‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 580 sur 607 · AU SEMAINIER DU THÉÂTRE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AU SEMAINIER DU THÉÂTRE FRANÇAIS

Paris, le 9 novembre 1789.

VOUS rendant grâce, mon cher Florence, de la t (|ue vous m'avez fait garder hier aux Français, je rais m*acquitler envers vous et la Comédie par un utile à votre société.

pièce de Charleê IX a certainement du mérite; îst dans quelques scènes d'un effet terrible et dent, quoiqu'elle languisse dans d'autres et n'ait que d'action. On l'a mise au théâtre avec le plus grand

et il n'y a que des éloges à faire de tous les ac-

qui y jouent. Le contraste frappant des caractères nrdinal et du chancelier anime souvent un tableau ['autres rôles affaiblissent ; mais en me recherchant a moralité, je l'ai trouvée plus que douteuse. En ce ent de licence effrénée où le peuple a beaucoup s besoin d'être excité que contenu, ces barbares , à quelque parti qu*on les prête, me semblent ;reux à présenter au peuple et propres à justifier ens à ses yeux. Plus Charles IX a de succès, plus observation acquerra de force, car la pièce aura ue par des gens de tous les états. Et puis, quel Qt, mes amis, que celui où le roi et sa famille vienrésider à Paris * pour faire allusion aux complots eu vent les y avoir conduits! Quel instant pour prê- I clergé, dans la personne d'un cardinal, un crime n'a pas commis (celui de bénir les poignards des iins des protestants) ; quel instant, dis-je, que celui épouillé de tous ses biens, le clergé ne doit pas n proie à la malveillance publique, puisqu'il sauve

en le servant de ses richesses! Si les plans qu'on •se à quelques brouillons de la cour avaient eu ntier succès, si le clergé eût gagné le grand pro- ; sa propriété, je concevrais dans quel esprit on >rmis un tel ouvrage ; rmis dans l'état où sont les s, j'avoue que je ne le conçois pas. Je n'entends amer ici l'auteur : son ouvrage était fait, il a dû r qu'il fut joué. Ses motifs étaient purs sans , mais l'administration ne doit-elle pas veiller au du temps où tel spectacle doit être admis ou sus-

nt à vous, mesdames et messieurs, si vous ne ; pas qu'on dise que tout vous est indifTérent i que vous fassiez des recettes, si vous aimez pense que vous êtes citoyens autant et plus que liens, enfin si vous voulez que vos produits se »lient sans offenser personne, sans blesser aucun

aucun rang, méditez le conseil que mon amitié résente, et considérez-le sous tous ses différents ». La pièce de Charles IX m'a fait mal sans conso-

ce qui en éloignera beaucoup d'hommes sages

igit ici du retour du roi à Paris après les journées des 5 »bre.

et modérés, et les esprits ardents, messieurs, n'ont pas besoin de tels modèles! Quel délassement de la scène d'un boulanger innocent pendu, décapité, traîné dans les rues par le peuple il n'y a pas huit jours, et qui peut se renouveler, que de nous montrer au théâtre Coligny ainsi massacré, décapité, traîné par ordre de la cour!

Nous avons plus besoin d'être consolés par le tableau des vertus de nos ancêtres qu'elfrayés par celui de nos vices et de nos crimes *.

Beaumarchais.

A M. SAUERI.

Paris, le 15 aoiU 1790.

C'est maintenant, mon cher Salieri, que je vous dois le compte de votre grand succès : Tarare n'a été joué que le 5 de ce mois ; l'Opéra l'a remis avec un soin prodigieux; le public l'a goûté comme une œuvre sublime de la part du musicien. Vous voilà donc chez nous à la tête de votre état! L'Opéra, qui, depuis un an, faisait cinq cents à six cents livres, a fait six mille cinq cent quarante livres le premier jour de Tarare, cinq mille quatre cents le second, etc. Les acteurs, revenus sévèrement à mon principe, de regarder le chant commue accessoire du jeu, ont été, pour la première fois, rangés parmi les plus grands talents du théâtre; et le public criait : Voilà de la musique ! pas une noie radolée ; tout marche aux grands effets de faction dramatique! Quel plaisir pour moi, mon ami, de voir que Ion vous rende enfin celte grande justice, et que l'on vous nomme en chorus le digne succeueur de Gluck !

J*ai fait remarquer au comité que le trarail du couronnement exigeait qu'on ne regardât pas cette reprise de Tarare comme une seconde mise, mais comme la première continuée, et que vos deux cents livres par représentation vous fussent allouées; et non pas cent vingt livres, comme ils disent que c'est l'usage : je n'ai pas encore leur réponse.

Mon ami, est-ce que vous désespérez de revenir ici travailler pour notre théâtre? Parlez-moi net sur cet objet; car bien des gens m'interrogent lâ-des>us : chacun veut vous donner son poëmc. Si vous devez finir Castor, c'est chez moi qu'il faut le finir; et votre appartement vous attendra toujours. Bonjour, mon bon ami; aimez toujours votre dévoué, etc.

Ma femme se recommande à votre I)onne amitié, et ma fille à vos grandes leçons.

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