CHAPITRE PREMIER
Lettre» 4e aitaraliution. — Cellioi teiguear da Petit- N'ei'e. — Le Piédetnl du Jupiter. — l/enlèrement de Ganymè'de. — Lcda. — Travaux diverc. — François I'r et mafaae d'Etampe* ebei Bentenuto. — Modèle de la porte du cbâteau de Fontaine- Weaa. — Vn projet de fartai ne. — Origine de l'inimitié de madame d'Ktampea «Mire Ceiliei. — Le je* de paume. — Goido Galdi. — L'imprimeur. — Le fabrieaat de salpêtre. — Moyeu etpéditif de se dcbarrauer d'un locataire.
A celle époque, l'illustre et valeureux Picro Strozzi vint «n France, et rappela au roi qu'il lui avait promis des litres de naturalisation. Sa Majesté ordonna aussitôt qu'on les lui délivrât. Elle ajouta en môme temps : — « Préparez aussi celles de mon ami Denvenuto, et portez-les-lui de ma part sans qu'il ait rien à payer. »
Us lettres du grand Piero Strozzi lui coûtèrent plusieurs
i MÉMOIRES DE BKKVEKUTO CELLINI.
centaines de ducats; les miennes me furent apportées par un des premiers secrétaires du roi, nommé messire Antoine le Maçon. — Ce gentilhomme me les remit arec mille gracieusetés de la part du roi, en me disant : — « Le roi vous fait présent de ces lettres de naturalisation pour vous encourager à le servir. » — Il me conta ensuite que Piero Strozzi n'avait obtenu les siennes qu'après les avoir longtemps sollicitées et attendues, tandis que le roi m'avait envoyé les miennes de son propre mouvement, insigne faveur qui n'avait encore été accordée à personne. — A ces mots, j'exprimai la plus vive reconnaissance pour les bontés du roi, puis je suppliai le secrétaire de m'expliquer ce que signifiaient ces lettres de naturalisation. Ce gentilhomme , qui était aussi instruit que courtois , parlait trèsbien italien. Il ne put d'abord s'empêcher de rire ; puis, ayant recouvré son sérieux, il me dit dans ma langue à quoi servaient des lettres de naturalisation , et il m'apprit que c'était un des plus grands honneurs que l'on conférât à un étranger. — « C'est bien autre chose, ajouta-t-il, que d'être fait gentilhomme vénitien ! » — Quand il m'eut quitté, il retourna près de Sa Majesté , et il lui rendit compte de tout ce qui s'était passé entre nous. — Après en avoir beaucoup ri, le roi dit : « — Je veux qu'il sache pourquoi je lui ai envoyé des lettres de naturalisation. Allez, et faites-le seigneur du château du Petit-Ncsle, où il demeure, et qui dépend de mon domaine : il comprendra cela bien plus facilement que les lettres de naturalisation. » — Un messager m'apporta ce présent : je lui offris une gratification, mais il ne voulut rien accepter, et me dit qu'en agissant ainsi il obéissait aux ordres de Sa Majesté. — Lorsque je revins en Italie, j'emportai avec moi ces lettres de naturalisation et l'acte de donation du château ; et, quel que soit le pays où j'irai et où je fixerai mes jours, je ne m'en séparerai jamais.