‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 233 sur 285 · CHA PITIE XII · texte numérisé non relu

CHA PITIE XII

de la façon que je viens d'indiquer, un de mes ouvriers, Flamand de nation , nommé Claude , jeune homme plein d'intelligence et de talent, me dit modestement que ma manière de dégrossir les plaques était fort belle, mais qu'il se servait d'une autre méthode qui épargnait beaucoup de temps et n'exigeait point l'emploi du grattoir. — Curieux d'apprendre son procédé , je lui donnai à faire, d'après mes modèles, deux vases d'argent pesant chacun vingt livres. — Voici comment il les mit en œuvre : — Après avoir fondu et jeté son argent dans le -moule de fer, puis enlevé les bavures, il battit la plaque au marteau sans la dégrossir avec le grattoir ; — après quoi il commença à lui donner la forme voulue , comme je le dirai plus loin. — Cette manière d'opérer me semble mériter d'être imitée. — J'appris encore quelques autres beaux procédés dont j'attribuai d'abord la réussite à la finesse de l'argent que Ton emploie à Paris, mais je me convainquis plus tard qu'il fallait en faire honneur uniquement à la grande pratique des artistes parisiens, car ils travaillent l'argent du plus bas aloi avec la même facilité et la même perfection que le plus pur. — Ik exécutaient donc leurs ouvrages , ainsi que je l'ai dit , sans perdre leur temps à dégrossir la plaque avec le grattoir, mais aussi sans négliger aucune précaution, comme, par exemple, celle d'enlever les battitures à mesure qu'il s'en montrait. — Tout froidement pesé néanmoins , je préfère la première méthode à la seconde, c'est-à-dire le grattoir au marteau, car je m'en suis mieux trouvé.

Maintenant nous allons expliquer comment on fait un vase ovoïde.

Parmi les vases nombreux que je lis à Rome, H y en eut deux de cette forme, hauts de plus d'une brasse, h col étroit et à anses. — L'un appartenait à l'évéque de Salamanque-, l'aiUre, au cardinal Cibo. — Ces sortes de vases

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su uoiniueut aiguières, et servent à décorer les crédences. — Je les avais ornés de feuillages et de divers animaux. J'en fis pour le roi François Ier beaucoup d'autres infiniment plus grands que les précédents et ciselés avec un soin extrême. — Mais parlons de la manière de les exécuter.

Après avoir enlevé les bavures de la plaque , on coupe un peu ses angles , et on la dégrossit des deux côtés avec le grattoir. — Ensuite , la plaque , comme la plupart de celles que Ton coule, étant un peu plus longue que large, on lui donne une forme ronde en procédant de la façon suivante : — On la fait rougir au feu, mais sans excès, de peur de la briser , puis on la pose sur F enclume et on la bat vigoureusement d'un angle à F autre avec la panne du marteau, jusqu'à ce que les quatre coins viennent i se rencontrer en croix. On les rabaisse ensuite avec la panne du marteau , et on recommence à chauffer et à battre la plaque, qui devient ronde après avoir subi quatre fois cette opération. — Lorsqu'on Ta amenée à cette forme, il faut la conduire de façon qu'elle offre un diamètre de trois doigts plus large que celui du corps du vase que l'on veut exécuter, et on doit avoir soin de lui ménager vers le milieu autant d'épaisseur que possible. —Pour lui donner cette largeur que nous venons d'indiquer, on dresse sur F enclume une barre de fer, grosse comme le pouce, longue comme six doigts et se terminant par une pointe émoussée, sur laquelle on pose la plaque d'argent. — Lorsque .celle-ci est bien en équilibre, on charge un Ouvrier adroit de frapper avec le marteau juste au-dessus de la pointe de la barre de fer, de façon que le point central que l'on a trouvé ainsi reste bien marqué sur la plaque. — Il y a des artistes qui exécutent cette opération sans l'aide d'un ouvrier, surtout quand il s'agit d' une petite pièce ; toutefois pour une grande ou ne peut guère s'en dispenser. — Quand le point central de la plaque est ainsi indiqué , on le rend

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