting: éjuv qu'à ce jour comme éloquent et courageux, c'est que nous osons croire que de nobles motifs n'auraient jamais permis de décrier dans un écrit public un êl;.bhsement national, fruit d'un courage intatigable, sanctionné du gouvernement, et qui, s'il n'est pas ena-re aussi lucratif aux actionnaires qu'on peut le démontrer pour la suite, est au moins d'une utilité publique incontestable et reconnue.

En effet, l'entreprise des eaux de Paris a un cirao- 1ère (jui la distingue de toutes les autres spécul«^lion< elle est établie sur un objet de consommation indispensable, et des siècles ne verront pas l'époque où s« produits cesseront de s'accroître.

vin à neaumarchais. Excepte M. de MoiUazel et les di: cc'etm i' ce pieux iiislUul, personne ne lui en sut ^rè ; it n>n ircun -t dans son pays que des injures. On grava, il est vrai, une U'i. belle eslanipc où Ton reiirés^enla Figaro ouvrant les prisjr«i'lt^ pères de famille, et donnant de rar{:rnl aux mixts qui alUitaient. Ce fui la seule marque de reconnaissance qu'un ùotsna. dan5 Pans, à neauiiiarchai> pour ceUe iilt-e utile.

Les pauvres le bénissai.nl, le public rapplaudissait, les irtites et les acteurs s'enrichissaient de ses conceptions, les mets s^ couvraunt de ses vaisseaux, le conjurés des Ain.-ricaius lui aii^ sait des reinercienienls : et ses ennemis le faisaient caloinmer et cherchaient à irriter contre lui le roi, dont il mulliphait \^ sujets en secourant la pauvitlé des mèi-es! (Sote de Cudin-

LETTRES

Aussi ceux qui onl spéculé sur ces principes onl-ils pu porter les actions des eaux à toute la valeur où on les a vues, sans qu*on dût les accuser de folie, comme le fait M. de Mirabeau ; et si Ton osait se permettre avec lui d*adapter une épigraphe badine à une question aussi sérieuse , n'appliquerait -on pas bien à lui, à ses amis, ces autres vers de la Fontaine :

Mal Ire renard, peut-être on vous croirait; Mais, par malheur, vous n*avez point de queue?

Ici la queue dont il s'agit, c'est quelque cent actions des eaux. Voyez comment Fécrivain fonde son généreux mépris pour elles, ses conseils de n*en point acheter, sur la feinte persuasion qu'on veut engager de malheureux pères de famille à se charger d'actions à trois mille six cents livres ; sans se rappeler que beaucoup de capitalistes, obligés par état d'en savoir au moins plus que lui, en ont acquis un grand nombre à ce prix, et ne sont poiit du tout curieux de s'en défaire ! Ce souvenir n'eût-il pas dû le mettre en garde contre les calculs de c?s joieurs, sur lesquels nous allons prendre à notre tour la li:ence d'argumenter?

Où sont, ^\i-\\ j les comptée j les devis dressés par des ex\}erts instruits, par des hommes désintéressés **.... On a des aperçus : je les ai en horreur. Nous qui n'avons pas autant que lui la giande horreur des aperçus, nous répondons qu*il n'y a point d'entreprise qui n'ait été fondée sur des aperçus. Encore faut-il offrir un tableau des travaux qu'on projette et des fruits qu'on espère, pour obtenir les fonds qu'on a dessein d'y employer : qu'ainsi les aperçus ne sont ni la logique des sots, ni Vûreiller de la paresse j ni le germe de la présomption , ni tant de phrases vagues et sonores dont le sens indécis s'applique à tout et ne définit rien ; mais que nos aperçussont ce que TauteBr appelle en d'autres termes des comptes et des devis qt'on lui eût fait voir comme à nous, s'il était comme nous intéressé dans cette affaire.

Nous convenons sans peine et sans détour que les dépenses de l'entreprise se sont élevées au delà des premiers devis. MM. Perrier, d'accord avec la compapagnie, et par des motifs dont ils ont rendu compte, ont cru devoir augmenter la proportion de leurs machines; et s'ils n'ont pu prévoir d'avance le prix qu'on exigerait du terrain, la dépense des épuisements toujours exceptée des devis et marchés de constructions, enfm le prix des fers en Angleterre à l'époque de la guerre, et celui du fret de ces fers, doit-on leur reprocher durement cette augmentation dans la mise comme le fruit de leur inexpérience, de leurs mécomptes, de leurs fautes et de leurs tâtonnements ?

D ailleurs il n'est pas vrai que la compagnie ait dépensé (|uatre milUons et demi : encore faut-il soustraire, des sommes employées par elle à construire, la Taleur de trois cents actions, qui a payé aux actionnaires les intérêts de leurs avances jusqu'au 51 décembre 1783.

MM. Perrier ont pris rengagement d'élever une quan-

tité d'eau donnée avec des machines à feu qui ne consommeraient qu'une telle quantité de charbon : ils onl tenu rigoureusement parole sur ces deux objets capitaux, qui font la base de la spéculation.

Et si la compagnie a jugé le succès du premier établissement assez démontré pour qu'elle se décidât à entreprendre ceux de l'autre bord de la rivière, comme elle a formé elle-même les lois de son entreprise, qu'elle en est législatrice et propriétaire, quel auteur de brocliure pourrait lui contester le droit, en assemblée générale, de changer ou de modifier ces lois selon l'exigence des cas, et comme elle le juge à propos?

Quittons la trace de l'auteur, laissons-le s'égarer seul et perdre de vue son objet ; car ce n'est plus sans doute aux commissaires du roi qu'il destine en forme d'instructions (pag, 6, 7, 8, 9 et 10) ses diatribes contre r erreur, V intrigue et la charlatanerie qui, dit-il, ont succédé à la première opinion que les gens sages et les bons citoyens avaient conçue de r affaire des eaux; et ses reproches d'agiotage à MM. Perrier, qu'il n'a l'air d'excuser que pour les montrer plus coupables ; et les reproches plus sévères qu il adresse à la compagnie pour avoir modifié dans une assemblée générale ce qu'elle avait réglé dans une autre ; et sa mercuriale un peu leste aux administrateurs des Invalides et de l'École militaire, qui se prêtent, dit-il, aux vues intéressées d'une compagnie d'agioteurs, pour lui payer trop cher la même eau quils obtiennent presque sans dépense chez eux; et son calcul fautif sur la cherté des abonnements, la consommation des charbons; et ce doute odieux jeté sur la bonté des eaux par les machines à feu ; et ce soin obligeant de prémunir la ville ^contre les traités insidieux que peut lui proposer la compagnie des eaux : tout cela s'adresse-t-il aux commissaires du roi? Comment des marchés trop avantageux pour la compagnie, Tinsalubrité de ses eaux, le surhaussemenl de la vente, seraient-ils des considérations à présenter aux commissaires pour obtenir la résiliation des engagements relatifs aux actions des eaux, ou pour en opérer la baisse? En supposant ces reproches fondés, ils seraient autant de motifs pour en soutenir le haut prix. On sait bien que les gens adroits qui livrent de mauvaise marchandise avec le privilège de la vendre cher au public, ne font que de bonnes affaire. En pareil cas, ce qui détruit l'estime augmente la sécurité ; les usuriers font rarement banqueroute. On peut donc supposer, sans offenser l'auteur, qu'indépendamment du projet de faire tomber le prix des actions pour servir ses amis les joueurs, d'autres motifs de haine contre cette entreprise ont dicté la plupart de ses observations.

