‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 9 sur 607 · SCÈNE- III MADAME MURER, LE BARON, EUGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE- III MADAME MURER, LE BARON, EUGÉNIE

MADAME MURER

(Le ton de madame Murer, dans toute celte scène, est un peu

dédaigneux.)

J'espère que vous n'oublierez pas de vous faire écrire chez le lord comte de Clarendon, quoiqu'il soit à Windsor ; c'est un jeune soigneur fort de mes amis, qui nous prête cette maison pendant notre séjour à Londres, et vous sentez que ce sont là de ces devoirs...

LE BARON, la contrefaisant.

Le lord comte un tel, un grand seigneur, fort mon ami : comme tout cela remplit la bouche d'une femme vaine !

MADAME MURER

Ne voulez-vous pas y aller, monsieur?

LE BARON

Pardonnez-moi, ma sœur; voilà trois fois que vous le dites : j'irai en sortant de chez le capitaine Cowerly.

MADAME MURER

Comme il vous plaira pour celui-là ; je ne m'y intéresse, ni ne veux le voir ici.

LE BARON

Comment ! le frère d'un homme qui va épouser ma nile !

MADAME MURER

Ce n'est pas une afTaire faite.

LE BARON

C'est comme si elle l'était.

MADAME MURER

Je n'en crois rien. La belle idée de marier votre fille à ce vieux Cowerly qui n'a pas cinq cents livres sterling de revenu, et qui est encore plus ridicule que son frère le capitaine !

LE BARON

Ma sœur, je ne souffrirai jamais qu'on avilisse en ma présence un brave officier, mon ancien ami.

MADAME MURER

Fort bien : mais je n'attaque ni sa bravoure, ni son ancienneté : je dis seulement qu'il faut à votre fille un mari qu'elle puisse aimer.

LE BARON

De la manière dont les hommes d'aujourd'hui sont faits, c'est assez difficile.

MADAME MURER

Raison de plus pour le choisir aimable.

LE BAROX.

Honnête.

MADAME MURER

L'un n'exclut pas l'autre.

LE BARON

Ma foi, presque toujours. Enfin j'ai donné ma parole à Cowerly.

MADAME MURER

Il aura la bonté de vous la rendre.

LE BARON

Quelle femme! Puisqu'il faut vous dire tout, ma sœur, il y a entre nous un dédit de deux mille guinées : croyez-vous qu'on ait aussi la bonté de me le rendre?

MADAME MURER

Vous comptiez bien sur mon opposition, quand vous avez fait ce bel arrangement; il pourra vous coûter quelque chose, mais je ne changerai rien au mien. Je suis veuve et riche, ma nièce est sous ma conduite, elle attend tout de moi ; et depuis la mort de sa mère, le soin de l'étabUr me regarde seule. Voilà ce que je vous ai dit cent fois; mais vous n'entendez rien.

LE BARON, brusquement.

Il est donc assiez inutile que je vous écoute : je m'en vais. Adieu, mon Eugénie; tu m'obéiras, n'est-ce pas?

(n la baise au front, et sort.)

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