‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 108 sur 183 · îl · texte numérisé non relu

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leurs confrères, no peut former aucun préjugé contre la décision , de même que leur opposition dans un concile n'aurait aucune force contre le suffrage du très- grand nombre.

Les évoques, établis par Jésus-Christ pour enseigner, ne sont pas les maîtres de s'assembler toutes les fois qu'ils le jugeraient nécessaire; le gouvernement de l'Eglise serait donc très-défectueux si elle ne pouvait déclarer sa croyance autrement que par la décision d'un concile. Peut-elle parler plus hautement que par l'organe de son chef, auquel tous les évoques sont censés unis de croyance, dès qu'ils ne réclament pas? Si la décision leur paraissait fausse, leur silence serait une prévarication et un piège inévitable d'erreur pour les ûdèles. Voy. Constitution.

Bulle In cœna Domini. On appelle ainsi une bulle qui se lisait publiquement à Home tous les ans , le jour du jeudi-saint, par un cardinal-diacre, en présence du pape, accompagné des autres cardinaux et des évoques; on ne sait pas quel en est le premier auteur. — Celte bulle porto la peine d'excommunication contre tous les hérétiques, los contumaces et les réfraclaircs qui désobéissent au saint-siège. Après la lecture, le pape prenait un llambcau allumé cl le jetait dans la place publique, pour marque d'anathème. — Dans la bulle de Paul III, de l'an 1536, il est dit au commencement que c'est une ancienne coutume des souverains ponlifes de publier colle excommunication le jour du jeudisaint, pour conserver la pureté de la religion chrétienne, et pour entretenir l'union en ire les fidèles; mais on n'y voit pas l'origine de celte cérémonie. — Les censures de la bulle In cœna Domini regardent principalement los hérétiques cl leurs fauteurs, los

pirates et los corsaires, ceux qui falsifient los bulles cl les autres lettres apostoliques ; ceux qui maltraitent les prélats de l'Eglise ; ceux qui troublent ou veulent restreindre la juridiction ecclésiastique , même sous prétexte d'empêcher quelques violences, quoiqu'ils soient conseillers ou procureurs généraux des princes séculiers, soit empereurs, rois ou ducs; ceux qui usurpent les biens de l'Eglise, etc. Ces dernières clauses ont donné lieu à plusieurs théologiens et aux jurisconsultes de soulenir que celle bulle tendait à établir indirectement le pouvoir des papes sur le temporel des rois. Tous les cas dont nous venons de parler y sont déclarés réservés; en sorle que nul prêtre n'en puisse absoudre, si ce n'est à l'article de la mort.

Le concile de Tours, en 1510, déclara la bulle In cœna Domini insoutenable à l'égard de la France ; nos rois ont souvent fait protester contre celle bulle, en ce qui regarde leurs droits , ceux de leurs officiers, et les libertés de l'Eglise gallicane. En 1580, quelques évoques , pendant le temps des vacations du parlement, voulurent faire recevoir dans leurs diocèses la bulle In cœna Domini. Le procureur général en forma sa plainte ; le parlement ordonna que tous les archevêques et évéques qui auraient reçu cette bulle, et ue l'auraient pas publiée, eussent à l'envoyer à la cour ; que ceux qui l'auraient fait publier fussent ajournés, et leur temporel saisi; que quiconque s'opposerait à cet arrêt fût réputé rebelle et criminel de lèsemajesté. ( Mézorai , Histoire de France sous le règne de Henri III.) — Le pape Clément XIV a suspendu la publication de celle bulle on 1773 ; il est à présumer que la crainte d'indisposer les souverains empêchera cette publication dans la suite.

Bulle Unigenilus. Voy. Umgenitus.

CABALE ou plutôt CABBALE, mol hébreu qui signifie tradition. Sous ce nom, les Juifs oui formé une vaine science qui n'est qu'un ùssu de rêveries. Nous n'en parlons que pour en faire comprendre l'absurdité, et pour réfuter une accusation fausse, intentée à ce sujet contre les Pères de l'Eglise. Voici, selon l'opinion delà plupart des savants, quelle a été l'origine de la cubbale.

