CHAPITRE VU
Maintenant retournons sur nos pas. — Quand on a fixé un bloc de plomb le coin dont nous parlions plus haut, on prend les matrices qni composent la tête du prince, et, après les avoir ajustées et placées sur le coin, on les frappe avec le marteau , en ayant soin , aussitôt le coup donné, de relever la main et le poinçon; car si, par malheur, celui-ci rabattait, l'œuvre serait gâtée. — On apporte le même soin à ajuster et à imprimer en creux sur la face et sur le revers les diverses parties des figures qui composent la monnaie et tous ses accessoires , par exemple, les armes et la marque. Les lettres de la légende et le grènetis se gravent également sur les piles et les trousseaux.
Gomme je ne veux passer sous silence aucune des remarques utiles que j'ai faites en travaillant, je dirai que le marteau avec lequel on frappe les plus grosses matrices, telles que celles de la tête, doit peser quatre livres environ, plutôt moins que plus. Les matrices plus petites réclament an marteau moins lourd, et, en un mot, le marteau doit diminuer de poids à mesure que les matrices diminuent de grandeur.
Lorsque le trousseau et la pile sont entièrement gravés, on les lime tout autour jusqu'à ce que Ton arrive au g rendis, en ayant soin d'émousser complètement la partie qui touche au grain ; sans cela le coin s'écaillerait et ne pourrait plus servir, ce qui ne sera jamais à craindre si l'on émousse les bords autant que possible.
Parlons maintenant de la trempe des coins. — Quand on les a mis au feu , il faut les laisser rougir ni trop ni trop peu , et leur donner juste la chaleur nécessaire pour les tremper. S'ils sont trop ou trop peu chauffés, ils ne prennent point la trempe, sans compter que, pendant cette opération , ils jettent de petites paillettes qui gâteraient le travail si l'on n'y apportait la plus grande attention. Je ne
m> TRAITÉ DE L'ORFEVRERIE.
saurais doue trop le répéter, il faut soigneusement veiller à ce que le fer rougisse exactement à point — On met ensuite sur un morceau de bois de la limaille de fer pure et sans mélange , avec laquelle on frotte vigoureusement la pile et le trousseau , ce qui leur donne un lustre qu'ils communiquent & la monnaie. — Après cela, comme il se rencontre toujours dans les coins quelques traits que leur profondeur a empêchés d'être atteints par le bois, on les polit également en les frottant avec du liège et un peu de la même limaille. — Lorsque les coins ont subi cette deruière opération, on pent les livrer au monnayenr.
Au commencement de ce chapitre, nous avons avancé que les anciens, du reste souverainement habiles en tontes choses, ne savaient point exécuter les monnaies avec autant de perfectiou et de facilité que les modernes ; — le moment est venu d'en donner la raison. — Cette infériorité, dirons-nous donc, provient, suivant les conjectures les plus probables, de ce qu'ils gravaient leurs coins avec des outils d'orfèvre, tels que des échoppes, des burins et des oiselets. Cette façon de procéder donne les épreuves moins belles et peut jeter dans de grands embarras. Ainsi, pendant que je travaillais aux coins de la monnaie du pape Clément VII , il y eut tel jour où il fallut graver en creux trente de ces coins , pile et trousseau. — Avec la méthode des anciens, j'en aurais à peine exécuté deux dans une journée, et encore n'auraient-ils pas été satisfaisants. — Les anciens pouvaient suppléer à la lenteur de leurs procédés par le nombre de leurs graveurs , mais ils ne pouvaient donner à leurs travaux cette beauté qui résulte de l'emploi des poinçons et des matrices pour graver les coins.
Maintenant occupons-nous des médailles, dans la fabrication desquelles les anciens ont excellé au plus haut