Mais laissons là les aperçus, tant ceux de l'auteur que les nôtres. Donnons les calculs positifs de nos travaux et de nos espérances.

La compagnie des eaux, qui ne force personne à s'abonner chez elle, a déjà posé quatre mille huit cent soixante toises de conduites principales en fer, et douze mille toises de conduites en bois ; elle a fondé soixante-dix-huit bouches d'eau pour laver les rues,

LETTRES-

quinze liiyaux de secours gratuit» pour les incendies, et sii fontaines de distribution : tel est son vcritable état relativement an public.

L'tau coule, à celui qui s'abonne pour un muid d'eau par jour, cinquante francs une fois payés, pour indemniser la compagnie de la pose du tuyau qui passe devant la maison du preneur ; plus, cinquante francs par an, pour la valeur de leau. Il convient d'ajouter sans doute au prix de Tabonnemenl rinlérAt des cinquante livres de la pose ; et comme la compagnie se fait payer l'année d'abonnement d'avance, il faut encore porter rintérét de cinquante francs annuels pendant six mois, ce qui compose en tout cinquante-trois livres quinze sous par muid. A l'égard de la dépense des réservoirs et (les tuyaux de distribution dans l'intérieur des maisons, elle varie suivant le local et la volonté des particuliers : plusieurs des abonnés n'ont dépensé que trente francs, ils ont pris un tonneau pour réservoir, et l'ont placé prés de la rue, pour épargner la longueur du tuyau de plomb qui conduit Teau chez eux.

Ix)rsquo la compagnie reçoit un al)onnemenl d*un muid , indépendamment des cinquante francs qu'elle touche pour In pose des tuyaux de bois, elle partage au bout de l'année, en défal(|uant les frais annuels, un dividende de cinquante-trois livres quinze sous ; elle acquiert donc cinquante-trois livres quinze sous de rente, qui représentent mille soixante-quinze livi*es dans son actif. I.e produit d'une année s'ajoute à celui de la précédente, ainsi des autres pour la suite. Voilà le fonds (le l'eut rejiri^e.

Mais (|nand toutes les maisons de Paris seront lourin«'s d'eau néi essaire, esl-il déraisonnable de penser (jue, de nouveaux besoins croissant avec la facilité de les satisfaire , avec le temps, avec le bon marché, l'usa^'e (les bains deviendra plus frêqu(MU ; qu'on multipliera les lavaj^es; <|ue les boulangers se lasseront de faire le pain à Tenu de puits, pr(^S(jue toujours eujpoisonnée par Tinliltraliou des latrines ; qu'on sentira la dillérence extrême d'abreuver ses chevaux d'eau de rivière, à ces cnwK crues, .séléniteus(»s, qui les accablent de coh(|ues et les font périr prestjue tous? enlin, que l'eau devirndra pour les gens riches un objet d'aisance, de luxe et de plaisir, comme retendue des logements, le chauffage, les voitures; et que les par.iculiers qui d'ahoni ont souscrit pour une quantité d'eau bien stricte en voudront hienlijl davantage?

Lorsijue, dans le siècle dernier, une compagnie exclusive s'établit pour couler des glaces, chacun avait un petit miroir bien chélifet bien cher, dont alors on se contentait. L'entreprise fut critiquée : en acquérant dans l'origine si^s actions au prix de mille ('«eus, prévoyait-on (pi'un jour on les vendrait nin\ cent mille livres? (!'e?l leur valeur après cent ans. Et quoique une glaci» ne ^oil pas un objet de nt^cessité première, la farllilè d'jMi avoir, l'accoutumance, le bas prix, en ont HUihi|iliè l'usage à tel point, que les descendants du pnuvrr fou (|ui prit alors dans cette affaire une action

de trois mille francs ont jnijourd*hui pour cette xtion vingt mille livres de rentes efTeclifes.

Au commencement de ce siècle, on crut qu*il scrù agréable de se picoter le nei arec une poudre ammoniacale plus inutile que des glaces, moins nécessûe que de l'Ciiu. D'abord on rit de la poussière : soo premier affermage exclusif ne rendit que cinq cent milk livres ; il rapporte vingt-huit millions. De nous il en sera de même ; et dans trente ans chacun rin des critiques de ce temps-ci, comme on rit aujourd'hui des critiques de ce temps-là. Quand elles étaient bien améres, on les nommait les Philippiquts : peut-être un jour quelque mauvais plaisant coifTera-i-il ceUad du joli nom de Mirabdlet^ Tenant du comte de Mirabeau, qui mirabilia fccU.

En demandant pardon de cette digression légère, nous revenons aux actions des eaux, et nous alloos établir leurs produits, contre les principes de raoteur.

Cet auteur n'approuve point que la compagnie domie de l'eau de Seine aux Invalides et à TÉcole militaire, en ce que ces maisons ont de Teau que fournit on puits au moyen d'une machine à clievaux; plus, quelques voitures à tonneaux qui vont chercher Feau de rmitt pour le service des cuisines. Hais l'auteur ne sait pis que l'administration des Invalides dépense annodl^ ment pour ce service ingrat la somme de dix mille cinquante-cinq livres quatorze sous neuf deniers, sans comprendre les frais de l'entretien de sa machine. U compagnie des eaux a cru se faire honneur en offrant aux bommes respectables qui administrent cet hôtel toute la quantité d'eau de rivière dont ils ont besoin, à un prix même au-dessous de ce que leur coûte l'eau de puits.

C'est la même eauy dit-il (mie de la page 9). Pardonnez-nous, monsieur, ce n est point la même eau.

