‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 56 sur 285 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Aeerfica U Siciliens*. — Le prêtre néereniant. — Opérations niagiqaei. — I.*« éVnme. — U pétarade. — Qnerelle de Cellini et de ter Benedetto. — BImsdtc. — Faite. — SobaaMo. — L'hôtelier. — Arrivée à Naple». — Angelic» retrouva. - \jt tire-roi. — Lee eiigeacet d'oae mère.

A celte époque, je m'étais amouraché, en vrai jeune homme, d'une fillette sicilienne d'une beauté extraordinaire. Comme elle me payait de retour, je résolus de l'enlever secrètement et d'aller passer un an avec elle à Florence. Mais sa mère, ayant deviné mes intentions, quitta Rome de nuit et à l'improviste. Elle prit la route de Naples, et répandit le bruit qu'elle allait à Cività-Vecchia , tandis qu'elle se rendait à Ostia. Je courus à Cività-Vecchia, et, pour retrouver ma Sicilienne, je fis des extravagances incroyables, dont le récit m'entraînerait trop loin. U me suffit de dire que je faillis devenir fou et en mourir. Au bout de deux mois, ma belle m'écrivit qu'elle était en Sicile, où elle se trouvait très-malheureuse. Quanl à moi, dans le seul but de me distraire de mon amour, j'en avais con-

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tracté un nouveau, et je m'étais lancé à corps perdu dans les plaisirs.

Au milieu de cette vie étrange, je me liai avec un prêtre sicilien, d'un esprit très -distingué, et qui était profondément versé dans les lettres grecques et latines. Un jour que je causais avec lui , la conversatiou tomba sur la nécromancie , et je lui dis que toute ma vie j'avais ardemment désiré voir et apprendre quelque chose de cet art — u Pour aborder une semblable entreprise , il faut une âme ferme et intrépide, » — me répondit le prêtre. Je lui répliquai que j'aurais de la force et du courage de reste , si je trouvais l'occasion de m' initier à ces mystères. — a Eh bien, me dit alors le prêtre, s'il en est ainsi, je ne te laisserai rien à désirer. » — Kl aussitôt nous convînmes de nous mettre à l'œuvre.

Un soir donc le prêtre fit ses préparatifs et me dit de chercher un compagnon ou deux. U s'adjoignit un homme de Pistoia, qui s'occupait lui-même de nécromancie. Moi, j'amenai Vincenzio Romoli, mon intime ami. Xous nous rendîmes au Golysée. Là, le prêtre se vêtit à la manière des nécromants, puis se mit & dessiner sur le sol des cercles, avec les plus belles cérémonies que l'on puisse imaginer. Il avait apporté des parfums précieux, des drogues fétides et du feu. Lorsque tout fut en ordre , il pratiqua une porte au cercle et nous y introduisit en nous prenant l'un après l'autre par la main. 11 distribua ensuite les rôles. Il remit le talisman entre les mains de son ami le nécromant, chargea les autres de veiller au feu et aux parfums , et enfin commença ses conjurations. Celte cérémonie dura plus d'une heure et demie. Le Colysée se remplit de légions d'esprits infernaux. Lorsque le prêtre vit qu'ils étaient assex nombreux, il se tourna vers moi, qui avais soin des parfums, et il me dit : — « Benvenuto, demande-leur quelque chose. * -** Je répondis que je dé-

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tirais qu'ils me réunissent à ma Sicilienne Angelica. Cette nuit-la nous n'eûmes point de réponse ; je fus néanmoins enchanté de ce que j'avais vu. Le nécromant me dit qu'il fallait y retourner une seconde fois, que j'obtiendrais tout ee que je demanderais pourvu que j'amenasse un jeune garçon qui eût sa virginité. Je choisis un de mes apprentis, âgé de dôme ans environ , et je pris encore avec moi Vincensio Romoli, et, de plus, un certain Agnolino Gaddi, qui était de nos amis. Dès que nous fûmes arrivés à F endroit convenu, ie nécromant procéda à ses apprêts avec autant et même plus de soin que la fois précédente. Puis , il oons introduisit dans le cercle qu'il avait tracé avec un art admirable et des cérémonies encore plus solennelles que les premières.

