‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 98 sur 285 · LIVRE CINQUIÈME. Ml · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. Ml

je repartis pour Rome et j'emmenai Ascanio avec moi. Pendant la route nous parlâmes si bien du métier, que je brûlais du désir d'être a Rome pour aborder la besogne.

Dès que nous fûmes arrivés, je me disposai à travailler. Avant mon emprisonnement, j'avais commencé pour le cardinal un bassin d'argent et une magnifique aiguière. Je retrouvai le bassin et je chargeai Pagolo de l'achever. Quant à l'aiguière, elle m'avait été volée avec une foule d'autres objets de grande valeur, de sorte que je la recommençai. Elle était couverte de figures en ronde bosse et en basrelief. Le bassin , orné aussi de figures en ronde bosse et de poissons en bus-relief, était à la fois si splendide et de si bon goût, que tous ceux qui le voyaient, ne sa* vaient ce qu'ils devaient le plus admirer, de la vigueur du dessin, de la richesse de l'invention ou de l'habileté des ouvriers.

Le cardinal venait chez moi au moins deux fois par jour avec messer Luigi Alamanni et messer Gabriello Cesaoo. Nous passions ensemble quelques heures dans de joyeuses causeries. Bien que je fusse surchargé de travaux, le cardinal ne cessait de me commander de nouveaux ouvrages. Il me donna à faire son cachet épiscopal fa la grandeur de la main d'un enfant de douze ans. J'y gravai en creux deux petits sujets dont l'un représentait saint Jean prêchant dans le désert, et l'autre saint Anibroise à cheval et chassant à coup de fouet les Ariens. Ces compositions étaient si hardiment rendues, le dessin était si correct et l'exécution si parfaite, que chacun disait que 1 avais surpassé le grand Laulizio, qui cultivait exclusivement cette branche de l'art. Le cardinal était si fier de ce cachet, qu'il se plaisait à le comparer aux sceaux des autres cardinaux de Rome, qui étaient presque tous de la main de Laulizio.

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Le cardinal me demanda aussi le modMe d'une salière qui ne ressemblât en rien a ce qui s'était fait jusqu'alors dans ce genre. Messer Luigi Alamanni et messër Gabriello Cesano débitèrent à ce propos une foule de belles choses. Le cardinal, auditeur fort bénévole, enchanté des dessins que ces deux habiles gens avaient tracés en paroles, se tourna vers moi et me dit : — « Bcnvenuto mio, le projet de messer Luigi et celui de messer Gabriello me plaisent tant l'un et l'autre, que je ne sais -auquel donner la préférence. Comme c'est toi qui dois exécuter, je te laisse libre de choisir. » — « Signori, répliquai-je alors, vous savez quels personnages importants sont les fils des rois et des empereurs , vous savez quelle merveilleuse et divine splendeur entoure leurs personnes, néanmoins demandez a un pauvre et humble berger s'il a plus d'amour pour les fils de rois que pour les siens propres , à coup sûr il vous répondra qu'il aime mieux sa progéniture. Et bien ! j'ai la même affection pour les enfants de mon art : ainsi le premier que je vous montrerai, monsignore révérendissime, sera donc mon ouvrage et de mon invention. Bien des choses superbes en paroles sont souvent loin d'être belles quand on les exécute. » — Puis, me tournant vers messer Luigi et messer Gabriello, j'ajoutai : — « Vous avez parlé, et moi j'agirai. » — Messer Luigi Alamanni sourît et m'adressa quelques compliments, auxquels sa beauté et la suavité de sa voix ajoutaient un nouveau charme. Messer Gabriello Cesano était tout l'opposé : ses paroles s'accordaient parfaitement avec sa laideur et son extérieur disgracieux.

Messer Luigi avait proposé de faire Vénus et Cupidon avec une foule de galanteries analogues au sujet, et messer Gabriello, la femme de Neptune , Âmphitrite , entourée de tritons et de quantité de choses magnifiques à décrire, mais non à exécuter. Quant à moi, je plaçai sor

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