L'eau de la Seine, que lauiacliineà feu n'altère ^K)int en l'élevant, est légère, dissout le savon et cuit des légumes, ce que les eaux d'aucun puits de Paris ni de> environs ne peuvent faiie; et celte considération, qui intéresse la santé des l.ommes, était seule assez forlr pour déterminer de sa^'cs administrateurs à prélérer l'eau de la compagnie, indépendamment de l'économie qu'ils y trouvent.

Mais on a dit à cet auteur que raspii*ation de ncis pompes faisait remonter contre le courant les eaui dégorgées par le grand égout. Quoique ce ne soit qu'un ouï-dire, on voit qu'il pèse avec plaisir sur cette objection ridicule, et la prolonge compta isamment dans une note d'une page. Biais quand il ne se permellrait pas de rapprocher de plus de cinquante toises le dégorgement de l'égout, qui se fait à cent une toises audessous de notre aqueduc, l'allégation d'un tel mélance n'en serait pas moins une absurdité palpable qum rougirait de relever. Au surplus, la Société royale de médecine a lait l'analyse comparative des eaux prises au milieu de la Seine, dans le bassin où puisent les machines, dans les réservoirs sur le haut de Chaillot aux fontahies de distribution, et dans le^ réservoirs

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particuliers. Ce rapport peut être consulté» si Ton a qwlqœa doutes sur la salubrité des eaux que fournit la compagnie : on va le mettre à la suite de cette réponse, pour la commodité du publie.

Nous remarquerons, en passant, que M. de Mirabeau n'aTail aucun besoin d'attaquer la qualité de leau des machines à feu, pour critiquer une spéculation de finance; et c'est une légèreté d*autant plus répréhensible, que si le ton tranchant de Tauteur en imposait aaseï au public pour faire prendre confiance en sa brochure, il pourrait inquiéter sur Tusage d'un élément de première nécessité, dont partie de Paris fait déjà sa boisson.

Passons à des objections moins frivoles, aux alarmes que feint l'auteur de voir l'administration de la ville obligée de traiter avec la compagnie des eaux pour remplir ses engagements.

La ville ne peut être contrainte de traiter avec la compagnie des eaux ; mais elle peut tirer un grand parti, pour son administration et pour le service du public, de rétablissement des macliincs à feu. Ce moyen, quoi qu'en dise Fauteur, est le plus sûr el le plus étendu de t^us. Elles s'établissent partout, se multiplient à volonté. Le seul établissement de la ville qui puisse être nommé est la pompe de ISolre-Dame, Eu les comparant Tune à l'autre, il est prouvé que la machine à feu, de proportion à donner une quantité d'eau égale au produit de cette pompe, ne coûterait pas plus de chauffage et d'entretien que la seule réparation annuelle de cette ancienne machine ; que l'établissement en serait beaucoup moins dispendieux ; qu'elle aurait surtout l'avantage de ne point gêner la navigation, et de donner un produit d'eau constant. On sait que la pompe Kolre-Damt cesse son mouvement dans les eaux liasses et dans les gelées, et que la machine à feu de Chaillot n'a pas interrompu son service depuis son étabhssement, quoiqu*on ait vu des froids trés-ri* goureux, ou la Seine presque tarie.

A peine cette pompe de la lille éléve4-elle soixante pouces d'eau, quand nos macUines à feu en donnent quinze cents : el toutes les injures de l'auteur ne peuvent empêcher de voir que la viHe et ses cesbionnaires feraient une affaire excellente, en s'at rangeant avec la compagnie pour qu'elle remplit tous ses engiigements. Sans que personne mérite aucun reproche, uniquement par le peu d'effet de la pompe et la chétivité de son produit, au lieu de fontaines publiques répandant l'eau et rafraîchissant l'air, on n'en trouve partout que le simulacre immobile; des mascarons bien altérés, bouche béante, et qui ne versent rien. Loin d'ofirir l'eau qu'on attend d'eux, leur vue dessèche le gosier. Rien ne rappelle mieux ce que raconte madame d'Âunoy du roi d'Espagne Charles 11, lequel voulant se promener avec la reine sur le fleuve Mançanarez, à Madrid, prés du fameux pont de Tolède, faisait arroser la rivière, de peur que ses mules de trait n'eussent, ditelle, le pied brûlé. De même ici l'on est tenté d'arroser le socle des fontaines. Mais qu'on donne à la compagnie

des eaux ce devoir à remplir, l'inmiensilé de ses machines et leur produit intarissable amèneront des torrents d'eau, et les Français un jour se vanteront d'avoir vu couler leurs fontaines.

L'eau devenant ainsi très-abondante, aucun service ne manquera plus. Les particuliers gagneront Tentretien très-coûteux des tuyaux qui sont à leur charge, ainsi que la première dépense de tant de plomb qui forme le trajet de la fontaine publique à leurs maisons. La ville sera débarrassée des réclamations étemelles de ceux qui payent son eau, sans en avoir ; et la compagnie aura peu de dépense à faire, puisque, dans la distribution générale, ses tuyaux passent devant toutes les maisons.

Mais ce seraient des maisons de plus à fournir ; et Fauteur, qui nous accuse déjà (page 11) de dissimuler dans nos comptes le nombre prodigieux des maisoM de Paris impouibleê à êervir, trouverait dans cette fourniture un moyen d'aggraver son reproche.

Loin de le dissimuler, le nombre prodigieux des mat' som de Paris est précisément co qui a donné lieu à rétabhssement des eaux. Quelle difficulté trouverait-on à les servir, quand les conduites sont posées? Point de maison qui n'ait une cuisine, et point de cuisine où il n'y ait la place d'une fontaine : comme il ne faut, pour un abonnement d'un muid, qu'un réservoir de deux , pieds carrés sur quatre de hauteur , contenant seize pieds cut)es, ce petit emplacement peut se trouver partout. On ne connaît que quelques maisons de la rue Saint-Honoré et autres rues marchandes où les cuisines, situées dans les étages élevés, permettraient difÛcilemen d'y conduire l'eau. Nais la compagnie n'a jamais compté que ces maisons, ni même les gens du peuple, prendraient des abonnements. Que lui importait qu'ils en prissent ? n'a-t-elle pas destiné pour eux ses fontaines publiques î Pour ne pas s'abonner, consomme-t-il moins d'eau ? Les porteurs d'eau la leur fournissent ; et ces derniers la payent aux fontaines, ce qui revient au même pour la compagnie.