11 confia le soin des parfums et du feu à Vincenzio, qui fat assisté par Agnolino Gaddi, et il me mit en main le talisman, en me disant de le tourner vers les endroits qu'il me désignerait Mon jeune apprenti était placé sous mon talisman. Le nécromant commença ses terribles évocations, appela par leur nom une multitude de chefs de légions infernales, et leur exprima des ordres en hébreu, en grec et en latin, au nom du Dieu incréé, vivant et éternel. Bientôt le Colysée fut rempli d'un nombre de démons cent fois plus considérable que la première fois. Vincenzio Romoli et Agnolino étaient occupés à attiser le feu et à brûler des parfums. Par le conseil du nécromant, je demandai de nouveau à me trouver avec Angelica. Le nécromant se tourna vers moi et me dit : — « Ne les as- tu pas entendus t' annoncer que dans un mois tu serais avec elle ? » — Et il me pria de tenir ferme, parce qu'il y avait mille légions de plus qu'il n'en avait appelé. Il ajouta qu'elles étaient les plus dangereuses, et que, puisqu'elles avaient répondu à mes questions, il fallait les traiter avec don* ceur et les renvoyer tranquillement, D'un autre côté, l'en*

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fant, qui était sous le talisman, s* écriait avec épouvante qu'il apercevait un million d'hommes terribles qui nous menaçaient, et quatre énormes géants, armés de pied en cap, qui semblaient vouloir entrer dans notre cercle. Pendant ce temps, le nécromant, tremblant de peur, essayait de les conjurer en prenant la voix la plus douce et la plus suave qu'il pouvait. Vincenzio Romoli, qui tremblait aussi comme la feuille, soignait les parfums. Mon effroi n'était pas moindre que le leur, mais j'essayais de le dissimuler, et je prodiguais toutes sortes d'encouragements à mes compagnons, bien qu'en vérité je me crusse mort, en voyant la terreur dont était saisi le nécromant L'enfant s'était fourré la tête entre ses genoux et criait : — « Je veux mourir ainsi ! nous sommes morts !» — Je lui dis alors :

— « Ces créatures sont toutes au-dessous de nous, et ce que tu vois n'est que de la fumée et de l'ombre; ainsi, lève les yeux. » — A peine m'eut-il obéi, qu'il reprit :

— « Tout le Colysée brûle et le feu vient sur nous. » — Puis, il se cacha le visage dans ses mains, et répéta qu'il était mort et qu'il ne voulait plus rien voir. Le nécromant se recommanda à moi , et me supplia de tenir ferme et de faire brûler de l'assa-fœtida. Je me tournai donc vers Vincenzio Romoli, et je lui dis de jeter vite de l'assa-fœtida sur le feu. Tout en parlant , je regardai Agnolino Gaddî. Il était si épouvanté que les yeux lui sortaient de la tête et qu'il semblait être plus qu'à demi mort. — « Allons, Agnolo, lui dis-jc, il ne s'agit pas d'avoir peur ici, il faut s'employer et nous aider; ainsi, mets promptement de l'assa-fœtida sur les charbons. « — Alors Agnolo, en voulant se mouvoir, lâcha une pétarade avec accompagnement d'une telle abondance de bran , que l'assa-fœtida eut un effet beaucoup moins efficace. A ce bruit et à cette affreuse puanteur, l'enfant se hasarda à lever la tête. En m' entendant rire, il se rassura un peu , et dit que les démons com-

