‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 109 sur 183 · CI5 CAL · texte numérisé non relu

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manque pas de leur donner tous les moyens nécessaires pour arriver à la perfection de la vertu, dont la révélation nous montre le chemin. Selon le dogme catholique, au con- Iraire, l'homme ne peut faire, d'aucune faculté naturelle, un usage utile au salut, que par le secours d'une grâce qui nous prévient, opère en nous et avec nous. C'est une maxime universellement reconnue, que le simple désir de la grâce est déjà un commencement de grâce. On prétend que les ouvrages qu'il a laissés sont très-médiocres, malgré les éloges pompeux que lui ont donnés les protestants. Au reste, il était plus modéré que la plupart de ses confrères; il avait formé le projet, sinon de réunir ensemble les catholiques, les luthériens et les calvinistes, du moins de les engager à se traiter mutuellement avec plus de douceur, et de se tolérer les uns et les autres. Ce dessein lui attira la haine d'un grand nombre de théologiens de sa secte; ils écrivirent contre lui avec la plus grande chaleur, et lui reprochèrent plusieurs erreurs. On le regarda comme un faux frère, qui, par amour pour la paix, trahissait la vérité. Mosheim, avec beaucoup d'envie de le justifier, n'a pas osé le faire, ni approuver le projet que Calixie avait formé, aist. ecclés. du xvne siècle, secl. 2, part, ii, c. 1, § 23. Pour plaire aux protestants, il faut déclamer conlre l'Eglise romaine et témoigner pour elle la plus grande aversion. V oy. Syncrétistes.

CALOMNIE, fausse imputation faite à quelqu'un d'un vice, d'une mauvaise action ou d'une mauvaise intention dont il n'est réellement pas coupable. Outre le péché de mensonge qui est la base de ce crime, c'est une injustice qui blesse le prochain dans ce qui lui est le plus cher, dans sa réputation, et souvent nuit à sa fortune. Les calomnies couchées par écrit, rendues publiques par l'impression, sont encore plus odieuses que celles qui se bornent à des discours ; les libelles diffamatoires contre les vivants et les morts méritent des peines afflictives, et ne peuvent être punis trop sévèrement. — Celui, dit l'Ecclésiaste, qui calomnie en secret est un serpent qui mord dans le silence [Eccles. x, il); c'est un homme abominable avec lequ l il ne faut point lier société (Prov. xxiv, 9 et 21). Vous ne calomnierez point votre prochain, vous ne lui ferez point violence (Levit. xix, 13). C'est une loi de l'Ancien Testament, fondée sur les notions naturelles de la justice. — Ne vous accusez point les uns les aitres; celui qui juge ou noircit ton frère manque de respect à la loi (Jac. iv, 11). Renoncez à la malignité, à l'imposture, à la médisance; ne rendez point le mal pour te mal, ni calomnie pour calomnie (/ Pétri, m, 1 ; m, 9). Priez Dieu pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient [Mat th. v, ¥*). tels sont les préceptes de l'Evangile.

Une accusation fausse est aisée à fjrmr, mais très-difficile à réparer : malgré la multitude de calomnies dont tout le monde se plaint, on ne voit point d'exemples de réparations. Saint Paul accuse de ce crime les

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anciens philosophes (Rom. i , 29 et 30). Il serait à souhaiter que les modernes fussent plus attentifs à s'en préserver; mais il n'arrive que trop souvent que ceux qui déclament avec le plus d'amertume contre la calomnie sont ceux qui se la pcroiettent le plus aisément. Ravie, dans sa lettre aux réfugiés, reproche aux calvinistes d'avoir introduit en France des libelles diffamatoires; son Dictionnaire critique n'est presque rien autre chose; mais il n'est aucune de ses calomnies qui n'ait été répétée cl amplifiée par les incrédules d'aujourd'hui.

