‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 94 sur 285 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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H faut que je retourne on peu en arrière pour que Ton comprenne certains faits que je rapporte dans mon Capûtob (1).

Parmi les amis dont j'eus la visite pendant mon séjour chez le cardinal Cornaro et dans le jardin secret du pape, il y avait un caissier de messer Bindo Altoviti , nommé Bernardo Galluzzi. Je lai avais confié la valeur de quelques centaines (Técus. Ce jeune homme vint me trouver dans ta jardin secret du pape et voulut me rendre tout ce qu'il avait à moi. Je lui dis que mon argent ne pouvait être en meilleures mains ni en lieu plus sûr. Il semblait avoir de h répugnance à le garder; mais je F y contraignis presque de force. Lors de ma sortie définitive du château , le

") Voir !• Mie p. 896.

ait MÉMOIRES DE BENVENITO CELLIM1

pauvre garçon s'était ruiné : je perdis donc tout ce que ji* possédais.

Je relaterai encore ici qu'en prison j'eus un songe terrible, pendant lequel un être mystérieux me traça sur le front, avec une plume, des paroles de la plus haute importance, en me recommandant trois fois de ne point les révéler. A mon réveil, je sentis que mon front était contaminé. Du reste, j'ai consigné dans mou Capitolo plusieurs prodiges de ce genre. Tout ce qui arriva au signor Pier Luigi me fut également prédit d'une manière si claire et si exacte que je pensai qu'un ange seul avait pu me parler ainsi.

Je ne veux pas non plus passer sous silence la chose la plus étonnante qui soit jamais arrivée à un homme. Je la rapporte, afin de prouver que Dieu daigna me choisir pour confident des secrets de sa providence. Qu'on sache donc qu'après la vision que j'ai racontée il me resta sur la tête une lueur miraculeuse qui a été parfaitement vue par le petit nombre d'amis à qui je l'ai montrée. On l'aperçoit sur mon ombre, le matin, pendant deux heures, à compter du lever du soleil, surtout quand le gazon est couvert de rosée, et le soir au coucher du soleil. Je la remarquai eu France, à Paris, où on la voyait beaucoup mieux qu'en Italie, parce que dans ce pays l'air est plus souvent chargé de vapeurs. Je puis cependant la voir et la montrer aux autres en tous lieux, mais toutefois moins distinctement qu'en France.

Maintenant je vais rapporter le Capitolo que je composai eu l'honneur de la prison pendant ma captivité. Je poursuivrai ensuite le récit des événements heureux et malheureux qui ont marqué et qui marqueront le cours de ma vie.

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