‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 586 sur 607 · A M. CHABOT · texte numérisé non relu

A M. CHABOT

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En lisant ce matin, monsieur, dans le Logogmfkt du jour, votre éloquent rapport sur le comité antiicliien, dans lequel on m'avait appris que je roe troarais dénoncé, j'ai vu que mes amis traitaient trop l^én* ment ce rapport, qu'ils appelaient une capudnade. Sa lecture m'a convaincu qu'il faut examiner soi-même d non pas juger sur parole un orateur de votre force, €t surtout de votre justice.

Vous y dites, monsieur, qu*un conmiissaire de la section du Louvre m'a dénoncé pour avoir aduti nèûatkdix mille fusils en Brabant. Vous dites que Ton eoa b preuve au comité de surveillance ; que ces fnsib sont déposés dans un lieu suspeci, à Paris. Vous dites que U municipalité a connaissance de Vun de ces dépôts, VoUi des faits trés-positifs : il semblerait qu'il ne me faut que des dievaux pour Orléans. Eh bien ! dans un temps phu tranquille je mépriserais ces vains bruits : mais je vus des projets sérieux d'exercer de lâches vengeances, en en échauffant le peuple, en l'égarant par des soupçons qu'on fait jeter sur tout le monde, et que Ton donne à commenter aux brigands des places publiques.

Je vous observe donc, monsieur, que si vous avez eu l'annonce, au comité de surreillance, que soixanMii viille fusils sonl cachés par moi dans Paris, qu'il* wni dans un lieu très^uspect \ce qui suppose que tchis le connaissez), vous êle> plus susi^ecl que ce lifu. de D'avoir pas fait à l'inslanl tout ce qu'il faut j«our ^0:15 ea empaivr. Lu vrai comité autrichien, payé f«our nuire à la patrie, n'agirait pas d'autre manière.

J'ajoute à cette o\ senation que je >c»mme h^uî^Deot la miniioipnîitè de Paris \M. Manuel même à la îr!^ 3e déclarer publiquement, à peine de liaule !râh^f->n. iû est le dèjHM ces fusils que je tiens cachés dans Pan.- D est bien temps que. dans un corps comjK»5ê de K'Tif citoyens, les lâches qui le déshonorent îs:»îenî dêsî-.Tt< et bien connus.

Dans le court exposé de la trahis^^n qu'on Rj'imrcfîtvous n'avei fait que trois erreurs, que je v^is r^'^s puisqu'il en est question.

Il est bien \Tai. monsîrur. que j'ti î.chtîé t4 x^iyè. non pas sùLrant^iT mille fusih en BrchrrJ, cfejiDf voîs le ditt s. miis soiiante mille er. Brvbjî jf. <é 'J* sonl eicore auHHird'bui reenus. cï»nîre > dre«1 3r^ cens, d.nis un des pc«rts de la 7<^l*Dàe- Ï^^itits oeiii id«5 je n'ai cessé de lounneiter Jf. fHrmamriez r»i*nT qui] ea cerna ndà: n^isi^n au cowvemeroerl i»c*Uiii>d>î>: ce qz'i a fait : et je le sais par doUy mimsii^ à la Ba^e. ha-

LETTRES

foque ici son témoignage pour attester ces faits à tout le monde, excepté à M. Chabot,

Il est bien vrai aussi que j'ai fait venir à Paris, non pas soixante-dix mille armes, comme vous le dites sans rougir, ajoutant que la preuve est faite à votre comité Mcret, mais deux de ces fusils seulement, pour qu'on juge quelle est leur forme, et leur calibre et leur bonté. Mais puisque vous avez Thonnéte discrétion de ne pas indiquer le lieu suspect où je les tiens cachés, je vais, moi, par reconnaissance pour la grande bonté du rapporteur Chabot; pour l'honneur de mon délateur, le commissaire de la section du Louvre ; pour la bienveillante inaction de la municipalité, qui parle bas au sieur Chabot de mon dépôt, qu'elle connaît, et ne fait rien pour s'en saisir ; je vais nommer ce lieu suspect.

