‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 36 sur 285 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

ânitrfe 4 Rom*. — RaJhello ritl Môro. — Jacopino délit Bat et. — Àtuolollon d'uta petit roi. — Le boalon de chipe. — Michèle»» et Pompée de MMui. — h'Kcte Bomo. — Le «eote-proprio.

A mon arrivée à Rome, je retrouvai une partie de mes ■mit. Ils me firent l'accueil le plus cordial. Je m'occupai de tuite de travaux, tous lucratifs, mais peu dignes d'être décrits.

Il y avait alors a Rome un vieil orfèvre nommé Raffaello delMoro. Il avait une grande réputation et était fort honnête homme. Il me pria de vouloir bien travailler dans sa boutique, parce qu'on lui avait commandé plusieurs ouvrages très-importants, où il y avait beaucoup h gagner. J'y con~ sentis volontiers.

Depuis plus de dix jours déjà j'étais à Rome, et je n'avais pas encore été voir mcsspr Jacopino délia Barca, lorsqu'il m'aperçut par hasard. Il m'aborda avec l'air le plus gracieux , et me demanda depuis combien de temps j'étais arrivé. Je lui répondis qu'il y avait environ quinze jours. Il en fut très-irrilé, et me dit que je montrais bien peu de respect & un pape qui, trois fois déjà , l'avait chargé de m' écrire dans les termes les plus pressants. Moi, qui avais été encore plus fâché que lui de ce qui s'était passé, je ne soufflai mot, et j'essayai d'avaler ma colère. Cet homme, qui était d'un bavardage effréné, lâcha un tel torrent de paie

rôles, que, quand je le vis fatigué, je me bornai à lui dire de me mener chez le pape quand bon lui semblerait. 11 me répondit qu'il y était toujours disposé. — « Eh bien, lui dis-je, et moi aussi je suis prêt. »

Nous nous acheminâmes donc vers le palais. — C'était un Jeudi Saint. — Lorsque nous fûmes arrivés aux appartements du pape, on nous introduisit sur-le-champ, car ou connaissait maestro Jacopino, et moi j'étais attendu. Le pape, étant un peu indisposé, gardait le lit. Près de lui se trouvaient messer Jacopo Salviati et l'archevêque de Gapoue. Le pape témoigna beaucoup de joie en me voyant. Je lui baisai les pieds et je m'approchai de lui le plus révérend eusement possible, en lui donnant à comprendre que j'avais quelque chose d'important à lui communiquer. Il fit un signe de main, et messer Jacopo se retira loin de nous avec l'archevêque. — « Très-saint Père, dis-je aussitôt, depuis le sac de Rome je n'ai pu ni me confesser, ni communier, parce qu'on me refuse l'absolution. Voici pourquoi. Lorsque je fondis l'or et travaillai à démonter les pierreries, votre Sainteté chargea le Cavalierino de me donner une petite récompense pour ma peine, mais je ne reçus de lui que des injures. Je remontai dans la chambre où j'avais fondu l'or, et je lavai les cendres dans lesquelles je trouvai environ une livre et demi d'or en grains aussi fins que du millet. Gomme je n'avais pas assez d'argent pour retourner honorablement chez moi, je pensai à me servir de cet or, en me promettant bien de le restituer plus tard. Maintenant me voilà aux pieds de votre Sainteté, qui est le vrai confesseur. Je la supplie de me permettre de me confesser et de communier, afin que je puisse rentrer en grâce auprès de Dieu. » — Le pape me dit alors, avec un soupir occasionné peut-être par le souvenir de ses malheurs : — u Renvenuto, lu dis vrai, je peux l'absoudre de toutes les fautes dont tu t'es rendu coupable. Confesse toullibre-

