CHAPITRE H
Rite. — Biil. — Séjour à Sienne et à Bologne. — Retour i Florence. — Andréa Cellifii ri le musicien Pierino. — Prédiction. — Mort tragique. — Fuite de la maison palrnieHe. — Séjour i Pise. — Maestro Ulivieri délia Cbioatra. » Le Campo-Santo. — Les antiques. — Retour • Florence. — Maladie. — Kncore la flûte.
Dans «e temps-là , mon frère , qui par sa bravoure et son audace devint un des meilleurs soldats de l'admirable Jean de Médicîs, père du duc Gosme, avait quatorze ans environ. Moi , j'étais de deux ans plus Agé que lui. Un dimanche, vers la vingt-deuxième heure, il se trouvait entre la porte San-Gallo et la porte Pinti , et là il avait défié , l'épée à la main , un jeune homme d'une vingtaine d'années. Il le serrait avec tant de vigueur, que, même après l'avoir grièvement blessé, il semblait ne pas vouloir s'arrêter. Parmi les nombreux témoins du combat étaient plusieurs parents du blessé ; lorsqu'ils s'aperçurent que la chose tournait mal, ils s'armèrent de pierres dont l'une atteignit la tète de mon pauvre jeune frère et le renversa à terre comme mort. Je me rencontrais là par hasard, sans amis et sans armes. J'avais crié de toutes mes forces à mon frère de se retirer, qu'il en avait assez fait; mais, dès que je le vis tomber, je saisis son épée, je me plaçai devant lui, et je fis face aux épées cl aux pierres. Je ne le quittai point (Tune semelle jusqu'au moment où quelques vaillants soldats arrivèrent de la porte San-Gallo et nous arrachèrent à ces furieux, en admirant que tant de valeur fût unie à une si grande jeunesse. Je portai mon frère demi-mort à
±ii MÉMOIRES DE BENVENLTO CKLLIM.
la maison , où il ne reprit ses sens que bien difficilement. Lorsqu'il fut guéri, les Huit, qui déjà avaient condamne nos adversaires à un bannissement de plusieurs années, nous exilèrent aussi pour six mois à dix milles de la ville. Je dis alors à mon frère : — « Viens avec moi, » — et nous nous séparâmes de notre pauvre père, qui, à défaut d'argent qu'il n'avait pas, nous donna 6a bénédiction.
J'allai à Sienne trouver un galant homme que Ton appelait maestro Francesco Castoro. Déjà, lorsqu'une autre fois je m'étais enfui de la maison paternelle , j'avais deincuré quelques jours chez cet honnête orfèvre, jusqu'à ce que mon père m'y eût envoyé chercher : aussi Francesco me reconnut-il et m'employa-t-il de suite. Dès que je me fus mis à l'œuvre , il me donna une maison pour tout le temps que je devais passer à Sienne. Je m'y retirai avec mon frère, et j'y travaillai plusieurs mois; mon frère avait quelque teinture des lettres latines ; mais il était si jeune , qu'il n'avait pas encore l'amour de l'étude et ne songeait qu'à s'amuser.
A la prière de mon père, le cardinal de Médicis, qui plus tard fut pape sous le nom de Clément VII , obtint notre rappel à Florence. Un certain élève de mon père, poussé par sa propre méchanceté, conseilla au cardinal de m' envoyer à Bologne, pour me perfectionner sur la flûte, à l'école d'un grand maestro, nommé Antonio, lequel était vraiment habile dans son art. Le cardinal dit à mon père que, s'il y consentait, il me donnerait des lettres de recommandation et de crédit Mon père mourait d'envie de voir ce projet réalisé, et comme moi, de mon côtéT* j'avais le désir de courir le monde , je partis sans peine.
Arrivé à Bologne, je me mis à travailler avec maestro Brcole del Piffero, et je commentai à gagner de l'argent, ce qui toutefois ne m'empêchait pas d'aller chaque jour à ma leçon de musique. En peu de semaines, je lis beaucoup de