Qu'était-il besoin d'objecter qu'il faut beaucoup de tuyaux pour conduire l'eau dans toutes les rues de Paris? Cela n'est-il pas démontré ? On fera voir plus loin si l'on doit considérer cette dépense comme des frais en pure perte. 11 faut sans doute aussi beaucoup de surveillance et d'ordre dans une entreprise comme celle de désaltérer tout Paris; mais, quelles que soient les eaux qu'on y conduise, ne faut-il pas cette surveillance, cet ordre, cette quantité de tuyaux, et par conséquent cette dépense T Tout cela peut-il effrayer la tète d'un calculateur? C'est changer les moyens en obstacles, que de faire entrer l'ordre et la surveillance dans les objections à former contre le succès d'une affaire.

Cependant Tenneini des aperçus, qui sont la logique des sots, se hasarde d'en glisser un terrible en faveur des joueurs à In baisse. 11 suppose [par aperçu) que sur trente mille maisons dont Paris, dit-il, est composé, vingt mille maisons prendront chacune un seul muid d*eau par jour, et qu'au moyen de cette fourniture

LETTRES

Paris se trouvera parfaitement baigné , désaltéré , lavé, etc., etc., mais que la compagnie sera ruinée. Pour étayer cette assertion, prodiguant le combustible autant qu'il économise Teau, il fait généreusement dépenser (page 15) à la compagnie, pour Tentretien d'un feu perpétuel à ses trois établissements à macliiius, plus de cinquante mille écus en charbon par année, pour ces vingt mille muids d'eau par jour. Le relevé de cette erreur disposera l'esprit de nos lecteurs à l'attention que nous leur demandons pour toutes les réfutations qui vont suivre.

Il est prouvé qu'une seule des machines de Cliaillot élève à cent dix pieds prés de soixante mille muids en vingt-quatre heures, et qu'à peine elle dépenserait par an cinquante-quatre mille francs en charbon, si elle travaillait sans cesse. Donc, à vingt mille muids pur journée, elle abreuverait seule Paris, en travaillant de trois jours l'un. Donc elle ne consommerait alors que le tiers du charbon ci-dessus, ou pour moins de vingt mille francs par an. Donc, si l'aperçu de vingt mille muids d'eau était juste, celui de cent cinquante mille francs de charbon serait faux. Donc la contradiction est partout manifeste. Donc enfin, sur le seul agent de nos pompes, et d'après les calculs de M. le comte de Blirabeau, la compagnie gagne déjà cent trente six mille livres de rente.

Posons maintenant le cas très-probable où, forcés par retendue de nos fournitures de faire travailler sans cesse nos trois élablibsements à la fois, nous brûlerions dans une année pour cent cinquante mille francs de charbon. Alors, au lieu de vingt mille muids par jour, nous en élèverions plus de cent cinquante mille, lesquels, à cinquanle francs le muid, nous donneraient un revenu de ^epl millions cinq cent mille livres. Cnr un des biens de celte affaire est de n'user de conibuslible qu'en proportion de l'eau vendue; et nous, administrateurs jongleurs (ainsi que l'écrivain nous nomme), avons fort bien prouvé aux aciionnaires que le fourneau le plus dispendieux dépense à peine, en conibu— tible, une livre trois sous quatre deniers pour élever la quaniilé d'eau que l'on nous paye cinquanle francs.

Suivant parlont le même procédé, nous rendrons à la compa«,Mue les autres revenus que le dur antenr lui retranche, et qui sont si justement dus à ses travaux el à son coura^^e. iNous prions ici nos lecteurs de redoubler d'attention.

Par un relevé très-exact du nombre des maisons actuellonienl abonnées avec la compagnie, et de la (pianlité de muids d'eau qu'elles prenr.enl tntre elles (ct'ii n'es! point un aperçu), nous trouvons que chaqle iiAi>(»i, mesure conunune, a déjà imii>, pour sa conîjonnnaiion, Thois miii»s kt demi deal par jour. On ne coniprenil point dans ce calcul plus de qlauame NiLLt voiKh d'eau dislribnêes châtie jour aux fontaines de la conijn^nir, ce qu'elle fournil aux places de liacrts^ l'eau consacre!» aux arrosages, celle des bouches destinées an lavaKe des rues, etc., etc.

Observons en passant que le produit de dnq fontaines, à quarante mille voies par jour, est déjà bieo loin du calcul insidieux de qualre-vÎTigi-tept fonliàtts de fauteur {page 25), néceMaireSy dit-il, p<nir disin' buer deux cent cinquante mille voies par jota: Si cinq fontaines livrent déjà plus de quarante mille voies par jour, vingt et une suffiront pour deux cent cinquante mille; et leur dépense, comme leur nombre, exagérée à deux millions six cent mille livres, se trouvera réduite à moins de cinq cent mille francs. Tous les calculs, dans cet écrit, sont de cette justesse admirable.

Supposant donc avec l'auteur que vin^t raille maisons prissent de Peau, ce qui s^écarte peu des probabilités, à trois muids et demi par maison, ou soixantedix mille muids par jour, cela ferait à la compagnie un revenu de trois millions cinq cent mills litres. Celte évilualion n'est pas forcée; le relevé de tous nos dimnements vient d'en donner la preuve sans réplique. D'ailleurs on sait que les maisons de Landres, quoique infmiment plus petites, en usent beaucoup davantage : on y lave, il est vrai, les maisons ; mais qui peut assurer qu'on ne les lavera pas à Paris lorsqu*on y aora l'eau abondamment et à bas prix? Donc tbois riluos

CINQ CENT MILLE UVRES DE RENTE. Ft S^il est jUStê de

confondre dans ce produit annuel celui des fontaines publiques, qui dans ce cas en fait partie, on doit en outre y ajouter celui des arrosages, des bouches d'ean pour le nettoiement des rues et des égouts : cependant nous les élaguons, vu la modicité des profits que la compagnie se propose en remplissant ces objets d'otililé publique; donc, trois miilio^s cinq cixt mille u-

VRES DE RKNTK.

En comprenant le bénéfice quun tour de force peu digne d'éloge vient d'ajouter au prix de nos actions déposées au trésor de Sa Mijesté, les fonds faits parla compagnie montent à six millions six cent qnalre-viuft mille livres, sur lesquels un million est déjà destiné à faire l'avance des frais des conduites de bois: et l'oQ ne doit pas omettre ici ]^ jonglerie d'un administrateur qui a porté, dnns l'assemblée dernière, ces actions déposées au prix de trois mille six cent trente livres, en offrant de les prendre toutes On sent bien qu'un tel procédé n'a pu manquer de mettre en fureur les malheureux joueurs à la baisse, surtout quand ils ont \u (pour celte jonglerie) la compagnie décerner à M. de Saint-James, son auteur, l'Iionneur de voir porter son nom à l'une des fontaines du peuple que nous poseron> dans les Halles.