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tient à opérer précipitamment leur retraite. Xous restâmes ainsi jusqu'au moment on matines sonnèrent. L'enfant nous dit qu'il n'apercevait plus que quelques dés, et à une grande distance. Enfin , dès que le nécroteut accompli le reste de ses cérémonies, quitté son costume, et ramassé un gros tas de livres qu'il avait apportés, nous sortîmes tous du cercle, en nous pressant l'un contre l'autre, surtout l'enfant qui s'était faufilé au milieu de nous, et avait saisi le nécromant par sa robe, et moi par ma cape. Pendant que nous cheminions vers la rue desfianchi pour regagner nos demeures, il assurait que deox des démons qu'il avait vus dans le Colysée gambadaient devant nous, et couraient tantôt sur les toits, tantôt sur le soi Le nécromant jurait que depuis qu'il avait mis le pied dans un cercle magique, il ne lui était jamais arrivé rien d'aussi extraordinaire. Il essaya ensuite de me déterminer à me joindre à lui pour consacrer un livre soi devait nous procurer des richesses incalculables, et nous fournir les moyens de forcer les démons à nous indiquer les endroits où sont cachés les trésors que la terre recèle dans son sein, ce qui, de toute nécessité, nous rendrait puissamment riches. Il ajoutait que les affaires d'a- ■our n'étaient que vanités et folies, et n'aboutissaient à rien. Je lui répondis que, si j'étais versé dans les lettres latines, je me consacrerais très-volontiers à cette œuvre. H redoubla d'instances en m' assurant que les lettres latines ne me serviraient à rien, et que, s'il avait voulu, il se serait associé bien des gens qui les possédaient à fond ; mais qu'il n'avait jamais vu personne d'une fermeté égale » la mienne, et que je devais adopter le parti qu'il me conseillait Tout en causant ainsi, nous gagnâmes notre logis. Toute la nuit, chacun de nous ne rêva que diables. Comme chaque jour je revoyais le nécromant, il ne manqua pas de renouveler ses sollicitations pour m' entraîner

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dans son entreprise. Je lui demandai combien de temps elle exigerait pour être menée afin, et où il faudrait aller* 11 me répondit qu'un mois serait plus que suffisant et que l'endroit le plus convenable était la montagne de Xorcia, bien qu'un de ses maîtres eût consacré non loin de l'abbaye de Farfa; — « mais il y a rencontré, ajouta-t-il, des difficultés que nous ne trouverions pas dans la montagne de Norcia; et les paysans de Norcia sont des gens sûrs, qui ont déjà quelque habitude de ces choses , et qui , au besoin, peuvent être d'un grand secours. » — Ce prêtre nécromant fut si persuasif, que j'étais réellement disposé a faire ce qu'il désirait.

Cependant je lui dis que je voulais d'abord finir les médailles que j'avais commencées pour le pape. Je n'avais confié ce secret qu'à lui seul, en le priant de ne le divulguer à personne. Toutefois, je lui demandais continuelle» ment s'il croyait que je me trouverais avec ma Sicilienne Angelica à l'époque annoncée par les démons; car ce moment était proche, et j'étais fort étonné de ne point entendre parler d'elle. Le nécromant me répondit que notre réunion aurait infailliblement lieu , parce que les démons ne manquent jamais à d'aussi solennelles promesses; et il ajoutait que cependant je devais rester l'œil ouvert, et me tenir en garde contre un malheur qui me menaçait II me recommandait aussi de rassembler mes efforts pour supporter quelque chose d'irritant pour mon caractère, et dont les conséquences seraient très-dangereuses; et enfin, il m'assurait que, si j'allais avec lui consacrer ce livre, j'éviterais ce grand péril, et que je ferais ainsi son bonheur et le mien. Je commençais à avoir plus que lui envie de tenter l'entreprise. Néanmoins, je lui dis qu'il était venu à Rome un certain maestro Giovanni, de Castel-Bolegnese (1),

(I) Giovanni Bernard!, da Catltl-BologntM, «M on dti plot ellèbrtt grawun do aoi*

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qm fiait très- habile dans l'art de graver les médailles en aoer; que mon plus vif désir était de concourir avec ce vaillant homme, et que, si je sortais victorieux de cette Jatte, j'espérais tuer parce moyen mes ennemis, bien plus sarement qu'avec l'épée. Cela ne l'empêchait pas de retourner incessamment & la charge. — « De grâce , Benveaeto mio, me répétait-il, viens avec moi, et fuis un grand péril dont je te vois menacé. » — Mais j'avais absolument trrélé que je finirais d'abord ma médaille. Bien que nous fassions près de la fin du mois, je ne songeais plus ni a. Aagelica ni à autre chose, tant j'étais épris de ma médaille et absorbé par mon travail.

