‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 111 sur 285 · LIVRE C IX QUI KM K · texte numérisé non relu

LIVRE C IX QUI KM K

eox. L'babileté avec laquelle je maniais l'épée leur persuada sans doute que j'étais soldat, car ils se réunirent en groope, se tinrent à distance et se consultèrent à voix basse, dans leur langue, tandis que je leur répétais que, s'ils voulaient mes armes et ma cape, ils ne les obtiendraient pas sans peine. En même temps, je pressai ma marche. Comme ils continuaient de me suivre a pas lents, mes appréhensions redoublèrent Je craignais de tomber plus loin dans une embuscade : aussi , quand je ne fus plus qu'à cent pas du château , pris-je ma course a toutes jambes, en criant à tue-tête : — a Aux armes! aux armes ! Alerte ! alerte ! on m'assassine. »

Quatre de mes jeunes gens, armés de longues piques, accoururent aussitôt. Us voulurent poursuivre les bandits, qu'ils apercevaient encore , mais je les arrêtai. — « Ces quatre poltrons, leur dis-je, n'ont pas été capables d'enlever à un homme seul ces mille écus d'or qui lui rompaient le bras. Débarrassons - nous d'abord de cette somme, puis je vous accompagnerai où vous voudrez, avec ma grande épée à deux mains. » — Nous allâmes mettre mon argent en sûreté. Mes jeunes gens, désolés du danger auquel j'avais été exposé, me réprimandèrent affectueusement. — u Vous avez trop de confiance en vousmême, me dirent-ils; un de ces jours, vous nous donnerez lieu de pleurer. » — Pendant que nous échangions ' quelques paroles a ce sujet, mes adversaires s'enfuirent.

Noos sou pâmes très-gaiement, et nous rimes de bon coeur des tours que joue la fortune , et dont on a si peu de souci quand on n'en est pas victime. Il est vrai que l'on w dit : — «Ce sera une leçon pour une autre fois. » — Mais on se trompe, car le malheur arrive toujours par des voies différentes, et qu'on ne soupçonnait pas.

Dès le lendemain matin, je commençai la grande salière, et j'eus soin qu'on s'en occupât activement, ainsi que de

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mes autres ouvrages. J'avais pris plusieurs ouvriers, Uni pour la sculpture que pour l'orfèvrerie. Les uns étaient Italiens, les autres Français ou Allemands. Souvent j'en avais un très-grand nombre. Je les changeais au fur et a mesure que j'en rencontrais de plus adroits. Par mon exemple je les poussais tellement a travailler, qu'ils ne pouvaient résister à la fatigue comme moi, qui avais une constitution un peu plus robuste que la leur. Quelques-uns des plus habiles< Allemands de nation, voulant lutter avec moi, crurent se donner des forces en mangeant et en buvant beaucoup, mais ces excès les tuèrent

Lorsque je fus près d'achever mon Jupiter, je vis qu'il me resterait beaucoup d'argent; alors je me mis è faire, à l'insu du roi, un énorme vase à deux anses, de la hauteur d'une brasse et demie environ.

Je voulos aussi jeter en bronxe le grand modèle de Jupiter. C'était un essai entièrement nouveau pour moi. J'en conférai avec plusieurs anciens maîtres parisiens, et je leur expliquai la méthode que suivent nos fondeurs en Italie. Us me dirent que jamais ils n'avaient employé ces procédés, mais que si je les laissais libres d'agir à leur guise, ils me livreraient ma statue aussi belle et aussi nette que le modèle en terre. Je passai avec eux un traité qui plaçait la réussite de l'ouvrage sous leur responsabilité, et je leur promis quelques écus de plus que ce qu'ils m'avaient demandé. — A peine furent-ils en besogne que je m'aperçus qu'ils ne s'y prenaient pas bien. — Aussitôt, je commençai un buste de Jules César, beaucoup plus grand que nature, d'après une petite copie d'un admirable antique que j'avais apportée de Rome. — J'entrepris encore un autre buste de môme dimension, d'après une jeune fille d'une extrême beauté, que je gardais ches mot pour mes plaisirs. J'appelai cette télé Fontainebleau, du nom de la résidence favorite du roi,

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Quand on eot construit un superbe fourneau pour fondre le bronze et que les moules de mes deux tôtes et en Jupiter forent cuits et en état , je dis à mes Parisiens : — a Je ne crois pas que votre Jupiter réussisse, car vous n*aves pas ménagé en bas assez d'évents pour que l'air puisse circuler; ainsi, vous perdrez votre temps. » — Ils me répondirent que, si leur statue ne venait pas bien, ils me rembourseraient tout F argent que je leur avais comptr et m'indemniseraient de toute la dépense perdue. Et ils «joutèrent que tes deux belles têtes que je roulais jeter suivant fat méthode italienne tourneraient mal. — Cette (Kseossion eut lieu en présence des trésoriers et des autres gentilshommes qui venaient me voir par ordre du roi, afin de Tinstririre de tout ce qui se disait et se faisait. — Les feux vieux fondeurs, qui devaient jeter le Jupiter, furent cause que la fonte fut retardée quelque temps. Ils disaient qu'ils voulaient auparavant arranger les moules de mes deux têtes ; qu'il était impossible qu'elles réussissent avec mes procédés, et que c'était un grand malheur de gâter de si beaux morceaux. Ils en firent parler au roi, lequel répondit qu'ils songeassent k s'instruire et non à chercher à en remontrer à leur maître. Ils mirent leur moule dans la fosse en riant a gorge déployée. Pour moi, je ne m'éttras point, et, sans rire ni me fâcher, malgré l'envie que j'en avais, je plaçai mes deux têtes à droite et à gauche ou Jupiter.

Quand notre métal fut parfaitement fondu, nous lui ouvrîmes passage. Le moule de Jupiter s'emplit très-bien : H en fut de même pour mes deux têtes, de sorte que nous Mous tous enchantés en voyant que nous avions eu tort (faogurer mal réciproquement de nos procédés. Dans leur {oie, ils me demandèrent à boire, suivant l'usage de France. Je consentis volontiers à leur donner une riche collation. — Ils me réclamèrent ensuite l'argent que je

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