CHAPITRE VII
La pile a ta forme <Ttrae petite enclume; — c'est sur elle qoe Ton grave le revers de la monnaie.
Le trousseau a cinq doigts de hauteur et va en diminuant graduellement jusqu'au bout à partir de la tête, laquelle doit avoir une largeur égale à celle de la monnaie que l'on veut frapper.
Ces deux outils se font en fer, à l'exception de leurs têtes, qui doivent être en acier très-fin et de l'épaisseur d'un doigt. Avec la lime on donne à ces têtes la forme voulue et une dimension pareille à celle de la monnaie que l'on doit frapper. — Après cela , on compose un lut avec de la terre, du verre pilé, de la suie de cheminée, du bol d'Arménie et un peu de crottin de cheval, que l'on mêle ensemble et qu'on laisse infuser dans de F urine d'homme jusqu'à ce que tous ces ingrédients aient pris la consistance de la pâte à faire le pain. — On applique une couche de ce lut, de F épaisseur <Fun doigt, sur les t£tes du trousseau et de la pile, que l'on soumet ensuite à un feu assez fort pour les recuire parfaitement Puis on les laisse refroidir sans les retirer du feu , que l'on doit disposer de façon à les maintenir chaudes pendant une nuit d'hiver tout entière. Au sortir de là, on leur donne la forme définitive en leur ménageant une marge de la moitié de Fépaisseur «Tune lame de couteau; enfin, on les polit avec une pierre douce, car il est très-important qu'il ne reste aucune inégalité. — On décrit ensuite avec le compas le cercle qu'occupera le grènetis qui doit déterminer la grandeur de la monnaie, et, avec un second compas, on trace la place des lettres de la légende. — Il faut que ces compas soient en fil d'acier assez gros, que Ton tord et que Ton met à un point qui ne peut varier. — II est indispensable d'avoir au moins deux de ces compas immobiles et un compas mobile assez fort.
S04 TftAlTÉ DE I/ORFK V RERIE.
Après avoir arrêté la place du grènetis et celle de la légende, on iïxe dans nn gros bloc de plomb, pesant au moins cent livres, un coin sur lequel on imprime la tête en relief du prince en mémoire de qui la médaille doit être frappée. Mais, avant de décrire la manière dont s'exécute cette empreinte , disons comment on grave en relief la tête et le revers. — Les poinçons sur lesquels se font ces gravures doivent être en acier très-fin, que Ton adoucit au feu, en employant les mêmes procédés que nous avons indiqués pour la pile et le trousseau. On les divise en plusieurs morceaux. Ainsi, il en faut deux pour la tête et un plus grand nombre encore pour le revers, qui ordinairement renferme diverses figures. — Quelques artistes divisent ces poinçons en moins de parties ; mais, de cette façon, il est plus difficile de les ajuster dans les coins. — On les ajustera parfaitement, ce qui est très-important, si, pendant que Ton grave les figures, on vérifie ses mesures sur un morceau d'étain auquel on a donné avec un compas la forme de la monnaie. A l'aide de ces épreuves souvent répétées, on conduira sûrement son ouvrage à fin. — Ces sortes de fers se désignent communément sous le nom de poinçons ou matrices ; et ce dernier leur convient d'autant mieux qu'ils sont véritablement les mères des figures et des autres ornements des monnaies. — Tous les plus vaillants mattres de cet art ont adopté ces matrices ou poinçons pour exécuter leurs travaux. — Avec ce procédé, on est certain de n'avoir jamais à opérer de retouches avec le ciselet ou le burin , ce qui occasionnerait deux énormes inconvénients : d'abord les monnaies ne seraient pas semblables entre elles, et ensuite ces variations permettraient aux faussaires d'arriver plus facilement à leurs fins criminelles. Si, au contraire, les monnaies sont faites suivant les principes que nous avons indiqués, il est impossible de les contrefaire.