‹ Œuvres complètes de Beaumarchais, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 296 sur 356 · ACTE I, SCENE VIII. 4o · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII. 4o

TARARE avec un grand trouble.

O mon roi ! prends pitié de mon affrçux état. En pleine paix , un avare corsaire G)mble sur moi les horreurs de la guerre.

Tous mes jardins sont ravagés,

Mes esclaves sont égorgés;

L'humble toit de mon Astasie

Est consumé par Tincendie....

ATAR

Grâce au ciel ^ mes sermeas vont être dégagés !

Soldat qui m'as sauvé la vie ,

Reçois en pur don ce palais

Que dix mille esclaves malais

Ont construit d'ivoire et d'ébène :

Ce palais, dont l'aspeot riant

Domine la fertile plaine ,

Et la vaste mer d'Orient.

Là, cent femoiés de Circassie,

Pleines d'attraits et de pudeur,

Attendront l'ordre de ton cœur, Pour t'enivrer des trésors de l'A^e.

Puisse de ton bonheur l'envieux s'irriter !

Puisse l'infâme calomnie

Pour te perdre en vain s'agiter !....

ALTAMORT bas.

Mais, Seigneur, ta hautesse oublie....

ATAR bas.

Je l'élève, Altamort, pour le précipiter. (Haut.) Allez, vizir, que l'on publie....

o mon roi ! ta bonté doit se &ire adorer.

4o4 TARARE.

Des maux du sort mon ame est peu saisie ; Mais celui de mon cœur ne peut se réparer , Le barbare emmène Astasie.

ATAR avec un signe d*iatbiltgence.

Quelle est cette femme , Altamort ?

ALTAMORT.

Seigneur 9 si j'en crois «on transport, Quelque esclave jeune et jolie.

TARARE indigné.

Une esclave ! une esclave ! excuse , p roi d'Ormus î A ce nom odieux tous mes sens sont émus.

Astasie est une déesse.

Dans mon cœur souvent combattu ,

Sa voix sensible, enchanteresse,

Faisait triompher la vertu.

D'une ardeur toujours renaissante ,

J'offrais sans cesse à sa beauté,

Sans cesse à sa beauté loucha te,

I/encens pur de la volupté.

Elle tenait mon ame active

Jusque dans le sein du repos.

Ah ! faut-il que ma voix plaintive

En vain la demande aux échos 1

ATAR

Quoi ! soldat ! pleurer une femme l

Ton roi ne te reconnaît pas.

Si tu perds l'objet de ta flamme.

Tout un sérail t'ouvre ses bras.

Faut-il regretter quelques charmes.

Quand on retrouve mille attraits ?

Mais l'honnjBur qu'on perd dans les larmes,

Page 1