Suivons en un seul point les données de l'auteur qui s'accordent à peu près avec celles de la compagnie : nous comptons avec lui cent mille six cents ioiseiàt rue à garnir; mais trois mille loistrs au plus, dans quelques rnes trés-larges, exigeront (ju'on pose des tuyaux en doubles lignes; et nous demandons pardon à l'auteur si, l'abandonnant quelquelois dans ses calculs exagérés, nous n'augmentons la ligne simple de nos tuyaux que de trois mille et non de ce/i( mille toisfi. comme il lui plail de les porter, lui, Tennemi des aper-

LETTRES

(Mê! ce qui nous fait en tout cent trois mille six cents toises de tuyaux, à trente livres 3,108,000 I.

Ajoutons quarante mille toises d'embranchement de plomb, en prenant le diamètre moyen de ces tuyaux à dix lignes, à raison de neuf livres quinze sous la toise, et vingt mille ajouloirs 550,000

En tout 3,658,000

Déduisant sur cette dépense les fonds déjà faits et destinés à celte partie. . . 1,000,000

Il reste à trouver 2,058,000

Ajoutez à ceci les fonds faits par la compagnie 6,680,000

Total des fonds nécessaires 9,338,000 1.

Sans les motifs cruels qui ont dirigé la plume de Tauteur, lequel a pourtant sous les yeux nos prospecla», il aurait vu que la compagnie reçoit par chaque muid d'abonnement, outre le prix annuel de Teau, comme nous Ta vous dit plus liaùt, une somme de cinquante livres une fois payée, qui l'indemnise en partie des frais de la pose des tuyaux de bois qui passent devant la maison des abonnés. Soixante-dix mille muids, à cinquante livres, font trois millions cinq cent mille lÎTres Ainsi la dépense des tuyaux de bois est presque entièrement couverte, et les fonds à faire par la compagnie se trouveront réduits, par ce remboursement successif, à cinq millions huit cent trente-huit mille livres.

Donc les six millions six cent quatre-vingt mille livres faits par la compagnie suffiront, et fort au delà.

On a vu plus haut que les revenus de la compagnie seront un jour de 3,500,000 1.

Sur lesquels h déduire les frais de régie, évalués, dans le cas d'un succès complet, à 62,700 1.

La consommation des charbons |H)ur les trois machines à feu, quatrc- Tingt-dix mille muids, à cause des pertes et coulages 105,120

L*entretien et les réparations, dans lesquels il faut comprendre le renou- Tellement des tuyaux de bois, estimé à cinq pour cent de la dépense 182,900

On observe que cette dépense n*a pas monté à deux pour cent jusqu'à prés-nt, y compris Vinexpiriencty les fautes et les mécotnpUê de MM. Perrier.

Nous porterons encore

D'autre part 3,500,000 i.

pour Fenlretien des bâtiments, des conduites de fer, etc., un pour cent du prix de leur construotion ; cette dépense est forcée

A déduire donc 409,100

Reste net en revenu.

A partager à quatre mille quatre cent quarantequatre actions, à cause de celles dues à MM. Pcrrier, cela fait pour chacune six cent quatre-vingt-quinze livres huit sous sept deniers. Ce dividende porte la valeur de Faction à treize mille neuf cent huit livres onze sous huit deniers, et Ton ne peut trop répéter qu'on ne fait pas entrer ici les établissements de toute espèce qui peuvent se former par la facilité de se procurer de Teau, comme les bains, les lavoirs, les arrosages, etc.

Il n'est pas étonnant que le nombre des abonnements ne soit pas bien considérable. Toutes les choses nouvelles, les modes exceptées, prennent difficilement en France : il semble même que les entreprises qui ont pour but Futilité publique aient une marche moins rapide, mais elle est en même temps et plus solide et plus constante. On a remarqué que la première année de Fétablissement des conduites, il a été trèsdifficile de se procurer des abonnements . les premières maisons abonnées n'avaient la plupart souscrit que pour un an; mais, malgré toutes les critiques que des gens aussi bien intentionnés que Fauteur de la brochure se sont permis de répandre sur la qualité de nos eaux, toutes ces maisons, sans exception, ont continué leur engagement, et même ont demandé des augmentations deau. Actuellement que le public a sous les yeux beaucoup d'exemples qui donnent la certitude d'un service exact, les souscripteurs viennent en foule.

La compagnie n*est donc plus dans le cas de hasarder aucune dépense dans Fespoir incertain d'un produit; au contraire, elle a décidé Fan passé qu'il ne serait posé de conduite dans aucune rue qu'elle ne fût assurée d'avance d'un revenu de vingt pour cent au moins des frais de la conduite : cette marche depuis s'exécute à la rigueur.

Non qu'elle ait cru, comme nous l'avons dit, que les petits ménages s'abonneraient (voyez les lettres patentes accordées à MM. Ferrier); au contraire, consi*dérant que bien des (>auvres gens ne peuvent et ne doivent pas pnyer la petite quantité dVau qu'ils consomment, elle a ordonné à ses fontainiers que toute personne qui se pn^enterait pour boire ou pour en emporter ne la payât point : en effet, ne vendant à la plupart de ses dé|)ôts que trois deniers la voie d'eau composée de deux seaux, quelle monnaie exigerait-elle

LETTRES

millions huit cent vingt-six mille deux cent neuf s suivant les devis faits, il y a quinze ans, par erronnet : ou plutôt ne supposons rien. Tout étant lenté de plus d*un cinquième depuis les devis faits i. Perronnet, posons que ce canal, à 'sa valeur îlle, coûterait au moins dix millions, et qu'il conlit à Paris quatorze cents pouces d'eau dans les

basses : il est bien vrai qu'on estime le produit ^n de ce canal à deux mille pouces; mais s'il ne fournir que quatorze cents pouces dans les eaux s, et le moment des sécheresses étant celui où Ton >mme le plus d'eau, ce que produirait de plus ce ; dans les autres saisons de l'année, devient à peu inutile.

ilà donc dix millions dépensés, qui produisent quacents pouces d'eau amenés jusqu'«i la rue de la t>e, près de l'Observatoire. Quant aux dépenses des lites et celles que la compagnie a faites eu doit pour distribuer l'eau dans Paris, nous ne les fepoint entrer dans nos calculs, puisqu'elles sont isaircs à toutes les distributions d'eau, par quelmoyens qu'elle arrive.

