‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 160 sur 285 · LIVRE HUIT1KMK. lit · texte numérisé non relu

LIVRE HUIT1KMK. lit

Cette lettre était remplie des expressions les plus affectueuses et les plus honorables pour moi. Avant de partir pour Rome, je la mon Irai au duc qui, après l'avoir lue avec beaocoup d'intérêt, me dit : — u Benvenuto, retiens-le, et si tu peux le déterminer a revenir à Florence, je le ferai sénateur. » — J'écrivis donc à Michel-Ange dans les termes les plus flatteurs , et je lui promis de la part du duc cent fois plus que je n'y avais été autorisé. Mais, pour n'être pas ensuite désavoué, avant de cacheter mon épitre, je la présentai au duc en lui disant : — u Signor , peut-être ai-jc trop promis. » — « Non , me répondit-il , c'est encore audessous de ce qu'il mérite, et je lui donnerai davantage. » — Michel-Ange laissa cette lettre sans réponse, ce qui ir«* rîta vivement le duc.

A mon arrivée à Rome, j'allai loger chez Bindo Altoviti. Il me dit de suite qu'il avait montré son buste en bronze à Michel-Ange qui l'avait beaucoup admiré : nous en causâmes fort au long. — Bindo me devait douze cents écus d'or qu'il avait prêtés en son nom au duc avec environ quatre mille écus de son argent : il m'en payait l'intérêt. Celte affaire fut cause que je fis son buste. Quand il en eut vu le modèle en cire, il chargea le notaire Giuliano Paccalli, qui demeurait chez lui, de me remettre cinquante écus d'or. Je ne voulus pas les prendre, et je les lui renvoyai par messer Giuliano. Plus tard , je dis à Bindo lui-même : — « 11 me suffit que vous fassiez valoir mon argent et qu'il me rapporte quelque chose. » — Mais, quand nous en vînmes au règlement de nos comptes, je ne tardai pas à m'apercevoir de ses mauvaises intentions à mon égard; car, au lieu de me traiter avec amitié comme auparavant, il me témoigna beaucoup de froideur, et, bien que je logeasse chez lui , me montra constamment une miue renfrognée. Cependant nous terminâmes notre affaire en peu de mots. Je perdis la main-d'œuvre de son buste ainsi que le bronze, u. 11

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el il fut convenu qu'il ganterait mon argent eu m'en payant l'intérêt pendent toute ma ri*, à raison 4e quinae pour cent,

Une des premières chose» que je fin eu arrivasH à Rome fut d'aller baiser les pieds du pape, Pendent que je eaitr sais avec Sa Sainteté , survint masser Averardo Sarristeri f ambassadeur de notre due. Ha conversation arec le pape avait pris une telle tournure, qu'il m'aurait été facile, je effets, de m' entendre avec lui pour entrer à son servies. Dégoaté de Florence par les cruelles vexations que j'j avais éprouvées, je nu serais avec plaisir fixé de nouveau à Rome, nuis je m'aperçus que l'ambassadeur avait déjà manœuvré de façon à empêcher que ceja n'eût lieu.

Je me rendis chez Michel-Ange et je lui répétai tout ce que je lui avais écrit de Florence de la part du due. Il me répondit qu'il travaillait à la construction de Saint-Pierre, et qu'en conséquence il ne pouvait partir, le lui répliquai que, puisqu'il avait arrêté le plan de cet édifice, il n'avait qu'& le laisser à son Urbino (1), qui exécuterait ponctuel* leraent tous ses ordres. En même temps je lui Us mille promesses au nom du duc. Il me regarda alors fixement, et me dit avec un malin sourire : — * Kt vous , attes-vou*

(I) Franeesco Amatorl. plus connu soue la nom dlMùno, liait le piaf fidèle aau et Michel-Auge , eoaame la témoigna la Jettra avivante oui *e dernier écrivit i Vatari :