Les Cbaldécns, qui ne pouvaient comprendre qu'un seul Dieu fût l'auteur de lotis les phénomène! de la nature, du bien cl du mal qui en arrivent aux hommes, imaginèrent une multitude d'intelligences, de génies ou d'esprits, les uns bons, les aulres mauvais, auxquels ils attribuèrent lout ce qui arrive ici-bas. Us se persuadèrent que L'homme pouvait entrer en commerce avec eux , se concilier la bienveillance des bons esprits , et p ir leur secours vaincre ou écarter fin— lluince des génies malfaisants. Telle a été ,

chez tous les peuples l'origine du polylhéisme , du culte rendu à de prétendus dieux inférieurs.

Pour invoquer le secours dos bons génies, pour gagner leur affection, il était essentiel de savoir leurs noms ; l'on en forgea, et l'on crut que la prononciation de ces noms avait la force d'évoquer les bons génies, de les faire agir, de mettre en fuite les mauvais esprits. De là vient la superstition des mots efficaces , par lesquels on croyait pouvoir opérer des prodiges, la confiance aux talismans ou aux médailles sur lesquels ces mots mystérieux étaient gravés, clc. Ainsi la combinaison des lettres de l'alphabet et des nombres d'arithmétique, les différentes manières do tourner et décomposer un mot, devinrent un art auquel s'appliq lièrent sérieusement les esprits curieux et crédules. — On ne peut guère douter que les Juifis n'aient fondé sur ce préjuge L'opinion qui régie parmi eux que Ifl

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prononciation du mot hébreu de Dieu peut opérer des miracles ; de là encore la superstition qu'ont eue leurs docteurs d'en changer les points voyelles, pour que la vraie prononciation de ce mot fût ignorée, de l'appeler ineffable, etc. Us ont forgé un art prétendu de décomposer les mots de l'Ecriture sainte , de trouver la valeur numérique des lettres , de fonder là-dessus des mystères et des dogmes qu'ils croient sérieusement. Leurs sephirols ne paraissent être autre chose qu'une liste et une généalogie des intelligences ou des génies, selon la méthode des Chaldéens.

Comme Platon admettait aussi des génies ou dieux inférieurs pour gouverner le monde, et que Pythagore attribuait aux nombres une vertu merveilleuse, les premiers philosophes qui eurent connaissance du christianisme Grent un mélange des idées chaldéennes, judaïques et platoniciennes, et voulurent y accommoder les dogmes prêches par les apôtres. De là les e'ons des valentiniens, la prétendue science cachée des gnosliques, la magie, dont la plupart des anciens hérétiques firent profession. Cet entêtement se perpétua parmi les philosophes éclectiques du m6 et du ive siècle; il se renouvela lorsque les Arabes apportèrent en Europe la philosophie de Pythagore et de Platon; l'on a vu même dans le xvn* siècle des hommes qui avaient entrepris de faire revivre les folles imaginations des cabalis'es juifs.

Ainsi s'est formée, selon la plupart des critiques, la cabbale des juifs. Plusieurs protestants, comme Basnage, Mosheim, Brucker, n'ont pas manqué d'observer que le génie cabalistique, né en Egypte chez les esséniens et les thérapeutes juifs , se glissa promptement dans le christianisme; que les différentes sectes en étaient infeclées, que les Pères de l'Eglise même ne surent pas s'en préserver. De là, disent ces profonds raisonneurs, est venu le goût des Pères pour les interprétations allégoriques de l'Ecriture sainte; de là sont nées les opinions philosophiques qui, de siècle en siècle, ont été mêlées avec la théologie chrétienne. Pour pousser eetle belle idée jusqu'où elle peut aller, il restait aux incrédules à dire que Jésus- Chrisl lui-même a suivi le goût cabalistique, en se servant de paraboles pour instruire le peuple, et que l'auteur de l'Apocalypse en a donné des leçons, c. xm, v. 18, en nous invitant à compter les lettres et les chiffres du nom de la bête.