CALOIER ou CALOGER, calogeri, moine, religieux et religieuse grecs, qui suivent la règle de saint Basile. Les caloyers habitent particulièrement le mont Alhos , mais ils desservent presque toutes les Eglises d'Orient. Ils font des vœux comme les moines en Occident. Il n'a jamais été fait de réforme chez eux ; ils gardent exactement leur premier institut, et conservent leur ancien vêtement. Tavernier observe qu'ils mènent un genre de vie fort austère et fort retiré: ils ne mangent jamais de viande, et outre cela ils ont quatre carêmes, et observent plusieurs autres jeûnes de l'Eglise grecque avec une extrême régularité, lis ne mangent du pain qu'après l'avoir gagné par le travail de leurs mains; il y en a qui ne mangent qu'une lois en trois jours, et d'autres deux fois par semaine. Pendant leurs sept semaines de carême, ils passent la plus grande partie de la nuii à pleurer et à gémir pour leurs pèches et pour ceux des autres.

Quelques auteurs observent qu'on donne paiticulièremenl ce nom aux religieux qui sont vénérables par leur âge , leur retraite et l'austérité de leur vie, et le dérivent du grec x«>ôf, beau, et yùpaç, vieillesse. Il est a remarquer que quoiqu'on France on comprenne tous les moines sous le nom de caloyers, il n'en est pas de même en Grèce; il n'y a que les frères qui s'appellent ainsi ; car on nomme ceux qui sont préires Jéronomaques, ûfovo/xaxot, sacrificateurs. — Les Turcs donnent aussi quelquefois le nom decaloyer à leurs dervis ou religieux.

Les religieuses caloyeres sont renfermées dans des monastères où elles vivent séparément chacune dans leur maison. Elles portent toutes un habit de laine noire et un manteau de même couleur; elles ont la tête rasée, les bras et les mains couverts jusqu'au bout des doigts : chacune a une cellule séparée, et toutes sont soumises à une supérieure ou une abbesse. Elles n'observenlcependant pas une clôture fort régulière, puisque l'entrée de leur couvent, interdite aux prêtres grecs, ne l'est pas aux Turcs, qui y vom acheter de priils ouvrages à l'aiguille faits par ces religieuses. Celtes qui vivent sans être eu communauté, sont pour la plupart des veuves, qui n'ont fait d'autre vœu que de mettre un voile noir sur leur tête, ei de dire qu'elles ne veulent plus se marier. Les unes cl les aut;es vont partout où il leur plaît, ci jouissent d'une assez grande libelle a la faveur de l'habit religieux.

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CALVAIRE, montagne située hors tics murs de Jérusalem, nommée en hébreu Golyollta, crâne ou icte chauve, parce qu'elle était sans verdure; c'est là que Jésus-Christ lut crucifié. Sainte Hélène y fit bâtir une église. H est dit dans l'Evangile , qu'à la mort du Sauveur il se fil un tremblement de terre, et que les rochers se fendirent. Des voyageurs anglais et des historiens irès-insiruiis, Millard, Fleming, Maundrell, Schavv et d'autres attestent que le rocher du Calvaire n'est point fendu naturellement selon les veines de la pierre, mais d'une manière évidemment surnaturelle. « Si je voulais nier, dit saint Cyrille de Jérusalem, que Jésus-Christ ail été crucifié, celle montagne de Golgoiha sur laquelle nous sommes présentement assemblés me l'apprendrait [Calech. 13). »

Dans les premiers siècles de l'Eglise on croyait, sur la foi d'une tradition des Juifs, qu'Adam avait été enterré sur le Calvaire, et que Jésus- Christ avait été crucifié sur sa sépulture, afin que le sang versé pour la rédemption du monde purifiât les restes du premier pécheur. Origène, saint Cyprien, saint Basile, saint Epiphane, saint Alhanase, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise et d'autres, citent celle tradition; saint Jérôme, après l'avoir rejetéc, semble ) être revenu. h'pist. ad Marcdlam. Qu'elle soit vraie ou fausse, peu importe; elle atteste toujours l'opinion que l'on avait dans ce temps-là de l'efficacité el de l'universalité de la rédemption. Calvaibe, chez les chrétiens, est une chapelle de dévotion où se trouve un crucifix, et qui est élevée sur un terlre proche d'une ville, à l'imitation du Calvaire où Jésus-Christ fut mis en croix près de Jérusalem. Tel est le Calvaire du Mont-Valcrien, près de Paris ; dans chacune des sept chapelles dont il est composé, est représenté quelqu'un des mystères de la passion.