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ment, et, si ta as eu la valeur entière d'une de mes tiares, je sais tout disposé à te pardonner. » — « Très-saint Père, loi répondis-je, je n'ai eu que ce que j'ai avoué, et cela n'a pas dépassé la valeur de cent quarante ducats, que j'ai reçus de la Monnaie de Pérouse, et avec lesquels je sois allé secourir mon pauvre vieux père. » — u Ton père, dit le pape, a été aussi vertueux, aussi bon et aussi honnête que qui que ce soit, et tu n'as pas dégénéré. Je regrette beaucoup que la somme ail été petite ; quoi qu'il en soit, je t'en fais présent, et je te pardonne tout : attesft-le à ton confesseur. Si tu n'as pas d'autres péchés qui me regardent, confesse-toi et communie ; puis, viens me revoir, tu auras lieu d'en être satisfait. » — Lorsque j'eus pris congé du pape, messer Jacopo et l'archevêque se rapprochèrent de lui. Sa Sainteté leur parla de moi aussi favorablement que possible, et leur dit qu'elle m'avait confessé et donné l'absolution. Elle chargea ensuite l'archevêque de Capoue de me demander si quelque autre chose troublait ma conscience, et elle lui transmit pouvoir de m' absoudre, en rengageant à me traiter de son mieux. Une fois que je fus sorti du palais, maestro Jacopino me demanda curieusement quel était le sujet de cette longue et secrète conversation que j'avais eue avec le pape. Il revint plusieurs fois à la charge, de sorte que je finis par lui déclarer que cela ne le regardait pas, et qu'en conséquence il eût a ne plus me le demander.

Je m'empressai de faire tout ce dont j'étais convenu avec le pape; puis les deux fêtes étant passées, je me présentai de nouveau devant lui. Il me reçut encore plus gracieusement que la première fois, et il me dit : — u Si tu étais venu un peu plus tôt à Rome , je l'aurais donné à refaire ces deux tiares que nous avons détruites dans le château, mais comme, à part les pierreries, ce sont des ouvrages de peu de mérite, je te confierai un travail important, où tu

MA MKUOIRKS DR &RKVKNUTO CKLLIKI.

pourras déployer ton savoir. Je parle du bouton de ma chape , qui doit être rond et avoir la forme et la di* mension d'un tailloir d'un tiers de brasse. Je veux qu'il représente Dieu le Père en demi-relief, et qu'au milieu il soit orné de ce gros diamant et d'une foule d'autres pierres de haute valeur. Garadosso en a bien déjà commencé un » mais il ne le finit pas. Je désire que tu termines promptement le tien, parce que je veux en jouir un peu. Ainsi, va, et fais* moi un beau petit modèle. » — Sa Sainteté ordonna ensuite que* l'on me montrât toutes les pierreries , et je me retirai.

Pendant le siège de Florence, ce Federigo Ginori, pour lequel j'avais exécuté la médaille de l'Atlas, mourut de phthisie. La médaille tomba entre les mains de mesaer Luigi Alamanni , qui , peu de temps après, alla lui-même l'offrir, avec quelques-uns de ses beaux écrits, à François I*r, roi de France. Cette médaille ayant plu au roi an delà de toute expression, le digne messcr Luigi Alamanni lui parla si favorablement de mes qualités et de mon talent, que Sa Majesté témoigna le désir de me connaître.

Je consacrais tous mes soins h mon petit modèle, que je faisais exactement de la grandeur que devait avoir le bouton, lorsque d'autres orfèvres, se croyant aussi capables de mener cet ouvrage à bonne fin, lâchèrent la bride à leur jalousie. Il y avait alors à Rome un certain Micheletto (1), habile graveur de cornalines, et, de plus, joaillier fort intelligent. Cet homme était avancé en âge, et jouissait d'une grande réputation. Il avait pris part au travail des deux tiares du pape. Lorsqu'il sut que j'étais occupé du modèle en question, il fut très-étonné de ce que je ne l'avais pas consulté, lui dont l'habileté égalait le crédit. Enfin, voyant que je n'allais point chez lui, H vint chez moi, et me demanda

(I) Micheletto, suif tôt Vueri qoi l'appelle Ulcaelino, conlribot beeucoop aux progrès de la gravure en pierres fines. — Yoyei Yasari , I'»» de Valerio de Victncê , I. VIII , p. I*»«.

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