pposons maintenant qu'une compagnie entrené le grand ouvrage d'amener l'Yvette à Paris, ne TAnglais Hugh Middleton a entrepris de con- ! la rivière Neuve à Londres : son capital de dix ms employé lui coûtera en inté-

nnnuels 500,000 1.

iluons les frais d'entretien, de iement, de surveillance, d'un

de dix-sept mille trois cent

tante-deux toises de longueur

doit avoir, suivant les plans

es par M. Perronnet; est-re

estimer ces frais que les por-

n'est pas tout : les dix millions t entièrement dépensés avant a compagnie soit à portée d'en T le moindre produit; et si, le le veut M. de Mirabeau, il trente ans pour établir les dislions dans tout Paris, il cond*ajouter au capital de ce cae montant de ces intérêts, non trente ans, parce qu'on supun produit graduel, mais pen- )uinze ans seulement, ce qui fait millions cinq cent mille francs is, dont rinférèl perpétuel est

convient d'ajouter encore l'indes sommes employées à la metion du canal, pendant dix [ue peuvent durer ces travaux; ces dépenses étant successives, ix milKoDs ne seront déboursés gradvdleinent. îkmc l'intérêt

entier perdu pendant cinq ans forme un capital de deux millions cinq cent mille livres, dont l'intérêt perpétuel est de

Total de la dépense annuelle pour quatorze cents pouces d'eau 1,050,000 1.

Voyons actuellement ce que coûtera la même quantité de pouces d'eau par les machines à feu.

Le pouce d'eau fournit soixante-douze muids par vingt-quatre heures; les quatorze cents pouces donnent cent mille huit cents muids par jour. Les deux machines qui existent à Chaillot donnent chacune cinquante mille muids dans vingt et une à vingt Aïeux heures; ce qui fait un peu plus que le canal de l'Yvette. Nous regarderons cependant le produit comme égal:

Les deux machines de Ch^Uol ont coûté la somme de 513,1231. 7s.2d.

Le terrain sur lequel sont construites ces machines est beaucoup p'us grand qu'il ne faut; une partie est occupée par les ateliers de MM. Perrier, qui ne sont utiles a l'établissement qu'à cause des travaux dont ils sont chargés pour les distributions de l'eau : malgré cehi, nous le portons pour la somme qu'il a coûtée 259,149 13 5

Le bâtiment des machines, ainsi que les réservoirs 191,845 10 5

La conduite de fonte qui porte l'eau des machines aux réservoirs.. 207,854

Total de l'établissement 951,972 i7

' Dont l'intérêt est de 47,5991.

Entretien et réparation à un pour cent, comme il a été dit plus haut. 9,519 12

Les mêmes intérêts des fonds avant la jouissance complète pendant trente ans, prenant le moyen terme de quinze ans, comme dessus 55,099

L'intérêt des sommes ci-dessus employées à la construction, perdu pendant le moyen terme de trois ans, à quarante-sept mille cinq cent quatre- vingt-Hlix-neuf livres par an, fait cent quarante-deux mille sept cent quatre-vingt-dixsept livres, dont l'intérêt perpétuel comme dessus 7,139

Huit hommes pour le service des machines G,400

Consommation annuelle du charbon pour quatorze cents fouces d'eau 105,120

LETTRES

On voit d'après cela que les quatorze cents ponces dVau de l'Yvcllc rouleraient annuellement un million cinquante mille livres; et les mêmes quatorze cents pouces d'eau fournis par les machines à feu, deux cent onze mille cinq cents livres en nombres ronds. C'est quatre cinquièmes de moins. Oulre l'économie de ces quatre cinquièmes que présentent les calculs en faveur des machines à feu, elles ont bien d'autres avantages.

1* On peut les établir partout, les multiplier à son gré, comme nous l'avons dit; par conséquent, on n'est borné sur la quantité d'eau à élever que par l'étendue des besoins du consommateur. Et comment comparer un moyen qui ne peut jamais fournir que quatorze cenis pouces d'eau, avec celui qui, par les trois établissements, en donnera de trois à quatre mille pouces? La compagnie fournirait le volume entier de la Seine, si le public offrait de le payer.

2" Il y a de gnmds inconvénients à faire partir d'un seul point et d'un seul niveau toutes les eaux qui doivent se répandre dans Paris, comme on serait obligé de le faire si l'on y amenait les eaux de l'Yvette. Us conduites alors doivent avoir un plus grand diamètre, et sont beaucoup plus dispensieuses. Si le niveau en est trop élevé, il exi.e une résistance plus grande dans les conduites de fer ou de bois; si au contraire il ne Test pas assez, il laisse des quartiers sans eau.

Les macliines à feu pouvant s'établir partout, comme on l'a dit, chacune élève l'eau à la hauleur nécessaire pour fournir les quartiers qu'elle doit approvisionner; et Ciiacunea ses conduites proportionnées, parleur diann'lre, à la quantité d'eau qu'elles doivent fournir, et par leur épaisseur, à l'effort qu'elles ont à soutenir.

ô" L'établi-senieiit des machines à feu, employant pour son exécution un capital assez modiijue, ofire pey de risques aux actionnaires ; les aulres dépenses, (jui sont annuelles, sont toujours, à très-peu de chose près, dans la proportion des recèdes. La machine de Cliaillot a marché, la première année, six heures tous les quinze jours; la deuxième année, douze heures seulement j)ar semaine, etc. ; enlui les deux nian lieront plus souvent et plus longtemps, à mesure que le dèhil de l'eau augmentera; et la dépense du comhuslihle suivra toujours celte progression. Le seul danger que la compaj;nie aurait couru, si elle eût été obligée d'abaiidomier l'entreprise; était donc une perle de cinq à six cent mille hvres; car les terrains, les tuyaux, les matériaux, ont toujours une valeiu-; et, sans l'apereu d'un succès certain dès la première année de la distributior» de l'eau, la compagnie n'aurait poinl placé le nombre des conduites qui existent à présent. En exposant cette légère somme de cinq à six cent mille livres, elle a donc tenté une entreprise qui lui rapportera plus de trois millions de revenu .

Une compagnie qui entreprendrait d'amener l'Yvette à Paris s'exposerait bien davantage : elle aurait à payer, pendant beaucoup d'années, des travaux considérables; et, après une attente bien longue, un capital innnense

dépensé, elle pourrait trouver de la répugnance dans le public pour les eaux de cette petite rivière, qoi sotl véritablement, et d'après les rapports des chimistes publiés par M. de Parcieux lui-même, moins bonnei que les eaux de la Seine, et chargées d'une vasetié»- (ine tirée du propre fond du terrain, dont il estimptfsible de les dégager entièrement par la filtralioD. Akn tous les fonds seraient perdus.