Un jour j'eus occasion d'aller de ma maison à ma boutique à une heure inaccoutumée, vers le moment des vêpres. Cette boutique était située dans la rue des Banchi ; je m'y rendais rarement , attendu que je laissais le soin de Mes les affaires à mon associé Felice. J'y étais depuis un instant, lorsque je me souvins que j'avais à parler à Lesstadro det Bene. Je me levai de suite. Quand je fus dans la rae, je rencontrai un de mes amis, appelé ser Bcnefctta, natif de Florence, et fils d'un aveugle siennois qui demandait F aumône. Ce ser Benedetto, après un long séjour à Naples, s'était fixé à Rome, où il faisait le commerce pour le compte de marchands siennois nommés de' Figi. Maintes et maintes fois mon associé lui avait rétUmé le prix de plusieurs petites bagues qu'il l'avait chargé de rendre. Le jour même dont je parle, il l'avait rencontré daos la rue des Banchi, et, suivant son habitude, il mi avait demandé son argent d'un ton un peu rude. Ser

«■me >wcW. 11 IrmvailU poor le doc de Ferrure , le» cerdinaox Fernèse , Hédicis et Sal- 'Uf . le pape Clément VU et l'empereur Charles-Quint. Se* camées , ses cristaux , ses ■Maillai, dent l'ésmmeratfcm serait trop longue , sont justement Tantes. - Tous ses *"**§*>• dit Vasari , son biographe , soot d'ooe beauté rare , et néanmoins ont été con* •aiti à In avec «ne célérité étonnante. « — Il mourut en 1655, i Tige de soixante ans. - Vot. Vasari , Vie «Je Giovanni, de Go#l#(-*e4ey*t**e» t VIII, p. 156 et soie.

l«tt MEMOIRES OK HENVENITO CELLINI.

Benedetto se trouvait avec ses patrons, qui, voyant ce dont il s* agissait, le tancèrent vertement, et lui déclarèrent qu'ils emploieraient une autre personne que lui, afin de n dire plus exposes à entendre de semblables criailleries. Ser Benedetto se défendit de son mieux, jura qu'il avait payé l'orfèvre, et qu'il ne pouvait empêcher des fous de donner cours à leur fureur. Les Sien n ois prirent cette parole en mauvaise part, et le chassèrent à F instant En les quittant, il se dirigea vers ma boutique, peut-être pour chercher querelle à Felice. Je le rencontrai précisément au milieu de la rue des Banchi. Moi, qui ne savais rien de ce qui s'était passé, je lui adressai, comme à mon ordinaire, un salut amical, mais il n'y répondit que par des injures. Je me souvins aussitôt de tout ce que m'avait dit le néeromant; c'est pourquoi je me contins de toute ma force, et je lui dis : — « Benedetto, mon frère, ne vous emportez pas contre moi , qui ne vous ai fait aucun mal. Je ne connais rien de vos affaires. Si vous avez quelque démêlé avec Felice, de grâce, allez le trouver, et arrangez- vous avec lui. 11 sait ce qu'il a à vous répondre, tandis que moi je l'ignore complètement Vous avez tort de me traiter de la sorte, d'autant plus que vous savez que je ne suis pas de nature à tolérer un affront, » — A cela il répliqua que je savais tout; qu'il était homme à m'en faire repentir, et que Felice et moi nous étions deux grands ribauds. — Déjà quantité de gens s'étaient attroupés pour être témoins de la querelle. Poussé à bout par les insultes de mon agresseur, je ramassai une motte de terre humectée par la pluie, cl je la lui lançai, en le visant A la face. Il baissa la tête: de sorte que mon projectile l'atteignit au milieu du crâne. Il tomba comme mort, car il avait été frappé par un caillou anguleux que renfermait la motte de terre. A l'abondance du sang qu'il perdait, tous les spectateurs jugèrent qu'il avait été tué sur le coup.

