‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 206 sur 285 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le contour du champ de l'émail, et on surbaisse cette par* tie de la plaque à une profondeur égale à l'épaisseur que doit avoir l'émaiL — Une fois la plaque ainsi préparée, on y dessine soit des figures, soit des feuillages ou des animaux, que Ton grave ensuite avec le burin et des oiselets. — Le travail en bas-relief doit avoir une épaisseur égale à celle de deux feuilles de papier ordinaire , et être soigneusement champlevé avec des outils très-fins, surtout dans les profils. — On saura que les draperies des figures font très-bien lorsqu'elles présentent une multitude de plis* — 11 est aussi très-important et très-avantageux de les couvrir de taillades et de fleurs qui rappellent les étoffes damassées; car, outre le charme qu'en acquiert l'ouvrage, Fémail s'en attache plus solidement au métal; — et plus la ciselure sera nette, plus le travail sera beau. — Il faut encore avoir soin de ne se servir ni du ciseau ni du marteau dans l'espoir d'ajouter à la beauté du bas-relief, parce que les émaux s'y appliqueraient mal ou viendraient défectueux. — Pendant que l'on champlève la plaque, il est indispensable de la frotter avec un peu de charbon de saule on de coudrier, et de la nettoyer avec un peu de salive, afin de détruire les luisants qui empêcheraient de bien voir le travail ; — mais, comme cette opération graisse et salit la plaque, il faut, après avoir achevé de la ciseler, la faire bouillir dans une cendrée, ainsi que nous l'avons indiqué pour les nielles.

Avant de décrire la manière d'émailler l'or et l'argent , comme ces métaux exigent des soins différents selon la nature des émaux, (car, par exemple, l'émail rouge transparent ne peut être employé avec l'argent, sur lequel il ne se fixe pas) , nous consacrerons spécialement quelques lignes aux émaux.

Les anciens ont pratiqué l'art d'émailler, mais il résulte de diverses observations qu'ils n'ont point connu l'émail

rooge transparent. — La découverte de cet émail appartient à un orfèvre qui cultivait F alchimie. — Un jour qu'il cherchait à faire de l'or, il rencontra dans le creuset où H avait foudu ses métaux un morceau de verre rouge qu'il trouva si admirable , qu'il le rangea parmi les autres émaux. — Cet émail est à bon droit regardé par tous les orfèvres comme le plus beau. On le désigne sous le nom d'émail rouge. 11 y a une autre espèce d'émail rouge, qui n'est ni transparent ni d'une belle couleur; on l'emploie sur l'argent, ce qui n'a point lieu pour l'autre, ainsi que l'ont démontré de nombreuses expériences. Néanmoins l'émail rouge transparent, trouvé au milieu de métaux précieux pendant que l'on y cherchait l'or , s'allie volontiers avec ce dernier.

On fait des émaux de toutes les couleurs , comme on le verra plus loin ; — mais, pour retourner à l'art d'entailler, disons que l'émaillure n'est autre chose qu'une peinture. — 11 est très-important que les émaux soient bien préparés et parfaitement broyés; aussi les orfèvres disentils communément : Smalto sottile e nieUo grosso. — Pour broyer l'émail, on le met avec un peu d'eau pure dans un petit bassin d'acier bien trempé , de forme ronde , grand comme la paume de la main, et on l'écrase avec un marteau d'acier, fait exprès et d'une dimension raisonnable — Quelques orfèvres avaient coutume de broyer les émaux à sec, sur des pierres de porphyre ou de serpentin, mais on a reconnu qu'il vaut mieux, pour la commodité et la propreté , se servir de la bassine d'acier. — Ces petits mortiers se fabriquent à Milan. — L'expérience a encore démontré qu'une fois l'émail parfaitement broyé, il faut, après avoir fait écouler l'eau, le transporter de suite dans un petit vase de verre, où on le recouvre d'eau-forte et où on le laisse séjourner pendant un demi-quart d'heure. On le lave ensuite dans une petite fiole avec de l'eau claire et

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