LIVRE SEPTIÈME
les fatigues les plus extrêmes que l'on puisse imaginer.
Tandis que je travaillais sans relâche, mon beau-frère Tut attaqué d'une maladie qui l'emporta au bout de peu de jours. Il me laissa sur les bras ma sœur, qui était jeune encore, et six filles, tant petites que grandes. Rester père et conducteur de cette pauvre famille, telle fut la première des déplorables calamités qui m'assaillirent à Florence. — Cependant je voulais que rien ne marchât mal. — J'avais envoyé chercher à Ponte- Vecchio deux manœuvres pour nettoyer mon jardin , qui était couvert d'immondices. L'un d'eux avait soixante ans, l'autre dix-huit. Ils étaient chez moi depuis trois jours environ , lorsque le jeune m'engagea à renvoyer le vieux , qui , disait-il , non content de ne rien faire , l'empêchait de travailler. Il m'assura qu'à lui seul il expédierait facilement le peu de besogne qu'il y avait, ce qui m'éviterait une dépense superflue. Il se nommait Bernardino Mannellini de Mugello. Quand je vis combien il était plein d'ardeur, je lui demandai s'il voulait entrer à mon service. Nous tombâmes d'accord surle-champ. Il pansait mon cheval , soignait mon jardin et, de plus , tâchait de m' aider dans mon atelier. Peu à peu il s'initia si bien aux secrets du métier, que jamais je n'eus de meilleur auxiliaire que lui. Je résolus de tout mener avec l'unique secours de ce jeune homme, et bientôt, en effet , je commençai à montrer au duc que le Bandinelli était un menteur et que je me tirerais très-bien d'affaire sans r assistance de ses ouvriers.
Sur ces entrefaîtes, je fus atteint de douleurs de reins peu violentes h la vérité, mais qui cependant m'empêchaient de travailler. Pour me distraire, j'aimais à passer mon temps dans la galerie du duc, en compagnie de deux jeunes orfèvres nommés Gianpagolo et Domenico Poggini (1), qui
(I) Gianpagolo et Domenico Poggini sont cité* avec distinction par Vuari. — « Le
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ciselaient sous ma direction un petit vase d'or couvert de figures et d'autres beaux ornements en bas-relief. Ce vase était destiné à la duchesse , qui voulait s'en servir pour boire de l'eau. — Son Excellence me commanda aussi une splendidc ceinture d'or, enrichie de pierreries, de mascarons et d'une foule d'autres fantaisies de ce genre : ses ordres furent exécutés. — De temps en temps le duc venait dans cette galerie , et il prenait beaucoup de plaisir à voir travailler et à causer avec moi. — Mes douleurs de reins ayant commencé à se calmer un peu , je me fis apporter de la terre, et pendant que le duc restait avec nous, je modelai d'après lui une tête beaucoup plus grande que nature. Ce portrait plut infiniment à Son Excellence. Elle conçut pour moi tant d'amitié, qu'elle me dit qu'elle aurait été enchantée si j'eusse installé mes ateliers dans son palais. Elle ajouta qu'il fallait y chercher un emplacement assez vaste pour établir mes fourneaux et tout ce dont j'avais besoin. Je répondis à Son Excellence que cela était impossible, parce qu'alors mes ouvrages ne seraient pas terminés avant un siècle.
La duchesse me comblait d'inappréciables démonstrations d'amitié. Elle aurait voulu que je travaillasse pour elle et qu'en conséquence je laissasse de côté et le Percée et tous mes autres ouvrages. — Mais, au milieu de ces vaines faveurs, je n'étais pas sans savoir que ma cruelle fortune ne manquerait pas de me jouer quelque nouveau mauvais tour. En effet , à chaque instant se présentait à ma mémoire la grosse sottise que j'avais commise en croyant agir sagement dans mes affaires de France. — Le roi ne pouvait avaler le violent déplaisir que lui avait
premier , dit-il , auteor d'admirables médailles, alla en Espagne, à la cour dn roi Philippe , où il fut le rirai de Pompeo Leoni. I*e second joint an lalrnt de graveur celai ie scnlplear, et imite autant qae possible les meillenrs article». - — Voy. Vaaari , t. VIII, p. 169, et I. IX , p 308.