« Masser Giorgio, ma char ami , j'écrirai aal ; refendant a lu! qac je aoms dise quelque chose en répons* i voir* lettre- Vous seies coauneul IJrbino est mort ; c'a été pour moi une très-grande faveur de Dieu , et un chagrin bien crue). Je dit que ce fat ne faveur de Pien , parce que Urbino. après avoir été le laotien de ma via. m'a apprit noo-eeulencBt « mourir aaaa ivfrjtfs, aaeie njéme i déaiimj la BMrt. Ja l'ai ganW «iaft- •ix «us avec moi , et je l'ai toujours trouve parfait et fidèle. Je Tarais enrichi , je le regardais « umme le bilan et l'appui de ma vieillesse . et il m'échappe en aa son laissant que l'espérance 4e la otnow daaja la awadfe. l'ai m gage de non bonheur dan* la manière dont il est mort. Il ne regrettait pas la vie, U s'a/Higeajl seulement aa peasaaf qu'il me Lissait accablé de msux , au milieu de ce monda trompeur al méchant , etc. » — Vov. Vatari, V4V 4e Jfe*eM«a*, i. V.

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content de lui?* — J'eus beau lui assurer que j'étais trèscontent et parfaitement traité, il me témoigna qu'il connaissait la pins grande partie de mes déboires. Sa réponse fut donc qu'il lui serait difficile de partir. Je lui remontrai qu'il agirait sagement en retournant dans sa patrie, qui était gouvernée par le prince le plus juste du monde et le plot ardent protecteur de l'art* Ainsi que je l'ai noté plus haut, Michel-Ange avait un élève, natif d'Urbin, qui depuis nombre d'années remplissait près de lui plutôt le rôle d'un valet et d'une servante que celui d'auxiliaire dans ses Ira* vaux, car il était resté sans rien apprendre. Lorsque, par «ne foulé de bonnes raisons , j'eus réduit Michel- Ange à no plus lavoir1 que dire, 11 se tourna vers son Urbino en ayant l'air de lui demander son avis. Aussitôt cet homme s'écria d'un Ion rustique, en enflant Sa voix : — * *« Je ne me séparerai jamais de mon cher messer Michel-Ange, jusqu'à ce qu'il me laissé sa peau ou que je lui laisse la mienne, n -*» A eette stupide réponse, je ne pus m' empêcher de rire, et, sans dire adieu, je me retirai en haussant les épaulée.

Après la mauvaise réussite de mon affaire avec Bindô Altôvitl, qui me força de perdre mon bronse et de lui laisser mon argent en viager, je sus à quoi m'en tenir sur la bonne foi des marchands , et je regagnai Florence fort mécontent* — Je me rendis de suite au palais pour voir le duc, mais il était à Caslello, près de Ponte -a-Rifredi. •*- Je rencontrai au palais le majordome messer Plerfrancesco Ricci. Au moment où je m'approchai de lui pour lui faire les politesses d'uSage, il s'écria du ton de la plus profondé surprise : — « Comment, te voilà de retour? n — Puis, sans sortir de sa stupéfaction, il me dit en se frappant les mains l'une contre l'autre : — •< Le duc est a Castellot *> — Et là-dessus il me tourna les épaules et partit. — Ne pouvant

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savoir ni imaginer ce que signifiait la conduite de cet animal , je courus sur-le-champ à Castello. J'entrai dans le jardin : le duc y était, je le reconnus de loin. Dès qu'il m'aperçut, il fit un geste de surprise et me dit de me retirer. Moi, qui me flattais que Son Excellence me verrait avec plus de plaisir qu'auparavant, je fus vivement blessé de ces bizarres procédés. — Je retournai très-chagrin à Florence, où je m'occupai sans relâche à terminer ma statue. — Dans l'impossibilité où j'étais d'assigner une cause à cette étrange réception , je me mis à observer la manière dont m'accueillaient le signorSforza et les antres intimes du duc. Je ne pus même m' empêcher de demander au signor Sforza ce que tout cela voulait dire. Il se contenta de me répondre en souriant : — « Benvenuto, appliquez-vous à être honnête homme et ne vous inquiétez de rien. » — Peu de jours après, on me fournit l'occasion de parler au duc. Il m'adressa quelques compliments assez louches, puis me questionna sur ce qui se faisait à Rome. Je soutins la conversation de mon mieux, et je lui parlai du buste de Bindo Altoviti et de ce qui s'en était suivi. M' étant aperçu qu'il m'écoutai! avec beaucoup d'attention, je lui contai également tout ce qui s'était passé entre Michel-Ange et moi. Il en éprouva quelque dépit, mais il rit à gorge déployée lorsque je lui rapportai les paroles d'I'rbino. — « Tant pis pour Michel-Ange! » — s'écria-t-il ensuite. Là-dessus je le quittai.