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Pendant qu'il gisait encore sur le sol cl qu'on se préparait à remporter, vint à passer Pompeo, ce joaillier dont j'ai déjà parlé. Il se rendait chez le pape, qui l'avait appelé pour une affaire de joaillerie. Pompeo, en voyant cet homme si maltraité, demanda qui l'avait mis en cet étal. — * C'est Benvenuto, lui répondit -on, mais cet animal l'a bien mérité. » — Pompeo courut en toute hâte chez le pape, et lui dit : — « Très-saint Père, Benvenuto vient à l'instant de tuerTobhia, je l'ai vu de mes propres yeux. »

lie pape, furieux, ordonna au gouverneur, qui était présent, de m'arrôter et de me faire pendre sur-le-champ a Tendrait où le crime avait été commis. Il lui enjoignit de ne rien négliger pour s* emparer de moi, et de ne point reparaître devant lui sans que j'eusse été pendu.

Quant à moi, dès que j'eus vu ce malheureux étendu à terre, je ruminai le moyen de me tirer d'affaire,- en songeant à la puissance de mes ennemis et à ce qui pouvait résulter de ce qui s'était passé. Je quittai la place, et je me réfugiai chez messer Giovanni Gaddi , clerc de la chambre, avec l'intention de m' enfuir à l'aventure le plus tôt possible. Messer Giovanni me conseilla de ne pas prendre si promptement ce parti désespéré, parce que le mal n'était peut-être pas aussi grand que je le croyais. Il lit appeler messer Annibal Caro, qui demeurait avec lui, et le pria d'aller voir ce qu'il en était.

Sur ces entrefaites, un gentilhomme romain, attaché au service du cardinal de Médicis , se présenta de la part de ce prélat. Il nous prit à l'écart , messer Giovanni et moi,- et .nous dit que le cardinal, en lui répétant les paroles du pape, avait déclaré qu'il n'y avait pas moyen de venir à mon aide, que je devais aviser à esquiver ce premier mouvement de fureur, et que je ne serais en surelc dans aucune maison de Rome. Aussitôt après le départ du gentilhomme, messer Giovanni me regarda les larmes aux

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yeux, et me dit : — u Que je suis malheureux de ne pou* voir te sauver ! » — a Avec le secours de Dieu, lui répon- <hVje, Je me sauvera' moi-même. Je vous prie seulement de me prêter un de vos chevaux. »

On m'avait déjà préparé un cheval arabe de robe noire, le plus beau et le meilleur qu'il y eût à Rome. Je le montai et mis à F arçon de ma selle une arquebuse à rouet, pour me défendre au besoin. Au pont Sisto, je trouvai tout le guet à pied et à cheval. Alors, faisant de nécessité vertu, je donnai de l'éperon à mon cheval, et, grâce à Dieu, je passai librement, sansélre remarqué.

Je me rendis avec toute la célérité possible à Palombara, chez le signor Giovambattista Savcllo. De là, je renvoyai à messer Giovanni son cheval, mais sans lui dire où j'étais.

Le signor Giovambattista, après ni' avoir fêté pendant deux jours, me conseilla de m1 éloigner et de me réfugier à Naples, eu attendant que la fureur du pape fût calmée. Il me procura un guide qui me mit sur la route de Naples.

En chemin, je rencontrai un sculpteur do mes amis, qui allait à San~Germuiio du mont Casino terminer le mausolée de Pierre de Médicis. Ce sculpteur s'appelait le Solosnieo (1). Il m'apprit que, le soir de l'événement, le pape avait envoyé un de ses camériers chercher des nouvelles de Tobbia. Le camérier ayant rapporté au pape qu'il avait trouvé Tobbia travaillant, et, loin qu'il lui fut arrivé quelque chose, ignorant même ce qui s'était passé, il dit h Pompco : — « Tu es un misérable, mais je te pro-

(I) Antonio Solosmeo, de Seltignaue, tfèvr do Sansofino, acheva le tombeau de Pierre de Médicis , à l'exception des grandes figures , qai forent exécutées par Franreeeo da San-Gallo et le Napolitain MaUeo de Quaranla. Hardi , facétieux , mauvaise langue , et surtout ennemi du Bandiaelli, il dut parfaitement sympathiser avec Benvenoto.

( .Vole iê rdaUtfost ikMame. )

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