A* Les réparations d'une machine h feu sont pea de chose, si elle est soignée, comme cela ne manque jam» d'arriver à toute machine qui remplit un service jwD^ nalier. La précaution peu dispendieuse d'avoir uat machine de relais pour parer à tous les accidents, assure pour toujours un service exact et sans inlemiptioiL Peut- on raisonnablement espérer la même sûreté (fm aqueduc de dix-sept mille toises? Si les réparations soit moins fréquentes, lorsqu'elles deviennent nécessiiRS elles peuvent suspendre pendant plusieurs mois le service : et qu'on imagine pe que deviendrait Paris, si, privé tout à coup de quatorze cents pouces d'eau,! fallait créer tous les porteurs d*eau nécessaires pov aller chercher à la rivière toute Teiu que le public consomme ! Les gelées ne peuvent-elles pas, sinon arrêter totalement le cours de laqueduc, au moins en diminuer considérablement le produit?

Entre ces établissements aussi nationaux Foo que l'autre, mise de fonds, capitaux, intérêts, risqoes, travaux, produits, entretiens, renouvellements, qualité d'eau, tout est à l'avantage des machines à feu. Mais n'est-ce pas une dérision, que l'auteur nommerait /oi- (jlerie, de porter l'apparence des frayeurs, comme k fait M. de Mirabeau, jusqu'à paraître redoutt-r queh consommation de nos machines fasse augmenter k prix courant du charbon dans la France, qui en est uw grande minière î

0 divine éloquence, est-ce là ton emploi?

El conçoit-on que, pour prouver uniquement quedi»» actions sont chères, on ail employé tant de verve à d^ nigrer la compagnie qui les possède, à garantir de ses prétendus pièges les diverses administrations qui pourraient traiter avec elle; h préférer un canal de s<»pt lieues et de dix millions, qui n'existe pas, à des réservoirs toujours pleins dans Paris, qui n'ont pas coûté le cinquième? enlin qu'on ait été jusqu'à gourmanderk gouvernement d'en avoir permis l'entreprise?

0 divine éloquence, est-ce là ton emploi ?

Nous avouons aussi que, malgré nos efforts, noos n'avons pas saisi [page il) comment un faible diridfnàt est unejo/if//en> manifeste; ni quel rapport existe cntR des associés réglant leur sort commun, et le propriétairt d'une maison non bâtie qui demanderait des loyers à s» architecte.

Ce qui étonne notre esprit dans cette comparaison subtile, c'est Tanaloi-ie que l'on trouve entre ce que U compagnie fait avec elle et sur elle-même, et les intérêts différents d'un propriétaire et de son architecte. La compagnie nous paraissant être à la compagnie ce

LETTRES

que nul homme n*est à son architecte» identiquement, ooHedÎTemenl le même être, et n'ayant qu'un même intérêt, nous croyons bonnement qu'elle a pu, d'elle à elle, sans jonglerie ni tromperie, changer Tinlérét de cinq pour cent qu'elle. s'attribuait dans l'avenir sur ses dépenses consommées, en un dividende réel ; moindre, il est vrai, que rintérêt, mais analogue à ses profits naissants.

Elle a tellement pu, selon nous, former ce dividende, qoe si, ne voulant pas alors étendre ses travaux, augmenter ses dépenses, elle se fût contentée du produit qu'elle en retirait, elle avait réellement un demi pour cent de ses fonds, de toute l'eau qu'elle distribuait ; e*est ce qu'elle a nommé et pu nommer un dividende : en quel sens est-ce une jonglerie ? L'entente ici reste au diseur, qui mirabilia dixit.

Il nous reste un dernier reproche à faire à l'auteur de l'écrit ; mais c'est le plus grave de tous, celui qui montrera le mieux quel esprit a conduit sa plume, et combien on doit se défier de ce qu'il afiirmé le plus. En elfet, croirait-on qu'ayant sous les yeux nos actes, et Farrét du conseil, il ait jugé nécessaire au couronnement de son attaque de faire une injure gratuite au gou- Temement, qui la dédaigne, et à MM. Perrier, qui s'en affligent, à ces deux citoyens utiles, aussi dignes d'éloges par leurs talents que par Jeur modestie, en fulminant contre le monopole exercé par eux êur leê élétnenU, contre leur pn'pt^e exclusif de vendre de Veau à Paris?

Quand on le voit (page 58), avec l'air indigné d'une ai grande oppression, sonner le tocsin contre la compagnie, et prononcer ces mots terribles : Prolongera-ten ipi rtiviLKGB exclusif qui ravirait au peuple le bénéfice de la coticurrehcb!.... Quon ne t'y trompe paê : il ê^açU ici de Veau^ de cet alimenl qui^ avec Vair, e$l fresque le ieul hienfail que la nature ail voulu êouttraire à la lyroiufte.... La privilège de la compagnie des eaux tMtproscriipar la nature même de son objet. Il n'est point de gouwemement sur la terre qui puisse continuer longtemps le PMVUiGB EXCLUSIF DE VENDRE DE l'eAU ;

Quand on le voit tonner ainsi, s'attendrait-on à la réponse? Elle sera, comme toutes les autres, sans prétention, sans fard, aussi simple que vraie; nous le disons donc nettement, puisqu'il le faut, et c'est ici le cas d'employer cette expression de Tauleur {page 6) qui, dit-il, a remonté plus haut quon ne pense, mais à qui personne n'avait imposé la loi de nous attaquer, comme il nous a imposé celle de nous défendre : Nous n'avons

fOfST LB PRIVILéfiE EXCLUSIF DE VENDRE DE l'eAU A

Pasm, le gouvernement ne l'aurait pas accordé, et MM. PERanu aa l'ont jasais sollicité ; ils ont demandé et obtenu le privilège exclusif d'établir des machines à fm pour donner de Feau dans Paris; et il est expressément dit, dans l'arrêt du conseil, Sans préjudice à VexécmUon du projet donné par le feu sieur de Parcieux, d'amener V Yvette à Paris, ni à celle des autres projets, machines ou établissements, autres que lesdites pompes à /eu, qui pourraient être propres à fournir de l'eau à Parié*

KACMAftCHAU,

Et M. de Mirabeau sait très-bien que les fontaines épuratoires, dont il vante si fort l'excellence et l'utilité, sont établies trés-poslérieurement au privilège de MM. Perrier ; et que la compa^^ie des eaux, qui savait bien n'en avoir pas le droit, n'a l'ait aucune opposition à l'établissement de ces fontaines.