A coup sûr, le majordome Picrfrancesco m'avait secrètement desservi auprès du duc; mais ses menées n'obtinrent point de succès, car Dieu, qui aime la vérité, me protégea Comme il l'a fait jusqu'à ce jour dans tous les dangers que j'ai courus. J'espère qu'il continuera de me prêter son appui jusqu'à la fin de ma vie agitée. Appuyé sur lui, je marche courageusement en avant, sans me

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laisser épouvanter par la fureur du deslin ou de ma cruelle étoile; mou unique souci est de me maintenir en grâce auprès de Dieu.

Maintenant, bon lecteur, écoute le récit d'un terrible événement Je mettais tout le soin et toute la% céleri lé possibles à terminer ma statue. — Le soir, j'allais dans le gardemeuble du duc aider les orfèvres que Son Excellence employait, car la plupart de leurs ouvrages s'exécutaient d'à* près mes dessins, Je m'y rendais quelquefois dans la journée, car j'avais remarqué que le duc prenait beaucoup de plaisir à voir travailler les ouvriers et à converser avec moi. Un jour entre autres, le duc y vint suivant son habitude, et cette fois-là d'autant plus volontiers qu'il avait appris que je m'y trouvais. Dès qu'il fut arrivé, il se mit à me parler d'une foule de choses intéressantes. De mon côté, je sas si bien animer la conversation, qu'il se montra d'une gaieté que je ne lui avais encore jamais soupçonnée. Sur ces entrefaites, un de ses secrétaires entra et lui parla à l'oreille, probablement de quelque affaire fort importante, car Son Excellence se leva sur-le-champ et passa avec lui dans une autre salle. — Un instant auparavant, la duchesse avait envoyé voir ce que faisait Son Excellence. Le page lui apprit que le duc causait et riait avec moi, et qu'il était de la meilleure humeur du monde. Elle accourut aussitôt dans le garde-meuble, mais elle n'y trouva plus le duc. Elle s'assit alors près de nous, nous regarda travailler pendant quelque temps, puis se tourna gracieusement vers moi et me montra un collier de grosses perles, vraiment très-rares, en me demandant ce que j'en pensais. Je lui dis qu'il était fort beau. — « Je veux, reprit-elle, 'que le duc me l'achète : ainsi, Benvcuuto mio, vante-le-lui autant que possible, » — A ces mots, je voulus être franc, et je dis à la duchesse avec tout le respect imaginable : — « Signora mia, je croyais qu'il appartenait à Votre Excellence. Main-