Calvaire (Congrégation de Noire - Dame du) (1). C'est un ordre de religieuses qui suivent dans toute la rigueur la règle de Saint-Benoît. — Elles ont été fondées par Antoinette d'Orléans, de la maison de Longneville. Celle dame, veuve à l'âge de vingtdeux ans, de Charles de (iondi, marquis de Belle-lsle, son mari, se relira au monastère des Feuillantines de Toulouse, où elle se fit religieuse en 1G01. Elle fut appelée pour mettre la reforme dans l'ordre de FontevraUlt; elle établit sa demeure dans le monastère de l'Euclotlrc, à deux lieues de Poitiers, où elle fut autorisée à recevoir les filles qui voudraient embrasser une vie plus régulière. — Le P. Joseph, confesseur et agent du cardinal de Richelieu, oblinl le » octobre 1017, avec le consentement de l'abbesse de Fontevrault, un bref de Borne, qui permit à la Mère Antoinette de sortir de l'ordre de Fonlevraull, et de prendre possession d'un couvent que l'évéque do Poitiers venait de lui faire bâtir dans sa ville, et d'y introduire les religieuses qui voudraient la suivre. L'abbesse de Foutevrault interjeta ensuite

(1) Col article est reproduit d'après l'édition de Lieue.

appel du bref du pape. Le roi pril connaissance de cette affaire, et chargea le cardinal de Sourdisde lui en rend recompte. L'abbesse se désista de ses poursuites, et permit à ses religieuses de faire une nouvelle profession. La Mère Antoinette ne vit point la fin de celte affaire, elle élail décédée le 25 avril 1018. Mais le P. Joseph, qui n'avait point perdu de vue le nouvel institut, donna aux religieuses qui voulurent l'embrasser le uom de Filles du Calvaire. Il engagea la reine mère, Marie de Médieis, à leur bâtir une maison près le palais du Luxembourg, ce qui fut exécuté en 1620. Il leur procura, eu 1638, un nouveau couvent dans le Marais : la place fut achetée des deniers de la congrégation, cl le monastère construit par les libéralités du roi, du cardinal de Bichelieu et de madame Combalct, sa nièce, depuis duchesse d'Aiguillon. — Le P. Joseph leur donna des constitutions particulières, qui furent approuvées par le pape Grégoire XV. Par sa bulle il érigea les couvents de Paris, de Poitiers et d'Angers, et tous ceux qui seraient fondés par la suite, en congrégation de l'ordre de Saint-Benoit, sous le titre de Notre-Dome du Calvaire.

Le monastère établi au Marais portait le nom de Crucifixion, pour le distinguer de celui du Luxembourg. La directrice ou générale de l'ordre y résidait ordinairement. — 11 élail gouverné par trois supérieurs majeurs , qui étaient ordinairement des cardinaux et des prélats, un visiteur et une générale. Il était exempt de la juridiction des ordinaires. Les supérieurs majeurs et lient à perpétuité; le vi iteur n'était que pour trois ans, mais il pouvait être continué. La générale n'était non plus que pour trois ans; cependant de chapitre en chapitre on pouvait aussi la continuer, mais celle continuation devait cesser après douze ans d'exercice. Au bout de ce temps, elle devenait la dernière de la communauté pendant un an, el ne pouvait être élue prieure qu'ap:ès trois ans. — Pendant qu'elle exerçait son généralat, elle avait quatre assistantes pour l'aider de leurs conseils. L'une d'elles l'accompagnait dans les visites qu'elle élail obligée de faire de lous les monastères de la congrégation. — Lorsqu'il élail question de la tenue du chapitre général, les prieures des monastères et leur communauté, dans la personne élue par chacune d'elles, avaient le droit d'envover par écrit leurs suffrages au chapitre général. Le visiteur qui présidait ce chapitre avec trois scrutatrices, élues par la communauté où il se tenait, ouvrait les lettres, comptait les suffrages, et déclarait générale, assistantes et prieures, celles qui avaient le plus de voix.