Je tiens ces deux fusils cachés... (ù ciel! que vais-je déclarer?...) dans le grand cabinet du ministre de la guerre, près de la croisée à main gauche, d'où je sais que M. Sertan ne refusera point de les faire exhiber, toutes les fois qu'il s'agira de constater ce grand délit, par la dénonciation duquel vous avez si bien établi le vrai comité autrichien, et mes relations avec lui ! Je prie M. Servan de vouloir attester le fait des deux fusils à tout le monde, excepté vous : je dis excepté vous, monsieur, parce qu'on n'espère point ramener l'iiomme qui dénonce une atrocité réfléchie contre sa conviction intime.

Mais pourquoi, direz-vous, si vous n'êtes pas coupable, ces achats et cette cachette chez le ministre de la guerre? Et moi, qui n'ai point de motifs pour envelopper ce que je dis sous des formes insidieuses, comme le fait M. Chabot, je parlerai sans réticence.

Lorsque j'ai proposé de substituer dans nos possessions d'outre-mer, à mesure de leurs besoins, mes fusils anglais, hollandais, à tous ceux du modèle de 1777, que Ton serait forcé d'y envoyer de France, où nous n'en avons pas assez pour armer tous les citoyens qui brûlent de la maintenir libre, j'ai cru devoir tranquilliser notre ministre de la guerre sur la qualité des fusils que j'allais porter dans nos iles, tous pareils à ces deux modèles que j'ai fait déposer chez lui, en le priant d en garder un, d'envoyer l'autre en Amérique, pour qu'il serve de contrôle à tous ceux que j'y porterai. Voilà ce que je prie encore M. Servan d'attester à tout le monde, excepté à M. Chabot,

Or, si vous, digne rapporteur de faits que vous connaissez faux, ou si mon dénonciateur, ou quelques-uns des membres de celte municipalité qui reste si tranquille, ayant la connaissance d'un dépôt d armes dans ' Paris; si vous avez eu quelque espoir de faire piller ma maison, comme on Ta essayé vingt fois, en animant le peuple contre moi par les plus lâches calomnies, je vous apprends que vos projets ont déjà reçu quelque exécution . Déjà vos secrets émissaires aflichent des placards sur mes murs et dans mon quartier, où l'on charge, comme de raison, les beaux traits du rapport que vous avez fait contre moi : mais le peuple de mon quartier me connaît, monsieur, et sait bien qu'aucun citoyen de

l'empire n'aime son pays plus que moi ; que , sans appartenir à faction et à factieux, je surveille leurs portevoix, leurs agents secrets, leurs menées ; que j'en démasquerai plusieurs.

Quand je parle de porte-voix, je n'entends point, monsieur, vous désigner sous ce nom peu décent. Je sais, comme les gens instruits, que les éloquents monastères où vous fûtes capuchonné ont de tout temps fourni de grands prédicateurs à la religion chrétienne; mais j'étais bien loin d'espérer que l'assemblée nationale aurait tant à se louer un jour des lumières et de la logique

D'un orateur tiré de cet ordre de saints Que le grand Séraphique a nommés capucins.

Plein d'une juste admiration pour vous, j'allais joindre, monsieur, mon tribut d'applaudissements à ceux que vous avez reçus, lorsque je me suis vu tout à coup dénoncé par vous. Si c'est bien fait de dénoncer et d'envoyer à Orléans tout ce qui contrarie vos vues, je vous dirai comme Voltaire en parlant du père Girard, qui fut beau moine ainsi que vous :

Mais, mon ami, je ne m'attendais guère A voir entrer mon nom dans celte afTairel

Quoiqu'il en soit, monsieur, votre éloquence n'a pas été perdue : la vive satisfaction de toute l'Assemblée, les louanges publiques dont on vous a couvert, le décret qui s'en est suivi sur ce qui touche aux généraux, vous ont sans doute consolé de n'avoir pas pu accomplir tout le bien que vous vouliez faire ; je vous rends grâce pour ma part, et suis, avec tout le respect que vos talents nous inspirent, monsieur, votre, etc.

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