‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 3 sur 285 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

t£HAÏ>ITRE PREMIER.

Préambule. — Origine «le Florence. — A neutres de l'auteur. — Mariage d'Andréa Cellini et d'KIIsabelta Granacel. — Les deux jumeaux. — Cota. — Naissance de Cellini. — Gomment il fut nommé Hentenuto. — I* scorpion. — La salamandre et le fonfuet. — Leçons de flôle. — Le miroir. — Le petit soprano. — La eroh rouge et les booles rouget. — Kpigramme prophétique. — Apprentissage. — liichclagnoki - Bandtaelii. — L'orfèvre Marcone.

Tout homme qui a produit quelque œuvre de mérite devrait, pourvu qu'il fût droit et sincère, écrire sa vie de sa propre main ; mais une si belle entreprise demande à n'être point commencée avant que Ton ait passé quarante ans. Cette vérité m'a frappe aujourd'hui que, retiré à Florence, ma patrie, je chemine vers la fin de ma cinquante-huitième année, aujourd'hui qu'en songeant aux nombreuses iniquités qui affligent l'espèce humaine, je me trouve moins que

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jamais chargé de ces iniquités (il me semble même que de ma vie je n'ai joui d'un plus grand contentement d'esprit et d'une meilleure santé); aujourd'hui enfin qu'au souvenir de quelques instants heureux vient se joindre celui de maux tellement inimaginables, que je suis saisi A la fois d'épouvante et d'admiration en voyant que j'ai pu arriver à cet âge de cinquante-huit ans avec lequel, grâce à Dieu, je marche si heureusement en avant.

Quand on s'est fait connaître au monde par des travaux de quelque distinction, il devrait suffire de s'être montré homme et de s'être illustré ; mais il faut vivre comme les autres, de sorte que dans nos actions vient toujours se mêler un peu de celte sotte gloriole /qui a plusieurs sources différentes, dont la première est le désir de proclamer que l'on est de bon et antique lignage. Je dirai donc que je me nomme Benvcnuto Cellini et que je suis fils de maestro Giovanni, dont le père s'appelait Andréa et le grand-père Cristôfano Cellini. Ma mère, Maria-Elisabetta, était fille de S te fa no Granacci. Tous deux étaient de Florence.

On lit dans les chroniques laissées par d'anciens Florentins dignes de foi, comme l'atteste Giovanni Villani, que Florence fut bâtie à l'imitation de la belle ville de Rome. En effet, près de Santa-Croce, on rencontre quelques vesliges du Colysée et des Thermes. Le Capitole était à l'endroit où se trouve aujourd'hui le Mercato-Yecchio. LaRolonda est encore entièrement sur pied; ce temple, jadis construit en l'honneur de Mars, est maintenant dédié à notre saint Jean. On voit très-bien et l'on ne peut nier qu'il en fut ainsi ; toutefois avouons que ces édifices sont beaucoup plus petits que ceux de Rome. Us furent bâtis, dit-on , par Jules-César et des gentilshommes romains qui, après avoir vaincu et pris Fiesole, élevèrent une ville dans cet endroit, en se chargeant chacun de construire uu de ces monuments remarquables.

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