CHAPITRE PREMIER. ».vi
les montagnes et dans les grottes. — A Rome, à Florence, et particulièrement à Paris, elle est si parfaite, que nulle part je n'en ai vu de pareille. — La terre des grottes est préférable à celle que l'on extrait dans le voisinage des fleuves. — Pour la préparer, il faut d'abord la laisser sécher et ensuite la passer par un tamis un peu serré, afin de la débarrasser des petites pierres et des autres corps étrangers qui s'y rencontrent. — Apres cela, on la mêlera avec de la bourre de drap, qui sera en proportion de moitié de la terre.
Maintenant, que les artistes fassent attention à ce qui suit, car je vais leur révéler un procédé que l'expérience m'a fait retrouver et qui m'a parfaitement réussi :
Lorsque la terre aura été mêlée avec la bourre, on l'arrosera avec de l'eau, jusqu'à ce qu'elle devienne comme de la pâte à pain. — On la battra ensuite soigneusement avec une verge de fer grosse de deux doigts (en ceci consiste le secret), afin qu'elle se maintienne molle pendant quatre mois au moins. — Et plus elle restera dans cet état, mieux cela vaudra, parce que la bourre en pourrissant rend la terre moelleuse comme un onguent — Lesgens qui n'ont point mis ce procédé en usage n'en augureront rien de bon et jugeront cette terre trop grasse; mais ses qualités onctueuses, loin'de nuire à la réception du métal, la favorisent incomparablement plus que ne le ferait une autre terre que Ton n'aurait point laissé pourrir ainsi' : c'est ce que j'ai expérimenté dans différents travaux dont je parlerai plus loin.
Voici un autre procédé pour les statues grandes comme nature : ^
Modèles votre figure avec la terre mêlée de bourre, que nous avons recommandée comme la meilleure ; et lorsque vous Farfres terminée soigneusement « partie pendant que
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lu lerre est fraîche, partie après que la terre a commencé a sécher, vous la recouvrirai de ces feuilles d'étain battues dont se servent les peintres, et que chacun connaît parfaitement — Pour fixer ces feuilles d'étain sur la ligure en lerre, vous vous y prendrez ainsi :
Faites fondre dans un chaudron autant de cire que de térébenthine, et quand ces matières seront bien liquéfiées, vous les appliquerez bouillantes sur votre figure avec un pinceau de soies de porc, en ayant soin de procéder trèslégèrement et très -délicatement, afin de ne point gâter les muscles, les veines et les autres finesses de travail où se révèlent Fart et F habileté du maître. — Vous placerez ensuite les feuilles d'étain. — Comme il faut faire un creux en plâtre sur la figure en terre, cette enveloppe d'étain est indispensable pour la défendre contre l'humidité et la force du plâtre.
Grâce à ce procédé, la besogne de F artiste est très-siniplifiée. En effet, lorsque la figure a été jetée en bronze, le modèle, étant resté intact, guide les auxiliaires de Farliste dans la réparation de la statue. Si, au contraire, le modèle ne pouvait se trouver sous leurs yeux, il en résulterait, non-seulement une perte de temps, mais encore une moins grande exactitude dans le travail. — G* est ce qui in* advint lorsque j'eus jeté eu bronze le Persée dont j'ai parlé tout à l'heure. — Gette statue, haute de plus de cinq brasses, avait été exécutée par moi dans le premier mode que j'ai décrit , c'est-à-dire qu'après l'avoir modelée en terre, amaigrie de l'épaisseur d'un doigt, soumise à la cuisson, et revêtue de cire, je l'avais jetée tout d'un morceau. Gomme il fallait retirer le noyau, afin qu'elle restât plus légère, j'avais pratiqué dans les flancs, les épaules et les jambes, plusieurs trous, que je fus obligé de ménager également dans mon enveloppe de cire, pour tenir le noyau en équilibre exactement au milieu de
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la chape, ce qui m1 empêcha nécessairement de conserver entier le modèle.
Mais pour retourner à notre sujet, disons que l'on peut encore appliquer les feuilles d'étain sur le modèle, à l'aide d'un pinceau, avec de. la pâte de fleur de farine semblable à celle dont se servent les cordonniers.
On doit ensuite faire le creux en plâtre. Cette opération s'exécute de différentes manières; mais, selon moi, la plus certaine et la meilleure est celle qui consiste à façonner autant de petites pièces que le comporte le modèle que Ton veut mouler. — Ces petites pièces exigent le plus grand soin. Dans chacune d'elles on Gxe, pendant que le plâtre est frais, un fil de fer double, ressortant de façon à recevoir une ficelle, et formant, par conséquent, une espèce de petit anneau. — Dès qu'une pièce est terminée et que le plâtre a bien pris, il faut s assurer que cette pi*ce peut s'enlever facilement de sa place sans rien gâter; puis on l'y remet en assemblant bien exactement les joints pour qu'il ne reste aucun vide : sans cette précaution, l'ouvrage viendrait défectueux. — Tout en formant successivement les différentes pièces de moule (tant celles qui sont à mortaise que beaucoup d'autres que réclament la tête, les mains et les pieds), il faut avoir soin de les distribuer de manière qu'elles prennent la moitié de la statue en longueur, depuis la poitrine jusqu'aux talons. Mo ton s cependant que l'on s'abstient de couvrir de petites pièces une grande partie de la poitrine, du ventre, des cuisses et des jambes. — Gomme on doit ensuite jeter sur la statue une chape de plâtre liquide épaisse de deux doigts, il faut avoir soin, avant de procéder à cette opération, de revêtir d'un peu de terre les anneaux de fil de fer dont nous avons parlé plus haut, autrement on ne pourrait plus retirer la chape. — Après cela, on enduira soigneusement avec un pinceau trempé dans de l'huile d'olive toutes les parties