‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 110 sur 285 · IVRB CINQUIEME. SU · texte numérisé non relu

IVRB CINQUIEME. SU

ln>o, j'espère que je pourrai mener à bonne fin de grands et magnifiques ouvrages pour Votre Majesté. » — « Je n'en doute point, « — me répondit le roi en se levant de table. Puis il me mena dans sa chambre, et me demanda combien il fallait d'or pour cette salière. — « Mille écus, » — loi dis-je. Aussitôt le roi appela son trésorier, qni se nommait le vicomte d'Or bec, et il lui ordonna de me remettre sur-le-champ mille écus en vieil or et de bon poids.

Après avoir quitté Sa Majesté, j'allai chercher les deux notaires qui avaient assisté au payement de l'argent du Jupiter et de divers ouvrages. Je traversai ensuite la Seine , . et je me munis d'un petit panier à deux anses, qui m'avait été donné lors de mon passage à Florence, par une de mes cousines qui était religieuse dans cette ville. Ce fut un bonheur pour moi d'avoir pris ce panier et non un sac. Pensant que mon affaire serait expédiée de jour, car il n'était pas tard, je ne voulus ni déranger mes ouvriers, "ni emmener un valet avec moi.

Quand j'arrivai ches le trésorier, il avait déjà les écus devant lui, et il les choisissait comme le roi le lui avait recommandé. Ce larron de trésorier, autant que je pus en juger, eut recours à d'adroits artifices pour différer jusqu'à trois heures de la nuit la remise de cet argent

Comme la chose était de haute importance, j'eus la prudence d'envoyer dire à quelques-uns de mes ouvriers de tenir m' accompagner. Ne les voyant point paraître, je demandai à mon messager s'il s'était acquitte de ma commission. Ce coquin m'assura qu'il l'avait exécutée, et que mes ouvriers lui avaient répondu qu'ils ne pouvaient venir. Il ajouta qu'il porterait volontiers mon argent. Je lui dis que je me chargerais moi-même de ce soin.

Pendant ce temps, on avait expédié le contrat et compté les écos. Je les fourrai dans mon panier ; puis je passai mon bras dans les deux anses, et, comme il n'y entrait

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qu'avec difficulté, les écus étaient bien renfermés et plus faciles à porter que s'ils eussent été dans un sac. J'étais revêtu d'une bonne cotte de mailles à manches : ma petite épée et mon poignard pendaient à mon côté.

Je me mis donc en route, non toutefois sans avoir remarqué que plusieurs valets du trésorier étaient sortis précipitamment de la maison, en parlant à voix basse et en affectant de prendre un autre chemin que le mien.

Je marchai à grands pas, et, après avoir traversé le pont au Change, je suivis, le long de la rivière, un petit mur qui me conduisait à mon château.

Bientôt , je me trouvai en face des Augustins. Cet endroit était fort dangereux, bien qu'il ne fût situé qu'à cinq cents pas de chez moi; mais, comme il y avait encore la même distance à parcourir pour arriver à la partie habitée du château , on n'aurait point entendu ma voix si je me fusse mis à appeler.

Je pris donc mon parti sans hésiter, quand je me vis attaqué par quatre bandits armés d'épées. Je cachai lestement mon panier sous ma cape, je tirai mon épée, et, comme mes adversaires me serraient de près, je m'écriai : — « Avec un soldat, il n'y a que la cape et l'épée à gagner, et, avant de vous les abandonner, j'espère que je vous forcerai à me les payer cher, »

Tout en m' escrimant bravement contre eux , j'entr' ouvris plusieurs fois ma cape, afin que, s'ils avaient été apostés par les valets qui m'avaient vu recevoir l'argent, ils pussent penser avec quelque raison que je ne l'avais point sur moi. Le combat ne dura pas longtemps. Ils reculèrent peu à peu en se disant dans leur langue : — u C'est un brave Italien et non celui que nous cherchons, ou , si c'est lui, il n'a pas les écus. » — Je leur parlais italien, et je ne cessais de si bien frapper d'estoc et de taille, que peu s'en fallut que je ne tuasse plusieurs d'entre

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