‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 589 sur 607 · AUX ACTEURS DE L'OPÉRA, ASSEMBLÉS · texte numérisé non relu

AUX ACTEURS DE L'OPÉRA, ASSEMBLÉS

Ce 3 ami 1795.

Mes frères et sœurs, ou plutôt, c'est mieui dit: Me? sœurs et frères — Honneur au beau sexe !

C'est un très-bon projet que le mélange des deoi genres, pour accumuler des recettes : celui du grand opéra y e[ celui de Vopéra parlé et chanté.

Avecles superbes accessoires de votre spectacle, aucun autre ne pourra soutenir votre concurrence.

M.'iis c'est un nouveau genre de talent que vous deva perfectionner en vous. L'habitude du chant continuel nuit au débit de la comédie, et la longueur en lueTefiet, surtout dans la comédie gaie.

L'unique désir d'être utile à votre spectacle m'a fait vaincre la répugnance que j'ai de m'occuper dautre chose que d'étriller tous les chiens qui m'aboient. J'ai été voir à muche-pot la deuxième représentation du Mariage. Et voici mes observations. Il faut à votre théâtre plus de mouvement et de variété. Jetant par la fenêtre l'amour-propre d'auteur, j'ai réuni le troisième avfc le quatrième acte, il y aura moins de comédie et le chant sera rapproché, la pièce denendra plus courte; et un beau ballet pour la noce terminera bien le Mariage. Le genre de la pièce indique assez de quelle dé-

LETTRES

^aine ce ballet doit trotter. Ce sont moins des danses t^ançaises que le genre vif et grenadin des Maures, dont les Espagnoles ont consenré les goûts, une noce de Ga- Biaches à peu près. Vous privez votre'spectacle d'un de ns plus grands attraits, si vous faites scission entre le chant, la parole et la danse ; ne négligez pas cet

J'ai trouvé vos autres actes vides. Comme tous les actes commencent par des paroles, il n'y a rien de si glacé d'entrer sur la scène pour parler pendant que le Ik s'ennuie. Il faut de grands et beaux morceaux d'orchestre pour remplir ces longs intervalles et mettre de la variété; cette remarque est essentielle.

Je désirerais entre le premier et le deuxième acte la répétition désordonnée d'un ballet vif, quelconque, et qui ressemblerait aux répétitions du foyer. Des mutineries d^adrices, la colère du maître de ballet, les rires de quelques jeunes danseurs, des morceaux entamés, point finis et une impatience générale qui amenât une espèce de farandole, etc., etc. Cette façon de traiter un ballet appartiendrait à cette folle journée, et aurait l'air de préparer la fête que Figaro a imaginée.

Si vous ne faites pas un effort pour réchauffer cette pièce il vaudrait mieux l'abandonner.

Être piquant ou nul, c'est là votre devise.

Quant aux scènes parlées, je demande à Bartholo, qui a bien la prestance et le jeu de son rôle, de s'appesantir moins sur le débit, de fouetter davantage sa première scène avec Marceline, avec la brusquerie d'un vieillard toujours en colère.

Je demande à ma Spinette, qui joue Suzanne trèsgaiement, de contraster avec l'humeur de Marceline, dans b scène de leur débat au premier acte, par une ironie légère et fine. Une des grâces de cette scène est que l'une rit pendant que l'autre se fâche. Laissons laigreur à la vieillesse, puisque c'est l'âge des regrets.

Tai trouvé le petit page un peu dégingandé ; c'est ou naïf, ou pohsson qu'il doit être, cela est très-aisé à réparer.

Le comte Almaviva jouera fort bien la comédie, je le prie seulement de distinguer la noblesse du caractère qu'il rqirésente de Véchaaure qui gourme un peu l'acteur, et son débit y gagnera de la vivacité, car ce qu'on désire le phis, c'est que la pièce marche ; du reste son rôle est fort bien.

11 n'y a dans celui de Figaro que quelques changements de position à faire à la scène, qui lui donneront plus de finesse; c'est l'affaire d'un instant à la répétition. Je le prie de réfléchir, en homme d esprit qu'il est, qu'un degré même léger de charge peut faire une farce de celte pièce, car Figaro est un mauvais sujet, mais fm, rusé, éduqué et non pas farceur. Du reste, rien à dire sur la vivacité du débit.

Je prie Basile de débiter et non d'appuyer sur toutes ses syllabes comme s'il chantait des vers. 11 fait beaucoup languir cette scène du petit page dans le fauteuil ; la co-

médie ne marche pas ainsi. Oubliez le théâtre, la scène se passe dans une chambre.

Si vous adoptez ces idées, la pièce reprendra vigueur et vous encouragerez par là quelques hommes de mérite à travailler pour vous. Je ferai alors l'impossible pour aller à huis clos vous entendre répéter tous avec le vif désir de contribuer, si je le puis, à multiplier les succès du premier théâtre du monde.

Signé : Beauuàrchais.

Je n'ai rien dit de la Comtesse, qui a la décence de son rôle; on désirerait quelquefois un jeu un peu plus animé.

POUR LA JEUHE CITOTENRB FRANÇAISB

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