Un savant de l'Académie des inscriptions, Mérn,, t. X11I, m-12, p. 58, a parlé plus sensément de la cabbale juive et de son origine ; Mosheim et Brucker auraient dû profiter de ses réflexions. Le tableau qu'il a tracé de celte folle science est des plus énergiques. « Principes faux ou incertains, dit-il, maximes superstitieuses , interprétations arbitraires, allégories forcées, abus manifestes des livres saints, mystères recherchés dans les événements, dans les objets réels et dans les symboles; vertus attribuées à des jeux d'imagination sur les mots, sur les lettres, sur les Dombres ; attention a consulter le-»

astres, commerce prétendu avec les esprits, récits fabuleux, histoires ridicules : tout y respire l'imposture et la séduction. » L'on nous dispensera de croire que les meilleurs esprits de l'antiquité les philosophes chaldéens et égyptiens, Pythagore et Platon, et surtout les Pères de l'Eglise, ont été tous entêtés plus ou moins de ce chaos d'absurdités.

— En effet, le docte académicien s'attache à \es en disculper. 11 fait voir que la cabbale juive n'a qu'un rapport très-éloigné et trèsimparfait avec les idées astrologiques des Challéens, avec les nombres de Pythagore, avec les abraxas ou talismans des basilidsens ; que les éom de Valentin ressemblent encore moins aux séphirots de la cabbale qu'aux générations divines de Sanchoniathon. Nous ajoutons que l'on peut retrouver les mêmes erreurs et les mêmes préjugés chez les Indiens, chez les Chinois, mému chez les sauvages de l'Amérique ; sans doute ces derniers ne sont pas allés les chercher en Egypte. C'est un entêtement ridicule de vouloir trouver dans un seul lieu de l'univers la source des opinions vraies ou fausses qui viennent naturellement dans l'esprit de tous les peuples. — 11 observe très-judicieusement que le goûl des anciens pour les symboles, les hiéroglyphes, les allégories, est venu de la nécessité, de la tournuredei'imaginalion des Orientaux, et non du dessein de cacher la vérité au vulgaire, comme nos philosophes modernes l'ont rêvé ; qu'il n'est pas étonnant que les Pères de l'Eglise, et même les écrivains sacrés, se soient conformés à ce goût dominant ; tous les savants et tous les sages étaient forcés d'y avoir égard, puisque autrement ils n'auraient pas pu se faire écouter. Croirons-nous que les Péruviens et d'autres peuples de l'Amérique se sont servis d'hiéroglyphes au défaut d'écriture, afin de ne pas être entendus de tout le momie '!

— Le savant académicien prouve que la cabbale n'est pas ancienne, même parmi les juifs ; vainement on a cru en trouver des vestiges et un faible commencement dans le Talmud, compilé au vi siècle; alors les juifs ne cultivaient point d'autre science que celle de leur religion ; ainsi la cabbale n'a pu naître chez eux que vers le x' siècle. En effet, le rabbin Haï Gaon, mort l'an 1037 ou 1038, est le premier auteur dans les ouvrages duquel la cabbale soit clairement énoncée. Ou doil en conclure que les premières semences de cet art ridicule sont venues des philosophes arabes, et qu'elles ont été communiquées aux Juifs dans le temps que ceux-ci vivaient sous la domination des Sarrasins, par conséquent dans les vm', ixe et x' siècles. C'est depuis cette époque seulement que les Juifs ont commencé à cultiver les sciences profanes, en particulier l'astrologie et la grammaire.

Ainsi se trouvent détrui!es, par des preuves positives, toutes les fausses conjectures des critiques protestants, et leur pompeux système touchant les effets contagieux de la philosophie orientale, dans laquelle ils ont cru trouver l'origine de toutes les opinions

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de l'univers , vraies ou fausses ; système éblouissant au premier coup d'œil, el soutenu d'un grand appareil d'érudition, ma's dont le fond ne porte sur rien.

