SUR LES PRINCIPES DE L'ART DU DESSIN
veraine relie toute cette ossature de l'homme. — A l'extrémité inférieure du sacrum est une espèce de petite queue composée de cinq os et que Ton nomme coccyx. — Dessine toutes ces choses maintes et maintes fois, de façon que tu puisses t'en rappeler facilement au besoin. — Il est bon que tu saches que dans les pays chauds comme le nôtre, le coccyx tend à se ramener en devant , et qu'au contraire dans les pays très-froids, du côté du pôle arctique, il se jette en arrière. Je l'ai vu long de quatre doigts chei ces hommes que l'on désigne sous le nom d' Hibernions. Cette queue semble monstrueuse, mais ce n'est pas autre chose que le coccyx qui ches nous se porte en avant, et que le grand froid pousse chei eux en arrière '.
Tu étudieras ensuite la merveilleuse épine du dos que Ton nomme colonne vertébrale. Elle s'appuie sur le sa* erum et elle est composée de vingt-quatre os qui s'appellent vertèbres. Seize de ces vertèbres montent du sacrum à l'angle supérieur des omoplates; les huit autres se joignent à cette partie de la tête que l'on nomme la nuque. La dernière vertèbre, appelée atlas, est ronde comme le haut du fémur, de façon que la tête peut se tourner facilement — Tu devras avoir plaisir à dessiner ces os, car ils sont magnifiques. Chaque vertèbre est percée d'un grand trou dans lequel est renfermée la moelle épinière et d'où partent les ligaments de la colonne vertébrale.
A cette ossature de l'épine dorsale tiennent les côtes. Elles sont au nombre de vingt-quatre, douie de chaque
(I) Comme plusieurs personne* pourraient être tentées de placer an nombre dot errants anevamiqoea qni et aient ©ter» an sebième siècle ose dernier* remarquée de Col- Uni , non* eroveni bon de leor mettre ton* loi feox le» liguei raivaote» que non* estrayons de VAnatowi* chirurgical* de Palfin : — « Il arrive quelquefois que dans ■ l'homme le eeccyi se prulooge do mes* A former une queue. Diemorbroek rapports
• avoir vu un enfant qui avait une queue d'une demi-aune de long , et Hersée raconte > qu'il | a dans les Indes orientales dei hommes qui ont des queues de le longueur
• d'un pied. •
côté , et ressemblent à la carcasse d'un navire. — Dessine souvent et rends-toi bien familière cette partie da squelette autant de profil que de face. — Tu trouveras que les côtes commencent au-dessus du sacrum et de la cinquième vertèbre. — Elles s'unissent à l'épine du dos à partir de la sixième vertèbre. — Les quatre premières côtes inférieures ne sont pas articulées en devant au sternum. — La première est très-petite, mais la seconde Test bien moins que la première. — La troisième est munie à son extrémité d'un cartilage qui est beaucoup plus développé que celui de la quatrième. — Ces quatre premières côtes s'appellent les fausses côtes, de même que la cinquième. Celle-ci ne s'articule pas non plus à l'os de la poitrine qui est composé de trois morceaux et long d'un pied environ. 11 est poreux comme une pierre ponce et s'appelle sternum. — Quant aux sept dernières côtes , chacune est munie d'un cartilage dont les uns ont le quart et les autres le tiers de la longueur de la côte. — On peut dire que ces cartilages ne sont point autre chose qu'un os tendre, dépourvu de moelle. En effet, ils ressemblent plus à un os qu'à un nerf, car les os sont cassants, tandis que les cartilages et les nerfs ne le sont pas.
Maintenant fais bien attention.
Quand tu connaîtras à fond la structure des côtes , si tu les couvres de leur chair et de leur peau, sache que les cinq fausses côtes forment autour du nombril, lorsque le torse se penche en avant ou en arrière , une foule de reliefs et de creux que l'on peut ranger parmi les principales beautés qu'offre à nos yeux le corps humain. — Les gens qui ne possèdent pas bien cette ossature font les plus diaboliques choses du monde, ainsi que je l'ai vu chez certains peintres, présomptueux barbouilleurs qui, se fiant à leur courte mémoire et sans autres études que celles de leur détestable apprentissage, courent mettre la main &
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l'œuvre el ne produisent jamais rien de bon. — Ils prennent alors une manière telle que, lors même qu'ils le voudraient , ils ne pourraient bien faire. — Puis avec leur mauvaise pratique, accompagnée de leur Apreté au gain, ils causent un tort considérable aux artistes qui marchent dans la bonne voie, et en même temps ils couvrent de honte les princes qui, ébahis de leur rapidité d'exécution, les chargent de travaux et montrent ainsi qu'ils n'entendent rien aux arts. — lies sculpteurs et les peintres de talent veulent que leurs ouvrages traversent les siècles et soient la gloire de leurs princes et l'ornement de leur patrie. — Pourquoi donc, ô valeureux et digne souverain de Florence! n'as-tu pas la patience d'attendre que nos œuvres s'achèvent comme il convient, puisqu'elles sont destinées à une si longue existence et à former la plus grande partie de ta gloire? Qu'importent deux ou trois années de plus lorsque de là dépend de faire bien ou mal une œuvre qui doit vivre si longtemps (1) !
Mais je me suis un peu éloigné de mon sujet ; voici que j'y retourne.
Au-dessus des côtes sont deux os qui s'appuient sur le sternum et vont en serpentant se poser sur les omoplates. — Il faut dessiner ces os non pas séparés comme plusieurs des autres os, mais unis aux côtes. C'est ainsi que lu dois les fixer dans ta mémoire. On les désigne sous le nom de clavicules.
Deux autres os, semblables à des palettes, se joignent par-derrière aux clavicules. Ils sont très-beaux et ont certaines saillies qui se montrent sous la peau. — Au lieu d'un œil, donne-les à copier à ton élève et il s'en souviendra parfaitement, ce qui est très-important — Ces os,
(l) Cette apostrophe, adressée par Cellini à Cosme de Médicis, nom semble indiquer qu'il écrirait ce discours ver» l'en 1554, c'est-à-dire a l'époque où il eiéeotait son Persée.