A MONSIEUR DE CROSNE , LIEUTENANT DE POUŒ
Piris, le 13 mai 1%9.
Monsieur,
Vous m'avez invité à vous écrire ce que j'eus llusneur de vous dire hier matin. Le souvenir récent (fn mal affreux et public rend Tinquiétude excusable qnad le danger menace encore; punir le crime et les eues commis est Toffice de la loi et des magistrats de li kâ; les prévenir est celui de rautorité surveillante, et Y» ne pense pas sans douleur qu'une maison gardée pv quatre cents baïonnettes a été brûlée en plein joor.
Ce problème restant à résoudre, rend plus vives les inquiétudes de quelques citoyens menacés ; je sois à nombre et voici ce que j'aperçois.
Tous les ouvriers de bâtiments s'assemblent certains jours à des heures fixes : quand on les voit se pelotoftner le soir en des endroits inusités, il se prépare qi^ que chose. Voilà plusieurs soirées que je fais cette remarque; j'ai entendu dans l'un de ces pelotons ns mots : // y eu aura bien d'autres tués avant la senum prochaine; un homme de mes amis a entendu sortir d'un autre ces mots :
Cest la nuit quil faut travailler.
Les poissardes du cimetière Saint-Jean parlaient îoot haut en plein marché, il y a peu de jours, de mes misons comme de lieux dévoués.
Un infirme sujet, jadis ujon portier, nommé Michelin, loge sur ce marché au coin de la rue de la Verrerie, chez un potier de terre, au second.
Cet homme, qui a joué le rôle d'un faux témoin daœ mon dernier procès, salarié par mes ennemis et justement soupçoniié d'avoir placardé mes portes et cassé mes bas-reliefs, est un de ceux qui soulèvent la canaille contre moi. Ces instruments aveugles des vengeances secrètes, une fois mis en mouvement, vont sans nul examen où la méchanceté les conduit.
J'ai eu l'honneur d'ajouter, monsieur, en vous parlant, que si la surveillance ne se ralentissait pas dam ces apparences de repos, mon avis devenait inutile, mais que si la sécurité rendait les soins moins attentifs, on courrait peut-être le risque d'être surpris par de nouveaux attentats.
Recevez avec bonté ces avis dictés par mon zèle et aussi par ma sollicitude et faites-moi la justice de me croire avec un «iévouemenl très-respectueux, monsitjur, Votre très-humble, etc.,
Garon de Beauhircbais.
LETTRES