CADAVHE. Selon la loi des Juifs, quiconque avait touché un cadavre était souillé ; il devait se purifier avant de se présenter au tabernacle du Seigneur (Num. xix, 11 et suiv.). Quelques censeurs des lois de Moïse ont jugé que cette ordonnance était superstitieuse-, il nous paraît au contraire qu'elle était très-sage. 1° G était une précaution contre la superstition des païens, qui interrageaient les morts pour apprendre d'eux l'avenir ou les choses cachées ; abus sévèrement interdit aux Juifs {Deut. xviiî, 11), mais qui a régné chez la plupart des nations. La coutume qu'avaient les Egyptiens de conserver les momies pouvait y donner lieu, et ce n'était pas un exemple à imiter. 2° Celle loi tendait à inspirer plus d'horreur pour le meurtre. Quand on sait combien ce crime est commun chez les peuples mal policés, on n'est pas tenté de blâmer un législateur qui prend tous les moyens possibles pour le prévenir. Dans les climats aussi chauds que la Palestine, il y a du danger à garder longtemps an cadavresans luidonnerlasépuîture; il était donc très à propos d'engager les Juifs à ensevelir promptement les morts et à se purifier après les avoir touchés. Depuis que les mahométans ont négligé de prendre les mêmes précautions et d'observer la même propreté que les Juifs et le< Egyptiens, l'Asie et l'Egypte sont devenus le foyer de la peste. Si l'on connaissait mieux les anciennes mœurs, les dangers relatifs aux climats, les erreurs et' les désordres dont Moïse était environné, on n'aurait plus la témérité de blâmer aucune de scs lois*

CAIANISTES. Voij. Mon iphysites.

CAIN, fils aîné d'Adam, et meurtrier de son frère Abel. L'indulgence avec laquelle Dieu traita ce malheureux après son crime est digne d'attention ; elle a été remarquée par plusieurs Pères de l'Eglise. Déchiré par les remords, tremblant pour sa propre vie, Cain était prêt à se livrer au désespoir; Dieu daigne le rassurer, et se contente de lui faire expier son crime par une vie errante. Ce trait de miséricorde et une infinité d'autres que rapportent les livres saints, étaient nécessaires sans doute pour donner aux pécheurs des espérances de pardon, et pour les empocher de devenir plus redoutables par les fureurs du désespoir.

C'est donc très-mal à propos qu'un incrédule moderne a été scandalisé de l'indulgence avec laquelle Dieu a traité le fratricide. Ce crime ne demeura pas impuni, puisque le coupable fut condamné à mener une vie errante sur la terre. — Il demande comment Cain pouvait dire pour lors : Quiconque me trouvera me tuera [Gen. îv, IV). C'est l'expression de la frayeur. Il est incertain si Adam n'avait pas déjà un grand nombre d'enfants, si Abel même n'en avait pas laissé; Cain pouvait donc redouter la vengeance de ses neveux, ou plutôt il parait évident que

l'an 130 du monde, peu avant la naissance de Seth, Adam et Eve avaient eu un grand nombre d'enfants el de pelils-enfan's dont l'Ecriture ne parle point. Quant à ce que dit Josèphe, que Cain devint chef d'une troupe de briginds, c'est une conjecture qui n'est point fondée sur l'histoire sainte, el qui ne mérite aucune attention. Dès ce moment le nom de Cain n'est plus prononcé dans l'Ancien Testament.

