LIVRE TROISIKME
qu'elle désirait bien plus encore que je m'établisse à sa cour; et elle ajouta que j'aurais lieu de me féliciter des conditions qu'elle me réservait. Enfin, après un échange de compliments, nous vînmes à parler de la valeur réelle du diamaut. Son Excellence m'ordonna de lui en demander le juste prix. Je le fixai à deux cents écus. Son Excellence me répondit qu'elle croyait que je ne l'avais pas estimé trop haut; mais qu'il serait loin de produire tant <T effet, s'il eût été monté par un autre que par moi, qu'elle connaissait pour le premier joaillier du monde. Je répliquai alors que je ne l'avais pas monté, qu'il ne l'était pas bien, que son éclat provenait uniquement de sa belle qualité, et qu'il gagnerait beaucoup si je le remontais. En même temps, avec l'ongle du pouce, je poussai le diamant, je l'enlevai de son chaton, et, après l'avoir un peu nettoyé, je le remis au vice-roi. Sa surprise fut égale à sa satisfaction , et il me fit aussitôt un billet pour que l'on me payât les deux cents écus que j'avais demandés.
En rentrant a mon auberge, je trouvai une lettre du cardinal de Médicis, qui m'invitait à retourner à Rome en toute hâte et à descendre au palais de sa seigneurie révérendissime. Je lus cette missive à mon' Angelica, qui, avec des larmes d'amour, me supplia de rester a Xaples ou de l'emmener. Je lui dis que, si elle voulait me suivre, je lui confierais les deux cents ducats que j'avais reçus du vice-roi. La mère, qui nous avait épiés, s'approcha alors, et me dit : — « Ben venu lo, si tu veux emmener a Rome mon Angelica, laisse-moi une quinzaine de ducats afin que je puisse accoucher; j'irai vous rejoindre ensuite. » — Je répondis à la vieille ribaude que je lui en laisserais même trente, si elle consentait à m' abandonner mon Angelica. Ainsi d'accord, Angelica me pria de lui acheter une robe de velours noir, parce qu'il était à bon marché à Xaples; j'y consentis, j'envoyai chercher le velours, et je
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le payai. La vieille, me croyant plus coiffé que je ne Tétais, me demanda alors une robe de drap fin pour ellemême, quantité de choses pour ses enfants, et beaucoup plus d'argent que je ne lui en avais offert Je me tour* nai tranquillement vers elie, et je lui dis : — « Ma chère Béatrice, ce que je t'ai offert te suffit-il? » — « Non, » me répondit-elle. — « Eh bien ! si cela ne te suffit pas, loi répliquai-je alors , cela me suffit à moi. >< — Sur ce , j'embrassai mon Angelica, nous nous dimes adieu, elle la larme à l'œil, moi le sourire sur les lèvres, et je partis de suite pour Rome.