Enfin il sait très-bien que si les gens du monde, qui voudraient tous leurs revenus en jouissances personnelles, ne trouvent pas dans l'entreprise des eaux un placement de fonds assez promptement lucratif, il n'en est pas moins vrai que l'bonnète père de famille qui veut enrichir sa postérité par une privation de peu d'années, a trouvé dans cette entreprise un emploi d'argent trèssolide, et qui ne peut manquer d'assurer un revenu magnifique à ses enfants. Et voilà pourquoi les joueurs à la baisse, pour qui le noble auteur a la bonté d'écrire, trouvent si peu d'actions pour remplir leurs engagements, quoique tous ceux qui les possèdent les aient acquises à très-haut prix.

Résumons-nous en peu de mots.

Nous croyons avoir bien prouvé que des motifs peu généreux ont fait décrier par l'auteur un établissement très-utile ;

Que l'augmentation des dépenses, après les devis primitifs, n'a été l'eflct d'aucune erreur, mais le fruit des plus mûres délibérations ;

Que la compagnie n'a pas encore dépensé quatre millions cinq cent mille livres en 1785 ;

Que MM. Perrier ont rempli loyalement leurs engagements envers elle;

Que cette compagnie a le droit de changer ses lois à son gré, dans ce qui ne touche pas à l'intérêt public ;

Que l'auteur est souvent contradictoire avec lui-même et qu'il perd quelquefois de vue ce qu'il regarde conune son premier objet ;

Que l'aiïaire est beaucoup plus avancée que ce critique ne l'avoue ;

Que ses calculs sont erronés sur la valeur des abonnements, la quantité du combustible et le vrai produit des machines ;

Qu'il existe plusieurs exemples d'entreprises moins nationales, qui militent pour nos succès ;

Que l'administration des Invalides gagne beaucou]), en préférant l'eau de la Seine à toutes Icb eaux de ses puits ;

Qu'il est malignement absurde d'imputer à l'eau de nos pompes aucun mélange avec le grand égout ;

Que, sans y être aucunement contrainte, la ville aurait un grand avantage à charger la compagnie des eaux de remplir ses engagements ;

Que ïaperçu ruineux d'un seul muid d'eau pour chaque maison est, d'après des relevés exacts, de près des trois quarts au-dessous de In réalité ;

Qu'à trois muids cl demi par maison, taux actuel de nos fournitures, sans les augmentations prévues, la compagnie aura un jour plus de trois millions de revenu ;

LETTRES

Que, pour acquérir cette recette annuelle, elle n'aura pas dépensé six millions ;

Qu'alors un dividende de six cent quatre-vingt-quinze livres à chacune des quatre mille quatre cent quarantequatre actions portera leur capital à treize mille neuf cent huit livres;

Que le progrés sensible des abonnements a un accroissement sensible, que rien ne peut plus arrêter ;

Que notre seul charlatanisme est Tabondance et le bas prix de l'eau ;

Que la comparaison des établissements anglais est tout entière en notre faveur ;

Que celle du canal de l'Yvette avec nos machines à feu nous laisse un avantage de quatre cinquièmes en profit, sans la supériorité de notre e^u et son abondance intarissable ;

Qu'il n'est pas vrai que nous fassions un monopole exclusif de la vente de Veau dans Paris;

Enfin, que Fauteur, mal instruit, n'a été exact ni vrai dans aucun point qu'il ait traité.

D'après cette réponse, on espère que si quelqu'un doit aller aux écoles d* arithmétique y indiquées par l'auteur (page 40), étudier les leçons qu'il veut donner aux autres, et même au gouvernement, ce ne sera pas la compagnie que le public y renverra, mais bien les joueurs à la baisse sur les actions des eaux, qui, s'étant abusés dans leurs spéculations, ont ensuite abusé l'auteur de la brochure, et finiraient par abuser les pères de famille qu'ils chérissent, le public auquel ils s'adressent, et les possesseurs des actions, qu'ils dépouilleraient à vil prix, si on ne les arrêtait pas. Nous n'ajouterons qu'un seul mol.

Plus on recherche le but de cet étrange ouvrage, et moins on peut le concevoir. L'auteur sait queclepuis sept ans des citoyens bien courageux, jaloux de voir la ville de Londresjouir d'un avantage qui manquait à la capitalede laFrance, ont consacré des fonds immenses à le lui procurrr, et ne sont parvenus à leurs premiers succès qu'avec des travaux inouïs, à travers des obstacles de tout genre, accablants, presque insurmontables.

A-t-il voulu fiélrir leur cœur, les détourner de porter à sa fin le seul établissement national qu'on connaisse dans cetle ville; leur enlever l'.iuguste protection dont Sa Majesté daigne IiononM* leur entreprise, en la discréditant aux yeux des aclionnairi's et des consonunateurs; en inquiétant le public sur la (pialité de l'eau qu'il doit boire ; en armant tout le monde contre eux?

Quand il pose partout des bases aussi fausses que ses résultats sont vicieux, est-il entraîné réellement par le désir de procurer à ses amis des actions que ceu.\-ci sont forcés de livrer sous un terme, h bas prix? ou bien s'esl-il flatté de porter un coup mortel à l'entreprise des machines à feu, pour en favoriser quelque autre? A-t-il trompé, s'esl-il Iroinpi', l'a-t-on tronipé? Ebt-ce projet, erreur ou suggestion? Nous croyons lui rendre justice en ailoi)tant le dernier soupçon.

Mais, quel qu'ail été son motif, on doit profondément gémir de voir un homme d'un aussi grand talent sou-

mettre sa plume énergique à des intérêts de parti qui ne sont pas même les siens. Indifférents au duMxde leurs sujets» c'est aux avocats décriés à tout plaider eo désespoir de cause : l'homme éloquent a trop à perdre en cessant de se respecter: et cet écrivain Test beiih coup.

Notre estime pour sa personne a souTent retenu l'ifidignation qui nous gagnait en écrivant. Mais si, malgré la modération que nous nous étions imposée, il neos est échappé quelque expression qu'il désapprouve, ooos le prions de nous la pardonner. La célérité d'une répoi» qu'exigeait son mordant écrit ne nous a pas perais d'être moins long, ni plus châtié. Aussi, de notre paît, n'est-ce pas assaut d'éloquence, mais discassion profonde et nécessaire de la bonté d^un établissement qu'il a voulu rendre douteuse. Nous avons combattu ses idées, sans cesser d'admirer son style. Heureux si la laogiiaff du nôtre ne prive pas la vérité de l'attrait que la beauté du sien avait su prêter à l'erreur !

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