La congrégation dont il s'agit était composée de vingt maisons, dont la première élail à Poitiers : il y eu avail deux, comme nous venons de le dire, à Paris, sept ou huil en Bretagne. Les autres étaient à Orléans, à Cliinon, à Majeure, à Vendôme, à Louduu et à Tours. L'abbaye de la Trinité de Poitiers a été aussi unie à celle congrégation,

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ainsi que le monastère des bénédictines de Baugé. L'hab Ilement des Religieuse* du Calvaire élait une robe de couleur brune, avec un scapulaire noir, qu'elles mettaient sur la guimpe, comme les carmélites déchaussées. Au chœur, elles portaient un manteau noir, et elles étaient déchaussées depuis le 1" mai jusqu'à la fêle de l'Exaltation de la sainte croix. (Extrait du Diction, dr Jurisprudence.) [ Voy. le Dict. des Ord. rtlig. du P. Hélyot, edit Migne. ]

CALVIN (Jean), fondateur de la secte qui porte encore aujourd'hui son non , naquit à Novon, en 1509, et mourut à Genève en 156V. Il y a, dans la conduite de ce célèbre réformateur, des traits de caractère qu'il importe de saisir pour se faire une idée juste du cal- \ iuisme.

lustrait par un des émissaires que Luth, r cl ses associés avaient envoyés en France, il vit que ces réformateurs de la religion n'avaient ni principes suivis, ni corps de doctrine, ni profession de foi, ni aucun règlement fixe de discipline. 11 entreprit de lormer un système complet de théologie conforme à leurs opinions, et il en vint à boni dans son Institution chrétienne, qu'il publia en 1536. — 11 y pose pour principe que la seule règle de foi qu'un fidèle doive consulter est l'Ecriture sainte, que Dieu lui en fait connaîlre la vérité et le vrai sens par une inspiration particulière du Saint-Esprit. La question est de savoir comment on peut distinguer sûrement cette inspiration prétendue d'avec le fanatisme d'un imposteur.

Calvin, retiré à Genève, où Farel et Viret avaient établi les opinions des réformateurs d'Allemagne, commença par s'élever contre un décret du synode de Berne, qui réglait la forme du culte; il se crut mieux inspiré que ce synode. Obligé de se retirera Strasbourg, et ensuite rappelé à Genève, il y acquit un empire absolu, fil un catéchisme, établit un consistoire, régla la forme des prières et des prédications , la manière de célébrer la

cène, ele et revêtit son consistoire du

pouvoir de porter des censures et d'excommunier. Ainsi ce pr.dicanl, après avoir déclame contre l'autorité que les pasteurs de l'Eglise catholique s'attribuaient, usurpa luimême une autorité cent fois plus absolue, à laquelle l'inspiration qu'il accordait à chaque fidèle était obligée de céder. — Le traducteur anglais de Moshcim, qui prétend que Calvin surpassa tous les autres réformateurs eu savoir et en talents, convient qu'il poussa aussi plus loin que les autres l'opiniâtreté, la sévérité et l'esprit turbulent, lom. IV, p. 91, note. Quelles qualités pour un apôtre ! Il jugea lui-même quo le pouvoir qu'il s'était arrogé était exorbitant, puisqu'avani de mourir il conseilla au clergé de Genève de ne point lui donner de successeur. (Spon, Hist. de Genève, lom. 11, p. 3.) Les protestants, qui ne cessent de déclamer contre l'ambition et le despotisme des papes, pardonnent a Calvin de l'avoir porté beaucoup plus loin ; ils l'excusent à cuuse. disentils, de ses services et de ses vertus. Où sont