Il est dit que Dieu lui imprima un signe pour empêcher qu'il ne fût tué; quelques auteurs se sont persuadé que Dieu avait changé la couleur du visage de Cain, l'avait rendu noir, que de là est venue la race des nègres. C'est une vaine imagination ; ces écrivains ne se sont pas souvenus qu'à l'époque du déluge universel toute la race humaine a été formée de la postérité de Noé. De là un incrédule de nos jours a pris occasion de déclamer contre les commentateurs des livres saints; mais faut-il attribuer aux commentateurs en général la méprise d'un ou de deux particuliers? Quelques interprètes traduisent ainsi le texte hébreu: Dieu fil un signe ou un miracle devant Caïn, pour l'assurer qu'il ne serait pas tué. D'autres : Dieu disposa l'avenir pour Caïn, de manière qu'il ne fût pas tué par quicon'/ue le rencontrerait. Un écrivain quï entend très-bien l'hébreu a donné récemment des réponses solides à d'autres objections que l'on peut faire contre l'histoire de Cain. {Réponse critique, etc., t. IV, p. 1.)

CA1NITES, hérétiques du ir siècle, qui rendaient des honneurs extraordinaires à Caïn et aux autres personnages que l'Ecriture nous peint comme les plus méchants des hommes, tels que les Sodomites, Esaù, Coré, Judas, etc. C'était une branche des gnosliques, qui joignait aux mœurs les plus corrompues des e:reurs monstrueuses.

Comme ils admettaient un principe supérieur au Créateur, plus sa^e et plus puissant que lui, ils disaient que Caïn était enfant du premier, et Abel une production du second. Ils soutenaient que Judas était doué d'une connaissance et d'une sagesse supérieures ; qu'il n'avait livré Jésus-Christ aux Juifs que parce qu'il prévoyait le bien qui devait en arriver aux hommes; conséquemment ils lui rendaient des actions de grâces et des honneurs, et avaient un Evangile sous son nom; ce qui leur fit donner aussi le nom de judaïtes.— Ils rejetaient l'ancienne loi el le dogme de là résurrection future; ils exhortaient les hommes à détruire les ouvrages du Créateur, el à commettre toutes sortes de crimes; soutenaient que les mauvaises actions conduisaient au salut. Ils supposaient des anges qui président au péché, et qui aident à le commettre; ils les invoquaient et leur rendaient un culte. Enfin, ils faisaient consister la perfection à se dépouiller de tout sentiment de pudeur, et à commettre sans honte les actions les plus infâmes. TerUillien nous apprend qu'ils enseignaient encore des erreurs sur le baptême. — La plupart de leurs opinions étaient renfermée! dans un livre

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qu'ils nommaient V Ascension de saint Paul, où, sous prétexte des révélations faites à cet apôtre, dans son ravissement au ciel, ils enseignaient leurs impiétés et leurs blasphèmes.

Une femme de cette secte, nommée Quinfille, vint en Afrique du temps de Terlullien, et y pervertit plusieurs personnes ; on appela quintillianistes les sectateurs qu'elle forma : il paraît qu'elle ajoutait encore d'horribles pratiques aux infamies des cainites.

On aurait peine à se persuader qu'une secte entière ait pu pousser à cet excès la démence et la dépravation, si ce fait n'était pas attesté par les Pères de l'Eglise les plus respectables ; mais saint Irénée, Terlullien, saint Epiphane, Théodoret, saint Augustin, en parlent de même; et les deux premiers étaient témoins contemporains. Les égarements des fanatiques qui ont paru dans les derniers siècles, rendent croyables ceux que l'on attribue aux anciens. Hornebec, Controv., p. 390, parle d'un anabaptiste qui pensait sur Judas comme les cainites. Lorsque l'esprit est entraîné par la dépravation du cœur, il n'est point d'erreur ni d'impiété dont l'homme ne soit capable.

CALCÉDOINE. Voy. Chaicédoing.

