CHAPITRE PREMIER. ÎS
On les fait ordinairement en cristal dessus comme dessous. — Ces doublets n'ont qu'une mince valeur, et se montent en cuivre et en argent, pour les paysans. On rencontre des émeraudes et des rubis doublés , c'est-à-dire disposés de la même manière que les doublets de cristal. Ainsi, de deux émeraudes ou de deux rubis joints ensemble , on fait une pierre en deux morceaux , & laquelle on donne pareillement le nom de doublet Ces sortes de pierres fausses se fabriquent a Milan.
Quelques artistes, poussés par la cupidité, se servent de eette industrie pour duper le monde. Après avoir donné une belle forme a un éclat de rubis indien, ils font en cristal la portion de la pierre qui doit entrer dans le chaton ; pois ils les teignent, les appliquent ensemble, les garnissent (Tune monture d'or trompeuse et les vendent un prix énorme, comme cela est arrivé de mon temps à un joaillier milanais, qui vendit neuf mille écus une émeraude ainsi contrefaite, à un grand personnage qui avait toute confiance 'en loi. Cette fraude resta ignorée pendant maintes années.
On contrefait encore avec tant d'habileté des émeraudes et des saphirs d'un seul morceau, qu'il est extrêmement difficile de reconnaître leur fausseté; heureusement, ces pierres étant très-tendres, cette imperfection suffit pour empêcher les joailliers prudents de se laisser tromper. Mais il est temps de traiter de la manière de faire les feuilles qui servent à monter les pierres transparentes.
Pour faire ces feuilles, il est d'abord indispensable que l'orfèvre ait tous les outils nécessaires, d'acier très-fin et soigneusement poli; car pour cette opération, qui est d'une si grande importance, il faut s'astreindre à des soins excessifs, à une patience et à une propreté extrêmes.
Dans ma jeunesse, à l'époque ou j'étudiais les éléments de notre art, Salvestro del Lavacchio, orfèvre florentin,
«40 TRAITE DE L'ORFEVRERIE.
se rendit célèbre par son habileté à sertir et à faire des feuilles pour toutes sortes de pierres : aussi était-ce là sa seule occupation. L'expérience avait démontré que les feuilles qui venaient de France et de Venise étaient loin d'être aussi durables que celles de Lavacchio, qui étaient un peu plus épaisses. Bien que cette épaisseur présentât aux joailliers des difficultés que n'offraient point les feuilles étrangères , l'avantage qui en résultait fut bientôt si généralement connu , que Lavacchio envoya ses feuilles dans tous les pays, et il arriva à en vendre tellement, qu'il fut obligé de ne plus faire autre chose. Il eut, du reste, vraiment raison, car un tel art réclame tous les soins et tout le temps d'un homme.
Mais parlons de la manière de faire les feuilles et commençons par dire que l'on en compte quatre sortes. La première, que l'on appelle commune, est jaune et sert à monter quantité de pierres précieuses et de pierres transparentes. — La seconde est rouge; la troisième, bleue; la quatrième, verte. Avant d'enseigner la manière- de les fabriquer, nous avons encore à dire que le poids du carat dont nous allons nous servir est égal à celui de quatre grains de blé.
Pour la feuille commune, il faut prendre :
IX carats d'or fin ,
XVIII carats d'argent ,
LXXI1 carats de cuivre rouge fui ;
Pour la feuille rouge :
XX carats d'or fin,
XVI carats d'argent lin,
XVIII carats de cuivre rouge tin ;