‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 253 sur 285 · CHAPITRE PRKMIKR. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRKMIKR. S

pour témoigner quelque peu ma reconnaissance des infinis bienfaits que je reçois & tout instant de ia royale courtoisie de ces excellents seigneurs.

I>es choses dont je vais parler sont certainement connues de beaucoup de gens. Néanmoins, je suis loin de penser que mon œuvre doive être réputée inutile par les hommes du métier et les savants; car, même sans tenir compte d'une foule de secrets que , grâce à une longue pratique, j'ai retrouvés, je suis le premier qui, obéissant à un certain amour que j'ai toujours ressenti pour 1rs arts, aie cherché par un semblable travail à leur assurer une longue existence et à les placer à l'abri des innombrables traverses auxquelles le temps soumet toutes les choses humaines.

Dans ce traité, je m'occuperai d'abord de l'art de jeter les statues en bronze. — Pour initier à la pratique que j'ai acquise par mes travaux, je dirai que j'eus occasion de faire à Paris, pour le roi François 1er, quelques ouvrages en bronze dont les uns furent menés à fin et les autres laissés inachevés par suite de divers empêchements. — Entre autres choses, je terminai une statue de bronze, grande de sept brasses, renfermée dans un hémicycle également en bronze. — Cette statue représentait la nymphe de Fontainebleau, ravissante villa appartenant au roi. — Son bras gauche reposait sur des vases d'où s'échappaient des sources, pour rappeler les eaux qui arrosent cette contrée. — Son bras droit entourait une teïe de cerf en ronde-bosse, par allusion à la race de ces animaux qui peuplent ce pays. — Cette composition était ornée, d'un côté, de chiens braques et de lévriers, et, de l'autre côté, de chevreuils et de sangliers. — Au-dessus de l'hémicycle j'avais encore placé deux petits anges tenant chacun une torche, et différents ornements que je m'abstiens de décrire, afin d'Aire bref.

Maintenant, pour parier du mode que j'observai dans l'exécution de cet ouvrage, je dis que, suivant l'usage, je le fis en terre exactement de la dimension qu'il devait avoir. — Dès qu'il se fut opéré dans ce modèle un retrait de l'épaisseur d'un doigt, je le retouchai soigneusement, puis je le soumis à une cuisson vigoureuse. Je le revêtis ensuite partout également d'une couche de cire, et je le conduisis à fin en ajoutant de la cire où besoin était, et en ayant soin de ne retrancher rien ou du moins qu'aussi peu que possible de la première couche.

Après cela, je broyai de la moelle de corne de mouton calcinée, puis du plâtre et du tripoli dans une proportion de moitié, et enfin autant de battitures de fer. Lorsque ces choses eurent été parfaitement broyées, je les mêlai ensemble avec de l'eau que j'avais préalablement jetée sur un tamis très-fin couvert de fiente de bœuf ou de crottin de cheval. J'obtins, de cette façon, une mixture liquide que j'étendis également sur ma cire à l'aide d'un pinceau de soies de porc, en me servant du côté par lequel les poils adhéraient à la chair. Quand cette couche fut sèche, j'en mis successivement d'autres, que je laissai de même sécher, jusqu'à ce que j'eus l'épaisseur d'une lame de couteau ordinaire. — Je revêtis ensuite mon ouvrage d'une chape de terre épaisse d'un demi-doigt; puis, lorsque celle-ci fut sèche, d'une seconde chape épaisse d'un doigt, et enfin d'une troisième de même épaisseur.

Voici comment on doit préparer la terre avec laquelle on fait ces chapes :

Prenez cette terre qu'emploient communément les fondeurs de pièces d'artillerie. On la tire de différents endroits. — Près des fleuves, elle est un peu sablonneuse; mais il ne faut pas qu'elle le soit trop : il suffit qu'elle soit maigre. La terre grasse et fine sert pour la poterie, et ne convient pas à la fonte. — La bonne se trouve dans

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