* CALENDRIER REPUBLICAIN. La Convention nationale, usant de sa toute-puissance, voulant, disait-elle, (pie la régénération lût complète, el afin que les années de liberté et de gloire de la nation française marquassent encore plus par leur duiée dans 1 h.sloire des peuples que ses années d'esclavage et d'humiliation dans l'bisloire des rois, abolit le calendrier grégorien pour lui substituer le républicain. Ne tenant compte ni des idées chrétiennes, ni du sentiment de tous les peuples relatif à la division du temps en sept jours, elle divisa l'année en douze mois égaux ebacun de trente jours, et chaque nuis en trois séries nommées décades, cbacune de dix jours. Pour compléter Tannée solaire.il devait y jivo:r chaque année cinq jours supplémentaires qui reçurent ce nom, après avoir d'abord porté celui de sans-ciiloilides. Cnaque quatre ans il y avait un sixième jour supplémentaire nommé la Franciade. Le premier des sans- culolfiJes fui consacré à la Vertu; le 6econd, au Génie; le troisième, au Travail ; le quatrième, à l'Opinion ; le cinquième fut la fêle des Récompenses ; aux années sextiles, le sixième fut la fête de la Révolution.

Comme si on avait voulu tout matérialiser, on attacha aux jours des idées exclusivement matérielles. Ainsi, pour citer un exemple, on eut : Vendémiaire ; primidi, raisin ; duodi, safran ; tridi, châtaigne; quarndi, colchique ; quinlidt, cheval; sexlidi, balsamine; seplidi, carotte; oclidi, amarunlhe; nonidi, panais; décadi, cuve.

Le calendrier républicain avait été composé en hostilité ouverte contre toute idée chrétienne; lorsque Napoléon rétablit le culte catholique en France, il fut impossible de conserver cette division du teiiips. Un décret du 21 fructidor an Xlll lit entièrement disparaître ce calendrier inutile depuis longtemps. (Voy. la Concordance des calendriers répuhlic.iin el grégorien, au loin. 1 |du Dict. de Jurisp. civ. ecclés., art. Calendrier, el Dict. de Chronol., ad culcem, édit. Aligne.)

CALICE, coupe, vase à boire; ce terme est souvent employé par les écrivains sacrés dans un sens métaphorique, fondé sur les anciens usages. Comme on mettait dans une coupe les petites boules, les fèves ou les billels dont on se servait pour tirer au sort,

calice signifie souvent le sort, la portion d'héritage échue à quelqu'un par le sort. Psaume x, v. 7, le feu, le soufre, les vents orageux, seront la portion du calice des impies. Psaume xv, v. 5, il est dit : Le Seigneur est la portion de mou héritage el de mou calice, c'est-à-dire, la portion d'hérilage qui m'esl échue par le sort.

Par une métaphore semblable, les écrivains hébreux emploient , pour désigner l'héritage ou la possession d'un homme, le cordeau ou la perche, avec lesquels on mesurait la portion de chacun des héritiers. Dans le psaume civ, v. 1, le cordeau de votre héritage; dans le psaume lxxiii, v. 2, la verge ou la perche de votre héritage, signifient voire portion, ce que vous possédez. — Dans un aulre sens, alice signifie un breuvage, une potion bonne ou mauvaise; les bienfaits de Dieu sont comparés à une potion douce et agréable, ses châtiments à un breuvage amer qu'il faut avaler. Psaume lxxiv, v. !>, il est dit que le Seigneur tient dans sa main un calice de vin mêlé d'amertume, qu'il en verse de côté et d'autre, que les pécheurs en boiront jusqu'à la lie. Jérémic, chap. xxv, v. 15, dit: Le calice du vit de la colère du Seigneur, etc. — Jésus-Christ demanda à deux de ses apôtres : Pouvez-vous boire le cal ce que je dois avaler (Matth. xx, 22)? Pouvez-vous supporter les souffrances qui me sont réservées ?