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tenant que je sais qu'il en est autrement, je suit forcé de vous révéler de ces choses que les lois de la bienséance m'avaient commandé de vous taire. Je dirai donc que l'expérience que m'a donnée ma profession no montre dans ces perles de si nombreux défauts, que je ne conseillerai jamais à Votre Excellence de les acheter. » — « Le marchand, répiiqua-t-elle, me le cède pour six mille écus; elles en vaudraient plus de doose mille, si elles n'avaient point ces petits défauts. » — « Quand même ce collier serait parfait, lui répondisse, je n'engagerais jamais personne à le payer cinq mille écus ; car les perles ne sont pas des pierres fines; ces perles ne sont que des os de poisson c,ui s'usent au bout d'un certain temps. Les diamants, les rubis, les émeraudes et les saphirs au contraire ne vieillissent jamais, voilà les quatre véritables pierres unes. C'est là ce qu'il faut acheter. » — La duchesse me dît alors, non sans quelque dépit : — « J'ai envie de ces perles, et je te prie de les porter au duc et de les lui vanter autant que lu pourras, et, s'il est nécessaire que tu fasses quelques petits mensonges, ne les épargne pas pour me rendre service, tu t'en trouveras bien. » — J'ai toujours eu la vérité en amour et le mensonge en haine, mais force me fut d'accepter cette mission pour ne point perdre les bonnes grâces d'une si grande princesse. — Je pris donc ces maudites perles , bien à contre-cœur, et j'entrai dans la salle où le duc s'était retiré. Dès qu'il m'aperçut, il me dit : — «Quel sujet t'amène ici, Benvenuto? » — * Signor, répondis-je en lui présentant les perles, je viens vous montrer un magnifique collier vraiment digne de Votre Excellence. Je ne crois pas qu'on puisse jamais rassembler quatre-vingts perles qui produisent plus d'effet; ainsi, achelei-les, signor, car elles sont admirables. » — * Je n'en veux pas, s'écria le duc aussitôt, elles sont loin d'être aussi belles que tu le prétends; je les ai vues, elles ne me plaisent pas. » — « Par-

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denneronoi, signor, repris-je alors ; ces perles surpassent tontes celles qui furent jamais employées à former un collier. » — La duchesse t'était levée et placée derrière une porte (fou elle entendait tout ce que je disais. — Lorsque j'eos insisté mille fois plus que je ne l'indique ici» le duc me dit arec douceur : — « Benvenoto, je sais que tu es un excellent connaisseur; si ces perles étaient aussi rares que ta l'affirmes, je n'hésiterais pas à les acheter pour plaire à la duchesse, et en outre parce que j'en ai besoin pour mes fils et mes filles. » — Comme j'avais tant fait que de commencer à débiter ce mensonge , je m'engageai dans celte Foie avec encore plus d'audace, en ayant soin de donner & mes assertions le plus de vraisemblance possible, afin que le doc y ajoutât foi et dans l'espoir que la duchesse me protégerait en temps et lieu. Elle m'avait averti que j'aurais deux cents ducats si le marché se concluait ; mais j'étais résolu à ne pas accepter un sou, pour ne point autoriser le duc à penser que j'avais agi par cupidité. — «Je sais que tu t'y connais parfaitement, me répéta-t-il du ton le plus affable; il faut donc que tu me dises la vérité, si tu es honnête homme, ainsi que je l'ai toujours pensé. » — A ces mots je rougis et mes yeux s'humectèrent de larmes. — « Signor mio, m'écriai-je, si je dis la vérité à Votre Excellence, la duchesse me vouera une haine mortelle, et je serai forcé de quitter Florence et d'abandonner mon Persée que j'ai promis a cette noble école. Mes ennemis ne manqueront pas de me bafouer. Je me recommande donc à Votre Excellence. » — Le duc ayant alors reconnu que j'avais été contraint de parler comme je Tarais fait, me répondit: — a Si tu as confiance en moi , ne crains rien eu monde. » — « Hélas! signor mio, lui répliquai-je, comment sera-t-il possible que la duchesse ne le sache point?» — Aussitôt le duc me dit en levant solennellement la main :

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a Tu peux compter que le secret sera aussi bien gardé que s'il était renfermé dans une cassette de diamant » — Fort de cette promesse, je lui confessai de suite tout ce que je pensais de ces perles, et je lui déclarai qu'elles ne valaient guère plus de deux mille écus. La duchesse, ne nous entendant plus parler, car nous avions baissé la voix autant que possible, entra en disant : — « Signor mio, je supplie Votre Excellence de m1 acheter ce collier, j'en ai la plus grande envie, et votre Benvenuto m'a assuré qu'il n'en avait jamais vu de plus beau. » — « Je ne veux pas Tacheter, w — répondit le duc. — a Et pourquoi Votre Excellence se refuse-t-elle à me faire ce plaisir? » — « Parce qu'il ne me convient pas de jeter l'argent au vent. » — «Comment, jeter l'argent auvent! reprit la duchesse; mais votre Benvenuto, en qui vous avez à bon droit tant de confiance, m'a dit qu'il était de trois mille écus trop boa marché. » — « Signora, répliqua le duc, mon Benvenuto m'a dit à moi que, si je Tachetais, ce serait autant d'argent perdu. En effet, ces perles ne sont ni rondes ni pareilles, il y en a même beaucoup de vieilles; pour voua en convaincre, voyez celle-ci, voyez celle-là, regardez cette antre. Bref, ce n'est pas ce qu'il me faut. » — A ces mots, la duchesse me lança un regard terrible et se retira en me faisant avec la tête un geste menaçant.

