‹ Œuvres complètes de Beaumarchais, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 100 sur 356 · ACTE III, SCÈNE XVI. ï · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XVI. ï

que la misère nous poignarde, que peut opposer une enfant à tant d'ennemis rassembles ? Tel nous juge ici sëvèrement, qui peut-être en sa vie a perdu dix: infortunées.

FIGABO.

Les plus coupables sont les moins généreux ; c'est la règle.

MARCELINE vivement.

Hommes plus qu'ingrats , qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes! c'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse : vous et vos magistrats si vains du droit de nous juger, et qui nous laissent enlevé^ , par leur coupable négligence , tout honnête moyen de subsister ! Est-il un seul état pour les malheureuses filles? elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes ; on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe.

FIGARO en colère.

Ils font broder jusqu'aux soldats !

KARGELINE exallée.

Dans les rangs même plus élevés, les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire. Leurrées de respects apparens, dans une servitude réelle; traitées en mineures pour nos hieas , punies en majeures pour nos fautes ; ah! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur ou pitié.

FIGARO

Elle a raison.

LE COMTE à paît.

Que trop raison. ""

i64 LE MARIAGE DE FIGARO.

BRID^OIflOir.

Elle a, inon-on Dieu! raison.

MARCELINE

Mais que nous font^ mon fils, les refus d^un homme injuste! Ne regarde pas d'où tu viens, vois où tu vas; cela seul importe à chacua. Dans qudques mois ta fiancée ne dépendra plus que d'elle-même ; elle t'acceptera^ j'en réponds : vis entre une épouse, une mère tendres, qui te chériront à qui mieux mieux. Sois indulgent pour elles, heureux pour toi , mon fils ; gai , libre et bon pour tout le monde, il ne manquera rien à ta mère.

Tu parles d'or, maman , et je me tiens à ton avis. Qu^on est sot, en effet! il y a des mille mille ans que le monde roule, et dans cet océan de durée, où j'ai par hasard attrapé quelques chétifs trente ans qui ne reviendront plus, j'irais me tourmenter pour savoir à qui je les dois! tant pis pour qui s'en inquiète. Passer ainsi la vie à chamailler, c'est peser sur le collier sans relâche, comme les malheureux chevaux de la remonte des fleuves , qui ne reposent pas même quand ils s'arrêtent, et qui tirent toujours quoiqu'ils cessent de marcher. Nous attendrons*.

LE COÎfTE.

Sot événement qui me dérange!

BRin'oïSOir à Figaro.

Et la noblesse et le château ? vous hnpo-osez à la justice!

FIGARO

Elle allait me faire faire une belle sottise, la justice ! après que j'ai manqué , pour ces maudits cent écus ,

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