L'usage était autrefois, et il subsiste encore parmi le peuple des campagnes, à la fin des repas de cérémonie, de verser aux conviés du vin à la ronde, de boire à la santé les uns des autres, de remercier l'hôte, qui, de son côté, leur répond des choses obligeantes, de se lever ensuite de table , et de rendre grâces à Dieu. Chez les anciens on buvail à la ronde dans la même coupe en signe de fraternité. Conséquemmenl cette coupe et il appelée la coupe de bénédiction ou de souhaits heureux, la coupe d'actions de grâces, la coupe de satiété, calix inebrians; la coupe de santé, parce qu'on la prenait encore pour faciliter la digestion. Prendre la coupe de santé, calicem salutaris, el invoquer le nom du Seigneur (Ps.cxv, v. 13), c'était remercier Dieu de ses bienfaits. Chez les personnes riches, celle coupe était d'or, el quelquefois garnie de pierreries; c'était une marque d'opulence. Le psalmisle s'écrie : « Que ma coupe de satiété est belle 1 Calix meus inebrians, quam prœclarus est ! » Psaume xxn, v. 5: Que mon sort est heureux 1 — Dans les repas destinés à cimenter une alliance, ou à la fin d'un sacrifice, on ne manquai! pas de boire la coupe d'actions de grâces et de bénédictions; c'était alors la coupe d'alliance et d'amitié; dans ceux qui se faisaient après les obsèques d'un mort, c était la coupe de consolation (Jérém. xvi, 7). — Jésus-Christ, après sa dernière cène, daigna faire allusion à ces divers usages : // prit une coupe pleine de vin, la bénit, rendit grâces à Dieu, en fit boire à tous ses apôtres, et leur dit : Ceci est la coupe de mon sang et d'une nouvelle alliance; faites ceci en mémoire de moi, etc.

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[Mat th. xxvi, 28; Luc, xxn, 20). Ainsi, selon l'intention du Sauveur, celle action e.»l un symbole de reconnaissance envers Dieu, el d'action de grâces, d'alliance avec Jésus- Chrisl, de participation à son sacrifice, de fraternité entre les hommes, de san:é pour nos âmes; l'eucharislie ne remplirait pas parfaitement toutes ces significations, si ce n'était rien de plus que la cérémonie faiie par les anciens; encore moins pourrait-elle produire les effets pour lesquels Jésus-Christ l'a instituée.

Calice, se dit particulièrement de la coupe ou du vase dans lequel on consacre le vin de l'eucharistie. Le vénérable Bède pense que le calice dont Jésus-Christ se servit dans la dernière cène était une coupe à deux anses, el contenait une chopine; que ceux dont on s'est servi dans les premiers siècles étaient de la même forme. Plusieurs étaient de bois ou de verre; le pape Zéphirin, ou, selon d autres, Urbain Ier, ordonna qu'on les fît d'or ou d'argent; Léon IV défendit d'employer des calices d'étain ou de verre; le concile de Calchut ou Celcylh en Angleterre renouvela la même défense l'an 787. — Les calices des anciennes églises pesaient au moins trois marcs; l'on en voit dans les trésors et les sacristies de plusieurs églises qui sont d'un poids encore plus considérable. 11 y en a même dont il paraît que l'on n'a jamais pu se servir, à cause de leur volume, et qui sont probablement des dons faits par les princes pour servir d'ornement. Hornius, Lindan ctBeatus Rhénanus disent qu'ils onl vu, en Allemagne, d'anciens calices auxquels on avait ajusté, avec beaucoup d'art,, un tuyau, qui servait aux laïques pour recevoir l'eucharistie sous l'espèce, du vin. Voy. V Ancien Sacramentaire de l'Eglise, par Crandcolas, pag. 92 et 728; Bona, de Rcb. lilurg. , 1. i, c. 25.

