‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 57 sur 285 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

(este que lu as piqué un serpent qui te mordra et qui le Imitera suivant ton mérite. » — Clément se tourna en* toile vers le cardinal de xMédicis, et lui recommanda de s'inquiéter un peu de moi, attendu que pour rien au monde il ne voudrait me perdre. — Cependant le Solosmeo et moi nous continuâmes de cheminer, en chantant, ?ers le mont Casino, avec l'intention d'aller à Naples. Kn effet, dès que Solosmeo eut examiné les travaux qui l'attendaient au mont Casino, nous poursuivîmes notre route.

A un demi-mille de \ a pies, nous fûmes accostés par un hôtelier, qui nous invita a descendre chez lui,' en nous disant qu'il avait passé plusieurs années à Florence, cher. Carlo Ginori, et que, si nous voulions choisir son auberge, nous y serions admirablement traités, en notre qualité de Florentins. Nous répondîmes plusieurs fois & cet homme par on refus; mais, tantôt devant nous, tantôt derrière, il oe nous lâchait pas, et répétait sans cesse son même refrain. Knuuyé de ses importunités , je lui demandai s'il ne saurait me donner des renseignements sur une certaine femme nommée Béatrice , qui avait avec elle une jolie fillette appelée Angelica. J'ajoutai que toutes deux étaient courtisanes. — « Que la peste crève les courtisanes et ceux qui les courtisent!» — s1 écria mon hôtelier, convaincu que je me moquais de lui; et là-dessus, paraissant bien décidé à nous quitter tout à fait, il donna de l'éperon à son cheval. Je croyais m1 être débarrassé de cet imbécile , mais c'était avec regret , car le souvenir de ma passion pour Angelica s'était réveillé. J'en causais avec Solosmeo , non sans pousser quelques soupirs amoureux, lorsque nous vîmes revenir, à bride abattue, notre hôtelier. — u II y a deux ou trois jours, nous dit-il, quand il fut près de nous, que, dans une maison voisine de mon hôtellerie, sont venues loger une femme et une jeune fille

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dont les noms sont bien ceux que vous m'avez dits, mais je ne sais si elles sont de Sicile ou de tout autre pays. » — u Ce nom d'Angelica, lui répondisse, a tant de pouvoir sur moi, que je consens a aller chez toi, quoi qu'il arrive. - — Nous entrâmes donc avec lui dans la ville de Naples, et nous descendîmes à son auberge. Les minutes me semblaient des siècles : aussi me rajustai-je à la hâte pour courir dans cette maison que F hôtelier m1 avait indiquée a côté de la sienne. J'y trouvai mon Angelica, qui me prodigua toutes les caresses les plus passionnées que Ton puisse imaginer. Depuis vingt -deux heures jusqu'au lendemain matin , je goûtai avec elle des plaisirs qui n'eurent jamais leurs pareils. Pendant que j'étais plongé dans ces ineffables jouissances, je m'aperçus que ce jourlà même expirait le mois qui m'avait été fixé, dans le cercle du nécromant, par les démons. Que les hommes qui ont recours a eux jugent à quels dangers incalculables j'ai échappé!

J'avais par hasard dans ma bourse un diamant que je montrai aux orfèvres. Malgré ma jeunesse, j'étais tellement connu à Naples pour un homme de quelque talent , que je trouvai l'accueil le plus gracieux, surtout chez un digne joaillier nommé messer Domenico Fontana. Pendant trois jours que je restai à Naples, ce brave homme abandonna sa boutique pour m' accompagner et me montrer les antiquités de la ville et des environs. De plus , il me présenta au vice-roi de Naples, qui lui avait témoigné le désir de me voir. Son Excellence me reçut de la manière la plus honorable. Mon diamant ayant frappé ses yeux, elle demanda à l'examiner, et dit que, si je voulais m'en séparer, elle espérait que ce serait en sa faveur. Je le lui mis aussitôt entre les mains en lui déclarant que, le diamant et moi, nous étions à son service. Son Excellence me dit qu'elle serait charmée d'avoir ce brillant, mais

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