‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 30 sur 285 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

S»ft de Boa*. — Mort da connétable de Boorbm. — Siffle du chiteea de Sente- Afmeie. — Celliai, erliJleer. — Set exploite. — L'enràgne do Soleil-Rouge. — Le gabion. —- I'd eolooel eoopé tu deui. — Absolution. — Le» joyiiu du pape. — Le prince d'Orange. — I* cardinal Ortini. — Fin da tWge.

Le monde entier élait en armes. Le pape Clément demanda plusieurs troupes de soldats au seigneur Jean de Médicis, qui les lui envoya; mais ces auxiliaires commettaient tant d'excès à Rome, que les marchands ne pouvaient rester sans danger dans leurs boutiques. Je me retirai donc dans une bonne et grande maison située derrière les Banchi. Là, je travaillais pour mes amis; mais les ouvrages que je fis alors étaient si peu importants, que je n'en parlerai pas. La musique et d'autres amusements de ce genre étaient mes principales occupations.

Le pape Clément, d'après le conseil de messer Jacopo Salviati, licencia les cinq compagnies que lui avait envoyées le seigneur Jean de Médicis, qui venait de mourir en Lombardie. Bourbon n'eut pas plutôt appris qu'il n'y avait plus de soldats & Rome, qu'il y conduisit son armée

& marches forcées. Tous les habitants prirent les armes.

J'étais intimement lié avec Alessandro , fils de Piero del Bene. Lors de la venue des Golonna a Rome, il m'avait chargé de garder sa maison. Dans cette nouvelle et infiniment plus grave conjoncture, il me pria de lui rendre le même service, de lever une compagnie de cinquante hommes, et de me mettre à leur tête, comme j'avais fait du temps des Golonna. Je rassemblai donc cinquante jeunes gens d'un courage à toute épreuve, et nous entrâmes dans la maison d' Alessandro, où nous fûmes bien payés et bien traités.

L'armée de Bourbon étant arrivée sous les murs de Rome, Alessandro del Bene m'invita à l'accompagner pour aller examiner l'ennemi. Nous prîmes avec nous un de nos plus solides camarades , et nous rencontrâmes en chemin nn jeune homme, nommé Cecchino délia Casa, lequel se joignit à nous. Nous nous dirigeâmes vers les murailles du Campo-Santo , et de là nous vîmes cette terrible armée qui s'efforçait de pénétrer dans la ville. A l'endroit où nous nous trouvions , les assiégeants avaient déjà tué plusieurs jeunes gens; on se battait avec un acharnement extrême : nous étions enveloppés d'un nuage d'une épaisseur inimaginable. Je me tournai vers Alessandro et je lui dis : — « Retirons-nous le plus promptement possible, car ici la position n'est pas tenabie, voyez, l'ennemi escalade les murs et les nôtres s'enfuient. » — Alessandro épouvanté s'écria : — « Plût à Dieu que nous ne fussions point venus ! » — et il allait partir à toutes jambes, lorsque je lui dis : — « Puisque vous m'avez amené ici, il faut faire quelque action digne d'un homme. » — Aussitôt, je dirigeai mon arquebuse vers le groupe de combattants qui me parut le plus nombreux et le plus serré , et je visai un personnage qui dominait tous les autres. Il y avait un nuage de poussière si épais , que je ne pus distinguer s'il était a cheval

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