LIVRE SIXIÈME
Maintenant , je vais poursuivre le récit de ma vie. Je touillai avec ardeur aux ouvrages mentionnés plus haut, c'est-à-dire au Jupiter d'argent, à la salière d'or, au grand raie d'argent et aux deux têtes de bronze. Je m'occupai aussi du piédestal du Jupiter. Je le jetai en bronze et je le couvris de riches ornements, au milieu desquels je sculptai en bas-relief, d'un côté, l'enlèvement de Ganymède, et, de l'autre côté, Lédaavec son cygne. Ce piédestal réussit parfaitement à la fonte. J'en fis un autre du m Orne genre destiné à la Junon, en attendant que le roi me donnât l'argent nécessaire pour commencer cette statue. Grâce à mon activité, j'avais déjà assemblé toutes les pièces du Jupiter d'argent ainsi que celles de la salière d'or. Le vase était fort avancé , et les deux têtes de bronze étaient terminées.
— J'exécutai en outre plusieurs petits ouvrages pour le cardinal de Ferrure, et un petit vase en argent magnifiquement ciselé que je voulais offrir à madame d'Étampes.
— Dans le même temps je menai à fin une foule de joyaux pour maints seigneurs , entre autres pour le signor Piero Strozzi, le comte delP Anguillara, le comte di Pitigliano et le comte délia Mirandola.
Mais retournons à mon grand roi. Tous les travaux qu'il m'avait commandés étaient donc en très-bon train , comme je l'ai dit, lorsqu'il revint à Paris. Trois jours après, il se rendit chez moi avec une foule de seigneurs de sa cour. Il fut émerveillé de la quantité d'ouvrages que j'avais entrepris et menés à si bon port. Bientôt il se mit à parler de Fontainebleau avec madame d'Étampes, qui lui dit qu'il devrait me faire faire quelque chose de beau pour cette résidence. — ■ « Vous aveî raison , s'écria le roi , et je veux qu'à l'instant même cela soit arrêté. » — Alors il se tourna vers moi et me demanda ce qui me semblait le plus convenable pour décorer cette belle fontaine (sic). h développai plusieurs projets ; Sa Majesté émit également
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son avis, puis elle me dit qu'elle voulait aller passer quinze ou vingt jours à Saint-Germain-en-Laye , à quatre lieoes de Paris, et que pendant ce temps-là je lui fisse pour sa belle fontaine (sic) un modèle aussi riche que possible, parce que c'était l'endroit de son royaume qui lui plaisait le plus. Enfin , Sa Majesté m'ordonna et me pria de n'épargner aucun effort pour produire quelque chose de beau. Je le lui promis.
En voyant combien étaient avancés les nombreux ouvrages dont j'étais entouré, le roi dit à madame d'Ëtampes:
— a Jamais artiste ne m'a été aussi agréable et n'a plus mérité d'être récompensé que celui-là. Il faut penser à le fixer près de nous. Gomme il dépense beaucoup et qu'il est bon vivant et grand travailleur, il est de toute nécessité que nous songions à lui; car, remarquez-le, madame, toutes les fois qu'il est venu à la cour et que je suis venu ici, il ne m'a jamais rien demandé. On voit qu'il se donne de tout cœur à sa besogne. Il faut promptement nous l'attacher par quelques bienfaits pour ne point le perdre. »
— « J'aurai soin de vous en faire souvenir, n — lui répondit madame d'Ëtampes. — Sur ce, ils partirent. — Je continuai avec activité mes ouvrages commencés, et en même temps je m'occupai sans relâche du modèle de la fontaine.
Au bout d'un mois et demi le roi reparut à Paris. Gomme j'avais travaillé nuit et jour, j'allai lui porter mon modèle, qui était si bien ébauché qu'il s'expliquait clairement de lui-même. Je trouvai le roi absorbé par les infernales inquiétudes de la guerre qui venait de se déclarer entre lui et l'empereur. Néanmoins, je m'adressai au cardinal de Fcrrare. Je lui dis que j'avais avec moi certains modèles que Sa Majesté m'avait commandés , et je le priai , s'il jugeait le moment opportun, d'en dire un mot pour que je pusse les montrer. J'ajoutai que je pensais que le roi au-