‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 92 sur 285 · LIVRE QUATR1KMK. MJft · texte numérisé non relu

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que je les vis, je m'écriai : — u Voilà le signe de ma délivrance! » — u Abstiens-toi de jamais penser à cela , fienvenuto, » me dit alors ce jeune homme à cerveau étroit. — « Emporte tes joyaux, lui répondisse, car, dans celte sombre caverne, je ne saurais voir assez clair pour apprécier la qualité d'une pierre. Quant à sortir de cette prison, la journée ne s'écoulera pas sans que vous veniez m'en tirer; il faut qu'il en soit ainsi, vous ne pouvez l'empêcher. » — Il sortit, me fit renfermer et s'éloigna. Au bout de plus de deux heures, il revint, sans escorte armée, accompagné seulement de deux jeunes gens, qui m'aidèrent à marcher. U me conduisit dans la grande chambre que j'avais déjà occupée en 1538, et on m'accorda toutes les aises que je réclamai.

Peu de jours après, le gouverneur ne put résister à la violence de sa maladie, et quitta ce monde en croyant qu'on m'avait rendu la liberté. Il eut pour successeur messer Antonio Ugolini, son frère, qui lui avait persuade que j'étais sorti de prison. Le pape , d'après ce que j'ai entendu dire, enjoignit à messer Antonio de me laisser dans ma nouvelle prison jusqu'à nouvel ordre.

Messer Durante de Brescia et ce soldat , ex-garçon apothicaire à Prato, dont j'ai parlé plus haut (I) , se concertèrent pour mêler à ma nourriture un poison qui causât ma mort en quatre ou cinq mois. Us imaginèrent de se servir de diamant pilé. Cette pierre n'a rien de vénéneux en soi ; mais, a l'opposé des autres pierres qui, en se pulvérisant, perdent leurs angles et s'arrondissent, le diamant, grâce à son indicible dureté, conserve toujours des pointes très-aiguës. Pendant le travail de la digestion , ces particules s'attachent aux parois de l'estomac et des intestins ; puis, chassées peu à peu en avant par les aliments qu'on

I Voy. ehap. IV.

Ntf MÉMOIRES DE BENVEMOTO CELLINI.

introduit dans l'estomac, elles finissent, au bout de quelque temps, par percer les parois auxquelles elles adhèrent, ce qui entraîne inévitablement la mort Le verre, au contraire, ou toute espèce de pierre autre que le diamant, ne peut s'arrêter et suit la môme route que les aliments. Mener Durante donna donc un diamant d'une faible valeur à un des gardes du château, qui, dit-on, chargea on de mes grands ennemis, Lioue Lioni (1), orfèvre arétin, de le pulvériser. Comme Lione était très-pauvre et que la pierre valait quelques dizaines d'éeus, il remit au garde une autre poudre, en lui disant que c'était celle du diamant qu'on devait m' administrer. Un vendredi matin , on jeta cette poudre dans tous les mets qu'on me servit , dans la salade, les ragoûts et la soupe. Je mangeai de bon appétit, car la veille, qui était un jour de fête, j'avais jeûné le soir. le sentis bien craquer quelque chose sous mes dents, mais j'étais loin de soupçonner la scélératesse de mes ennemis. Après mon repas, je vis briller, sur un peu de salade que j'avais laissée dans mon assiette, de très-petits grains qui, lorsque je les regardai près de la fenêtre , me rappelèrent le craquement extraordinaire que j'avais remarqué pendant que je mangeais. Après avoir bien examiné ces petits fragments, autant que mes yeux pouvaient en juger, je restai persuadé que c'était du diamant pilé. Aussitôt j'en conclus que j'étais mort

Convaincu que j'étais perdu sans ressource , je me mis à prier dévotement, et, pendant une heure entière, je re-

( l) Lione Llonl d'Areiao n'avait , è l'époque dent parie Benvenuto, ni la répwtutioe ai le haut crédit dont il commença a jeoir vera 1« milieu 4e m via ; car, en 1640. il fut condamné à perdre une main poor avoir batta an joaillier do pape. Sa peine fut cemmnée en celle dea galère*. Il fol gracié au boot d'an an. Il exécuta one foule de statnea et de nmdallUt poer Charte* - Quint , «.ni le récompeuea en le nommant chevalier et en loi donnant one maison è Milan. Lione J fiia m demeure et y forma nne magnifique collection d'objet* d'art. — Yovei Vaaari, Vie île lione Lioni, t. IX , p. S04 et aoivantea.

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