Je fus grandement tenté de m'en aller à la grâce de Dieu et de quitter l'Italie; mais, comme mon Pcrsée était presque terminé , je ne voulus pas m'exposer à le perdre. — Que Ton juge de la cruelle position où je me trouvais! Le duc avait ordonné devant moi à ses huissiers de me laisser toujours pénétrer jusqu'à lui dans ses appartements ; et, d'un autre côté, la duchesse leur avait enjoint de me renvoyer chaque fois que je me présenterais au palais. Aussi, des que j'arrivais, ils quittaient les portes confiées à leur

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garde et m'éconduisaient en tâchant que le due ne s'aperçût de rien ; car, lorsqu'il me voyait avant ces misérables, il m'appelait ou me faisait signe d'entrer.

La duchesse envoya chercher le courtier Bernardone. Bien qu'elle se fût plainte énergiquement à moi-même de la bassesse et de la scélératesse de cet homme , elle lui recommanda de mener à fin l'affaire des perles. — « Fiezvous à moi , signora mi a , » — lui dit ce ribaud , et il se rendit chez le duc avec le collier en main. Dès que le duc le vit, il lui enjoignit de se retirer. Alors ce mauvais drôle, avec sa vilaine voix, qui sortait de son gros nez d'âne, se mit à dire : — « Ah ! signor mio, achetez ce collier pour cette pauvre signora qui en meurt d'envie. » — Il ajouta une foule de sots propos et finit par fatiguer le duc qui lui dit : — « Allons, va-t'en, ou bien fais le bouffi. » — F/infâme gredin n'eut garde d'hésiter, car il savait que si, en se gonflant les joues ou en chantant U Bella Franceschina (1), il pouvait déterminer le duc à conclure le marché, il y gagnerait les bonnes grâces de la duchesse et en outre un courtage de quelques centaines «Técus. Il se gonfla donc les joues, et le duc lui appliqua sor son vilain moufle quelques bons soufflets un peu plus rodes que de coutume, afin qu'il décampât. Ces vigoureuses gourmades rendirent écarlatcs les grosses joues de Bernardone et lui tirèrent les larmes des yeux, mais cela ne l'empêcha pas de s'écrier : — « Vous le voyez, signor! votre fidèle serviteur ne recule devant rien , et s'estime heureux de tout souffrir, pourvu que cette pauvre duchesse soit contente. » — Alors le duc, pour se débarrasser de ce gueux fieffé ou pour le récompenser de ses soufflets, ou par amour de la duchesse, à laquelle il chercha toujours à complaire, lui dit : — u Que le diable t'emporte! va-t'en et

'I) Aneieaot fh*owniiifll* populaire i Klorencf.

ISO MÉMOIRES Dt ttEHV8Ht)fô CELLINI.

achète lé collier; je consens à tout ce que désire 1a duchesse.* — Lfl mauvais* fortune s'aehârtia*t-»elle jamais aveé plus de rage à persécuter uti pauvre homme? Favorisa* t-elle jamais d'une manière plus honteuse un infâme misérable? — ' Je perdis les bonnes grâces de la dochesee, qui contribua grandement à m'enlever celles du duc. Le Ber* nardone, au contraire, gsgna un énorme courtage et lei faveurs de Leurs Eicellences. — Il ne suffit donc pfcl d'être homme de bien et de talent!

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