L'abbé Rcnaudol, dans sa Collection des liturgies orientales, observe avec raison que l'ancienne coutume de l'E»lise, de consacrer pardes prières et par des onctions les calices et les autres vases destinés à contenir leueharistic, le soin de les renfermer el d'empêcher qu'ils ne servent à des usages profanes, est uneatlestalion assez clairede la croyance générale louchant la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Si on avait regardé ce sacrement du même œil que les calvinistes, on aurait dit la messe comme ils font la cène, avec des vases ordinaires, sans y attacher aucune idée de sainteté ni de respect; mais on n'a tenu celle conduite dans aucune communion chrétienne. 11 prouve que de tous temps les Orientaux ont eu beaucoup de respect pour les calices et les autres vases sacrés ; qu'ils les onl faits d'or et d'argent, autant qu'ils l'ont pu; qu'ils ont des bénédictions et des prières propres pour leur consécration {Lilurg. orient. Cvllect., t. l,p. 102). Celle discipline n'estdonc, pas une nouvelle institution faite par l'Eglise romaine, comme les protestants l'ont prétendu.

CALIXTINS, sectaires qui s'élevèrent en Bohême au commencement du w siècle. On

leur donna ce nom parce qu'ils soutenaient la nécessité du calice ou de la communion sous les deux espèces, pour participer à la sainte eucharistie.

Immédiatement api es le supplice de Jean llus, dit M. Bossuet, on vil deux sectes s'éle- \er en Bohême sous son nom, le< calixlins sous Uoquesane, les tuborites sous Ziska. La doctrine des premiers consistait d'abord en quatre articles Le premier concernait la coupe, ou la communion sous l'espèce du vin : les trois autres regardaient la correction des péchés publics et particuliers, sur laquelle ils portaient la sévérité à l'excès, la prédication libre de la parole de Dieu, qu'ils ne voulaient pas que l'on pût defenire à personne, et les biens de l'Eglise contre lesquels ils déclamaient. Ces quatre articles fur« nt réglés dans le concile de Bâle d'une manière dont les calixtins parurent contents; la coupe leur fut accordée sous certaines conditions donl ils convinrent. — Cet accord s'appela compacium, nom célèbre dans l'histoire de Bohême. Mais une partie des hussites, qui ne voulut pas s'y tenir, commença, sous le nom de taborites, les guerres sanglantes qui dévastèrent la Bohême. L'autre partie des hussites, nommée des calixtins, qui avaient accepté l'accord, ne s'y tint pas; au lieu de déclarer, comme on en était convenu à Bâle, que la coupe n'est pas nécessaire, ni commandée par Jésus-Christ, ils en pressèrenl la nécessité, même à l'égard di s enfants nouvellement baptisés. A la réserve de ce point, ils convenaient de tout le dogme avec l'Eglise romaine, el ils auraient reconnu l'autorité du pape, si Boquesane, piqué de n'avoir pas obtenu l'archevêché de Prague, ne les avait entretenus dans le schisme. - Dans la suite, une partie d'entre eux jugea qu'ils avaient trop de ressemblance avec l'Eglise romaine; ceux-ci voulurent pousser plus loin la réforme, et firent, en se séparant des calixtins , une nouvelle secte, qui fut nommée les frères de Bohême. (Uis!. des Variât., 1. si, n. 1G8 et suiv.)

Le* calixlins paraissent avoir subsisté jusqu'au temps de Luther, auquel ils se réunirent la plupart; et quoique cette secte n'ait jamais été fort nombreuse, on prétend qu'il s'en trouve encore quelques-uns répandus en Pologne. Mosheim pense que les taborites, devenus moins furieux qu'ils ne l'avaient été d'abord, se réunirent au*si à Luther el aux autres réformateurs, membres bien dignes, sans doute, de former une nouvelle Eglise de Jésus-Christ.

Calixtins, est encore le nom que l'on donne à quelques luthériens mitigés qui suivent les opinions de (Jcorgcs Calixte ou Caliste, théologien célèbre parmi eux, qui mourut vers le milieu du xvi * siècle. Il combattait le sentiment de saint Augustin sur la prédestination, la grâce et le libre arbitre; ses disciples sont regardés comme semi pélagiens. Calixte soutenait qu'il y a dans les hommes un certain degré de connaissance naturelle et de bonne volonté, et que, quand ils usent bien de ces facultés, Dieu lie

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