CHAPITRE IV
commencera à entrer en fusion, de ne pas le laisser couler entièrement et de le retirer lentement du fourneau , afin qu'il ne se refroidisse pas tout d'un coup. — Dès qu'il sera bien froid, on appliquera la seconde couche en procédant comme pour la première; puis on le remettra dans le fourneau, mais on lui donnera un peu plus de feu, et on l'en retirera de nouveau, lorsqu'il sera arrivé au point que nous avons déjà indiqué. — Si l'on aperçoit que l'émail a besoin d'être chargé en quelques endroits, il faut opérer avec une prudence qu'il est bien difficile d'enseigner, ainsi que nous l'avons noté plus haut — A chaque couche nouvelle, il faut avoir soin de renouveler les charbons du fourneau, et, quand ils sont bien allumés, on peut avec sécurité donner à l'ouvrage un bon feu , tel cependant que le comportent l'émail et l'or. — Lorsque la plaque est retirée do feu , on la refroidit vivement en soufflant dessus avec nn petit soufflet. — Toutefois on n'opère de cette façon que pour les pièces où l'on a introduit l'émail rouge, parce qu'il a la propriété, en passant au second feu, non-seolement de fondre comme les autres émaux, mais encore de devenir jaune, et si jaune qu'on ne saurait le distinguer de l'or : — les orfèvres appellent cet effet ouvrir. — Lorsque cet émail est refroidi, on l'expose, à l'aide de pinces, dans le fourneau à un feu très-faible , au contraire du second feu , qui doit être vif, et peu à peu on le voit redevenir rouge. — Dès qu'il a la couleur que l'on désire , il faut le retirer vivement du feu et le refroidir avec le soufflet , car trop de feu lui donnerait tant de couleur qu'il serait presque noir.
Après cela on amincit l'émail avec des pierres frassinelles, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment transparent; — on achève de le polir avec le tripoli. — C'est ce qui s'appelle polir à la main. — Il n'y a point de méthode plus sûre et plus belle. — Voici quelle est l'autre manière de
17* TRAITÉ DE L'OHFèVBEEIE.
polir : — On découvre et on amincit l'émail avec la pierre frassinelle, puis on le lave avec de l'eau fraîche, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement net. Alors on remet la pièce émaillée sur la plaque de fer et on l'introduit peu à peu (a6n qu'elle ne prenne pas la chaleur tout d'un coup) dans le fourneau , dont on a renouvelé le charbon, et on on l'y laisse jusqu'à ce que l'on voie tous les émaux entrer en fusion et devenir très-pâles. — Telle est la seconde manière de polir les émaux. Elle exige moins de temps que la première; mais, comme tous les émaux se retirent plus on moins en refroidissant, l'œuvre vient nécessairement moins parfaite que lorsqu'elle est polie à la main. — On n'oubliera point que les pièces où l'on n'a pas employé rémail rouge doivent être retirées du fourneau peu à peu et asses lentement pour qu'elles se refroidissent d'elles-mêmes, et non violemment comme cela a lieu quand elles renferment de l'émail rouge.
On a encore coutume d'émailler des pendants d'oreilles et d'autres objets qui ne permettent point de se servir delà pierre frassinelle, parce qu'ils sont souvent enrichis de reliefs représentant, par exemple, des fruits, des feuillages, des mascarons et autres ornements qui se couvrent d'émaux parfaitement broyés et lavés. — Comme il faut beaucoup de temps pour émailler ces petits objets, il arrive souvent que les émaux sèchent et se détachent lorsqu'on les tourne sens dessus dessous. — Pour parer à ce désordre, on choisit des pépins de poire bien sains que l'on met avec un peu d'eau dans un vase de verre, le soir, si l'on veut émailler le lendemain matin. Puis, avant de transporter les émaux de la palette sur la plaque d'or ou d'argent, on humecte chacun d'eux d'une seule goutte de cette eau de pépins de poire ; après quoi on les pose sur la plaque. — Cette eau de pépins forme une certaine colle qui tient de telle façon que les émaux ne peuvent se déta-
Digttizedby VjC
CRAP1TBE IV. m
cher : aucune autre espèce de colle ne produirait un semblable effet — Pour le reste, on opère comme nous l'avons indiqué plus haut; — tout objet d'or ou d'argent que l'on veut émailler réclame les mêmes moyens et les mômes soins.
Avant de clore ce chapitre, pour ne point priver des louanges qu'ils méritent les artistes étrangers qui se sont distingués à l'égal de mes compatriotes que j'ai mentionnés au commencement, je consignerai ici le nom du Milanais Caradosso, qui excella dans l'art d'é mai lier. — Je me borne à le citer maintenant, car bientôt j'aurai une meilleure occasion de parler de ses ouvrages. — Passons donc aux autres arts qui dépendent de l'orfèvrerie, comme, par exemple, la ciselure.
»4 TftAITÉ DR L'OIFBVKEBIB.