CHAPITRE IV. W
fraîche, afin qu'il arrive à une pureté complète; — l'eauforle le dépouille de toute matière grasse; — l'eau fraîche enlève les parties terreuses. — Quand tous les émaux sont bien lavés, il faut placer chacun d'eux dans un petit vase de verre ou de terre vernissée et avoir soin d'empêcher que l'eau dont on les recouvre ne vienne à s'évaporer, car Autrement ils se gâteraient de suite.
Maintenant que l'orfèvre qui désire voir réussir parfaitement ses émaux n'oublie point ceci : — Qu'il prenne un morceau de papier d'une netteté extrême, qu'il le mâche ou qu'il le détrempe dans l'eau, puis qu'il le batte avec un marteau et le nettoie jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucune humidité; — il s'en servira ensuite comme d'une éponge, en en couvrant les émaux disposés sur la plaque : — plus ceux-ci se tiendront secs, plus l'ouvrage sortira beau.
Je ne veux point passer sous silence un autre avis fort important et que voici : — Avant de se mettre à émailler, l'orfèvre doit placer tous les émaux dont il a besoin sur une petite plaque d'or ou d'argent, dans laquelle il aura pratitîqué, avec un ciselet, autant de petits trous qu'il a d'émaux différents. — Il broiera ensuite une petite partie de chaque émail pour en faire, sur la plaque, un essai qui lui montrera quels sont ceux qui coulent plus ou moins facilement,— car il est nécessaire qu'ils coulent tous d'une ma* nière égale. Si l'un était lent à couler et l'autre prompt, ils m nuiraient réciproquement, et rien n'arriverait à bien. — Pour mettre en œuvre les émaux commodément, les gens du métier se servent d'un outil nommé éventail, qui se compose de cinq ou six feuilles de cuivre mince, de la longueur et de la largeur d'un doigt, percées à l'une de leurs extrémités d'un trou à travers lequel passe une tige de fer fixée dans un morceau de plomb en forme de poire. — Lorsque l'on veut travailler, on met cette espèce d'éventail en face de soi, on déploie les petites palettes et on
pote sor chacune d'elles ses émaux suivant le besoin. Une fois ces préparatifs terminés, on peut commencer à émailler le bas-relief, en tenant toujours couverts et à l'abri de la poussière les petits vases dans lesquels on conserve les émaux. — 11 faut alors procéder comme le ferait un peintre ; car, nous l'avons déjà dit, entre rémaillnre et la peinture l'analogie est grande, les émaux se liquéfiant au feu de même que les couleurs se liquéfient avec l'huile ou l'eau. — On prendra donc les émaux avec une petite palette de cuivre et on les étendra doucement et adroitement sur la ciselure, en distribuant avec goût les couleurs, qui sont très-variées, car il y a des émaux verts, incarnats, rouges, violets, bruns, bleus, gris, capes-de-moine et capes-de-more. Il y en a aussi qui offrent la couleur de l'aigue-marinc, qui est très-belle et s'allie parfaitement avec l'or et avec l'argent Je ne parle ici ni de l'émail blanc ni de l'émail bleu turquin, parce qu'ils ne se placent point parmi les émaux transparents. — La première couche d'émail se désigne sous le nom de première peau ; elle exige beaucoup de soin et d'adresse , car il est très-important que les diverses couleurs soient nettement posées, comme si l'on peignait en miniature, sans les mêler l'une avec l'autre. — Quand ce travail sera arrivé à perfection, on tiendra prêt un fourneau rempli de charbons doux bien allumés. — Je parlerai ailleurs des fourneaux, et je montrerai, parmi les différentes sortes qui s'en font, quelle est la meilleure. — On doit proportionner le feu à l'ouvrage que l'on veut lui soumettre. Lorsqu'il sera bien à point, on placera la pièce émaillée sur une plaque de fer d'une dimension qui permette de la saisir avec des pinces, afin de l'approcher de la bouche du fourneau , en l'y tenant asses près pour qu'elle commence à s'échauffer. Quand elle sera bien chaude, on la poussera peu & peu jusqu'au milieu du fourneau, et on aura grand soin, dès que l'émail