‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 108 sur 285 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lekania et l'aiguière. — Sic vos non vobis. — Franooii Ier dan* l'atelier da Celliui. La salière. — Attaque de ? oleora. — La Jupiter. — Le botte de Jalet Ge«r. U et apte de PeatalneMeaa. — Lai fomàêmn pariaient.

Dès que j'eus opéré dans mon logement et mon atelier tous les arrangements nécessaires pour les rendre à la fois commodes et honorables, j'entrepris trois modèles, exactement de la dimension que devaient avoir les statues en argent. Us représentaient Jupiter, Mars et Vulcain. Je les exécutai en terre, et je les renforçai d'une bonne armature en fer. J'allai ensuite trouver le roi , qui, si je ne me trompe, ne donna trois cents livres d'argent pour commencer à travailler.

Tout en m' occupant de ces préparatifs, l'aiguière et le bassin ovale, après être restés plusieurs mois en main, arrivèrent à fin. Aussitôt que je les eus terminés, je les As parfaitement dorer. On les proclama les plus beaux ouvrages que jusqu'alors on eût vus en France. Je les remis directement au cardinal de Perrare. Il me remercia beaucoup, puis il les porta, sans moi, à Sa Majesté, à qui il les offrit. Le roi en fut ravi, et me vanta plus que ne l'a jamais été aucun artiste. En retour de ce cadeau, il accorda an cardinal de Ferrure une abbaye de sept mille écus de

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rente. Il voulut aussi me faire un présent, mais le cardinal l'en empêcha, en lui disant que c'était trop se presser, puisque je n'avais pas encore travaillé pour Sa Majesté. — u Mais c'est précisément pour l'encourager à travailler, « répondit le roi , qui était d'une extrême libéralité. — « Sire, reprit le cardinal un peu honteux , je supplie Votre Majesté de s'en rapporter à moi, car je lui assurerai une pension de trois cents écus au moins, dès que je serai en possession de l'abbaye. » — Jamais je n'eus cette pension, mais j'aurais trop à dire si je voulais raconter tous les tours diaboliques que me joua ce cardinal. Je préfère m' occuper de choses plus importantes.

Je revins à Paris. Grâce aux faveurs dont le roi m'accablait, tout le monde m'admirait. Je commençai è exécuter en argent la statue de Jupiter. J'avais pris de nombreux ouvriers, et je ne cessais de travailler avec ardeur jour et nuit, de sorle que les modèles en terre de Jupiter, de Mars et de Vulcain étant achevés, et la statue en argent de Jupiter étant très-avancée , mon atelier avait déjà un aspect fort riche.

Sur ces entrefaites , le roi vint è Paris. J'allai le visiter. Dès qu'il m'aperçut, il m'appela gaiement, et me dit que, si j'avais dans mon atelier quelque chose de beau à lui montrer, il s'y rendrait. Je lui expliquai tout ce que j'avais fait , ce qui redoubla sa curiosité. Après son diner, il emmena avec lui madame d'É lampes, le cardinal de Lorraine, plusieurs seigneurs, entre autres son beau -frère le roi de Navarre, la reine sa sœur, le dauphin et la dauphine, et enfin toute l'élite de la noblesse de la cour. J'étais rentré chez moi et je m'étais mis à travailler. Lorsque le roi fut arrivé à la porte de mon château , ayant entendu le bruit des marteaux, il recommanda à sa suite de ne point souffler mot. Comme tous mes gens étaient à leur besogne, je fus supris par le roi à l'instant où je l'attendais le moins.

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