‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 4 sur 285 · LIVRE PREMIKR · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIKR

Jules-César avait on brave capitaine , nommé Fiorinus, lequel était de Cellino, château situé à deux milles de Alontc-Fiascone. Ce Fiorinus, afin que les troupes profitassent du voisinage de l' Arno , établit son camp au-dessous de Fiesole, sur remplacement qu'occupe aujourd'hui Florence. Les soldats et, en un mot, toutes les gens qui avaient affaire & lui disaient : « Allons à Fiorenze, » soit à cause du nom de Fiorinus que portait notre capitaine, soit parce que l'endroit où il avait ses logements produisait une immense quantité de fleurs. Ce nom de Fiorenze ayant paru très-beau à Jules-César, il le donna à la ville en la fondant, parce que les fleurs sont de bon augure, et aussi pour faire honneur à son vaillant capitaine, auquel il voulait d'autant plus de bien qu'il l'avait tiré d'un lieu trèshumble et qu'il l'avait formé lui-même. — D'un autre côté, do doctes inventeurs et chercheurs d'étymologies prétendent que Florence a reçu le nom de Fluentia, parce que F Arno fine à travers la ville. Cela nous semble dénué de toute probabilité, car il en est de même du Tibre pour Rome, du Pô pour Ferrare, de la Saône pour Lyon, de la Seine pour Paris, et certes les noms de ces villes ont tout autre origine. — Xous maintenons donc et nous croyons que nous descendons d'un vaillant homme, comme nous l'avons avancé. Xous trouvons ensuite que Ravennes, la plus ancienne ville d'Italie, possède de nos Cellini, gentilshommes de haute distinction. Il y en a encore a Pise, et j'en ai rencontré dans beaucoup d'autres endroits de la chrétienté. Dans ce pays même, il reste quelques Cellini qui ont embrassé la carrière des armes : ainsi, il y a peu d'années qu'un jeune homme imberbe, nomme Luca Cellini, se battit avec Francesco de' Vicorati, habile et vaillant soldat qui, plusieurs fois déjà, avait combattu en champ clos. Ce Luca, les armes & la main, vainquit et tua son adversaire avec tant de valeur, qu'il remplit d'admiration le monde

16 MÉMOIRES DE BKNVENUTO CELLIXI.

qui s'attendait à tout le contraire : aussi puis-je être glorieux d'appartenir à une telle famille.

Maintenant combien j'ai acquis d'honneur à ma maison, je le dirai en temps et Heu (1). Né dans une humble condition, je suis beaucoup plus fier d'avoir fondé ma maison avec quelque lustre, que si, sorti de haut lignage, je l'eusse souillée et ternie par mes vices. Sur ce, je vais dire comment il plut à Dieu que je vinsse au monde.

Mes ancêtres habitaient le val d' Ambra : ils y avaient de grands biens où, pour échapper aux factions, ils s'étaient retirés et vivaient en petits seigneurs. Tous suivaient la carrière des armes et étaient fort braves. Dans ce temps, un de leurs fils, le plus jeune, nommé Gristofano, eut un furieux démêlé avec certains de leurs voisins et amis. Les chefs de l'une et de l'autre maison s'en étaient mêlés ; mais ayant vu que les choses s'envenimaient au point de donner à craindre que les deux familles ne se détruisissent complètement, les plus âgés décidèrent d'un commun accord que l'on éloignerait Gristofano et l'autre jeune homme, principe de la querelle. Ge dernier fut envoyé par ses parents à Sienne; les nôtres firent partir Gristofano pour Florence, où ils lui achetèrent une petite maison dans la Via-Ghiara, près du monastère de Sant'-Orsola, et de trèsbonnes terres au pont Rifredi.

Gristofano prit à Florence une femme qui lui donna plusieurs garçons et plusieurs filles. Celles-ci ayant été dotées, les fils se distribuèrent le reste des biens, & la mort de leur père. lTn de ces derniers, nommé Andréa, eut pour lot la maison de la Via-Ghiara et quelque autre chose de

(l) Dans )« teite on lil : » On qoanto io m'abbia acqnistato qoalche onore alla casa nia , H quaii a questo nostro rivere ai oggi per le cause che si sanno. e per tarte mia quaii non i nuiteria da gran case, al auo Inogo io le dira. • — Les commcnlaleurs florentins avouent ne pas comprendre le passage souligné. h. \,.

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