CHAPITRE XII. srr
qui forcent l'argent à prendre le relief que Ton désire. — Quand on a relevé de cette façon les figures, les animaux ou les feuillages qui composent la décoration du vase , il faut recuire celui-ci, le reblanchir, le remettre en poix et le travailler avec une autre sorte de ciseaux qui toutefois ne différent des précédents qu'en ce que leurs pointes doivent avoir, dans leurs divers calibres, la forme d'un haricot petit ou gros. Cette forme, du reste, varie suivant les habitudes des artistes, ainsi que je l'ai remarqué chez beaucoup d'entre eux; — cela, au surplus, est de peu d'importance; il suffit de savoir que ces ciseaux doivent non pas tailler mais écacher l'argent
Pour retourner à notre sujet, je dis que le vase doit être retiré de la poix et recuit deux ou trois fois, selon le besoin. — Enfin , lorsque les figures et les feuillages seront presque terminés avec le ciseau, on ôtera définitivement la poix et on exécutera en cire, d'après le modèle préparé à l'avance, le bec et l'anse du vase, que d'ordinaire on couvre de nombreux et gracieux ornements.
Une fois la cire terminée , il faut la mouler. — Cette opération se fait an moyen de différents procédés que je vais décrire dans l'intérêt de l'art. — Nous commencerons par celui qui m'a semblé le plus facile et que j'ai employé pour les vases du roi François Ier.
On prend de cette terre dont se servent les fondeurs de pièces d'artillerie, et, lorsqu'elle est bien sèche, on la pulvérise et on la mêle avec de la bourre de drap fin et un peu de bouse de vache passée au tamis ; puis on bat soigneusement toutes ces choses ensemble. On broie ensuite du tri poli , et, après l'avoir détrempé comme une couleur à l'huile, on en étend une couche sur la cire. — Il faut avoir fait préalablement avec la même cire la bouche et les évents du moule. Ces derniers, ainsi que je l'ai toujours pratiqué , doivent partir de dessous le moule pour monter
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à la hauteur de la bouche, dont on les tient un peu éloignés, de peur que le métal en fusion n'y entre et ne les empoche de fonctionner. — Quand la couche de tripoli est sèche, on la couvre du mélange de terre, de bourre et de bouse de vache dont nous avons parlé plus haut, et anquel on donne, en le laissant sécher, l'épaisseur d'un doigt — Après cela on lie le moule avec du fil de fer et on applique sur cette espèce d'armature une seconde couche du môme mélange de terre , de bourre de drap et de bouse de vache, mais moins épaisse que la première, que toutes ces précautions servent à maintenir plus solidement — On soumet ensuite le moule au feu, et on fait écouler peu à peu la cire , en tenant la bouche du jet penchée sur un petit bassin. — Il faut avoir soin que la chaleur ne soit point trop forte, parce que, si la cire venait & bouillir, elle gâterait le moule. — Aussitôt après l'extraction de la cire, le moule se détachera de lui-même du vase. — On le laissera bien se ressuyer, puis on clora avec la même cire la partie qui était adhérente au vase. — On le reliera ensuite avec du fil de fer, on l'enduira de nouveau avec le lut dont nous avons parlé plus haut, et on le mettra dans un petit fourneau de briques rempli de charbons que l'on allumera au même instant. On ne retirera le moule du fourneau que lorsqu'il sera bien cuit ; le lut dont il est formé pouvant supporter le feu le plus ardent du premier coup, ce qui n'aurait pas lieu avec d'autres terres non préparées et non mélangées comme celle-ci.
Lorsque le moule est bien cuit, on le place, pendant que l'argent est en train de fondre, dans un bassin asses grand pour le contenir aisément et dont on remplit les vides avec du sable humide , afin de solidifier le moule, comme cela se pratique dans les fosses des pièces d'artillerie. — Dès que l'argent est fondu, on le rafraîchit avec du tartre bien pulvérisé et on couvre l'ouverture du creuset
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avec un linge plié en trois ou quatre doubles et soigneusement enduit de graisse ou d'huile. — On saisit ensuite le creuset avec les embrassoires et on verse l'argent dans le moule. — On doit avoir des embrassoires de diverses sortes, c'est-à-dire grandes, moyennes et petites, selon la dimension des creusets et la quantité d'argent que Ton veut fondre. Ces embrassoires maintiennent le creuset et s'opposent à ce qu'il se brise, accident auquel on n'est que trop exposé et qui en un instant entraîne la perte de tout le travail. — Cette opération réclame donc beaucoup d'adresse et un soin extrême. — Pendant que l'on verse f argent dans le moule, il est nécessaire qu'un ouvrier, a l'aide d'une paire de pinces, empêche de se déranger le linge enduit de graisse dont on a couvert le creuset. On a recours à cette précaution pour conserver au métal sa chaleur et pour qu'il ne tombe point dans le moule de charbons ou quelque autre matière étrangère.
On notera encore que, si l'on veut, ainsi que cela se fait communément , orner un vase de mascarons, il faut, après avoir détaché la cire du vase, mouler les mascarons et appliquer bien uniformément dans le creux une couche de cire épaisse comme une lame de couteau , voire même plus ou moins, suivant que l'on désire que les masques soient fournis d'argent En terme de l'art, cette cire s'appelle lasagna, à cause de la ressemblance qui existe entre elle et la pâte mince et plate qui porte ce nom (1). — Lorsque le moule a été, exactement comme le précédent, garni de ses évents et de sa bouche, couvert avec de la terre mêlée de bourre de drap et de bouse de vache et entouré de fil de fer, on opère la fonte sans rien changer à ce que nous avons indiqué. — Les anses et le pied du vase se coulent de la même façon , à moins que l'on ne préfère les exécuter
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au marteau ; maïs je conseillerai toujours d'employer la fonte pour les grands vases, parce qu'autrement leurs pieds ne pourraient avoir la force de les supporter.
Je vais décrire une autre manière de couler que Ton sera libre d'adopter si Ton veut, car elle est également bonne. — On pulvérise et on tamise du plâtre neuf et une brique de terre cuite, que Ton mêle ensuite par parties égales et que Ton détrempe avec 3e l'eau, en y ajoutant un peu de plâtre brûlé. — On étend ce mélange sur le modèle en cire à l'aide d'un pinceau de soies de porc, de la môme manière que la terre mêlée de bourre dont j'ai parlé plus haut, avec cette différence néanmoins que le plâtre doit être employé sans interruption, car il prend si rapidement qu'on peut, après la première couche au pinceau, l'appliquer avec une petite palette de bois jusqu'à ce qu'il ait l'épaisseur d'un doigt — On lie ensuite le moule avec du petit fil de fer bien recuit, puis on lui donne une couche de plâtre et de brique pulvérisés et détrempés mais non passes au tamis. — Cette couche doit parfaitement recouvrir le fil de fer et être épaisse suivant la dimension du moule. — Si l'artiste n'était point pressé de livrer son travail, ainsi que cela arrive souvent, il ferait bien de laisser le plâtre sécher de lui-môme au soleil ou dans une chambre remplie de fumée, de laquelle il ne le sortirait point avant qu'il eût perdu toute son humidité. — Après cela on extrait la cire à l'aide d'un feu tempéré que l'on augmente ensuite jusqu'à ce que le moule soit bien cuit. Je ne saurais trop recommander cette méthode, car elle se prête admirablement aux exigences de l'artiste, suivant qu'il se trouve plus ou moins pressé de terminer son travail.
Voici encore une autre manière de couler les mêmes objets. — On coupe le modèle de cire en plusieurs morceaux desquels on prend l'empreinte dans la terre et les