DCT. or. TllLOL. DOGMATIQUE. I.

donc les vertus de ce fougueux réformateur? Bolsec, carme apostat, lui prouva que par sa doctrine il faisait Dieu auteur du pêche. Calvin fit bannir Bolsec, et il ne tint pas à lui qu'on ne le punît par des peines affliclives, comme pélagien et séditieux. Castalion, pour avoir aussi attaqué la doctrine de Calvin, avait été de même obligé de sortir de Genève. Ce n'était plus l'Ecriture ni l'inspiration de chaque fidèle qui était règle de foi dans celte ville, c'élail l'autorité despotique de Calvin.

Michel Servel,qui avait attaqué le mystère de la sainte ïi inité, et qui élait poursuivi en France, se sauva à Genève ; Calvin le fit arrêter* le fit condamner à être brûlé vif, et la sentence fut exérulée. Pour justifier sa conduite, Calvin fit un traité, où il entreprit do prouver qu'il fallait punir de mort les hérétiques. Ainsi, ces ministres qui soutenaient que l'Ecriture est seule règle de notre foi, que chaque particulier est juge du sens de l'Ecriture, condamnaient comme hérétique vu écrivain, parce qu'il ne voyait pas dans l'Ecriture le même sens et les mêmes dogmes qu'ils prétendaient y voir ; pendant qu'ils se déchaînaient contre les magistrats nui punissaient de mort les hérétiques en France, ils faisaient eux-mêmes brûler Servet, parce qu'ils le jugeaient hérétique. — Genlilis. Okin, Blandrat, qui voulurent renouveler à Genève les opinions de Servet, faillirent a être traités de même. Genlilis fut mis en prison cl obligé de se rétracter ,Okin fut chassé, Blandrat poursuivi en justice, forcé à siguer une profession de foi, et à s'évader.

11 ne faut pas croire que celle contradiction entre les principes des réformateurs et leur conduite ait cessé dans le calvinisme. Ses partisans ont toujours continué d'enseigner que l'Ecriture sainte est la seule règle de notre foi, que Dieu éclaire chaque fidèle pour juger du vrai sens de l'Ecriture, que le sentiment des Pères, les décrets des conciles, les décisions de l'Eglise, ne sont qu'une autorité humaine à laquelle personne n'est obligé de délérer, el en même temps ils n'ont pas cessé de tenir des synodes, de dresser des professions de foi, de condamner des erreurs, d'excommunier ceux qui les soutenaient ; ils o it ainsi traité les sociuiens, les anabaptistes, les arméniens. — Un déiste de nos jours, élevé parmi les calvinistes, leur a reproché avec beaucoup de véhémence celte contradiction. « Votre histoire, leur dit-il, est pleine de faits qui moulrenl de votre part une inquisition très-sévère, el que, de persécutés, les reformateurs devinrent bientôt persécuteurs. A force de disputer contre le clergé catholique, le clergé prolestant prit l'esprit dispuleur et pointilleux. Il voulail tout décider, tout régler, prononcer sur tout ; chacun proposait impérieusement sou opinion pour loi suprême à tous les autres; ce n'était pas le moyen de vivre en paix. Calvin avait tout l'orgueil du génie qui sent sa supériorité et qui s'indigne qu'où la lui dispute. Quel homme fut jamais plus tranchant, plus impérieux, plus décisif, plus divinement infaillible à son gré?

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La moindre objection qu'on osait lui faire était toujours une œuvre de Satan, un crime digne du feu. Ce n'est pas au seul Servet qu'il en a coûté la vie pour avoir osé penser autrement que lui. — La plupart de ses collègues étaient dans le même cas, tous en cela d'autant plus coupables qu'ils étaient plus inconséquents; leur dure orthodoxie était elle-même une hérésie selon leurs principes. » Deuxième lettre écrite de la Montagne. p. 49, 50, 58 (1).

Il faut d'ailleurs qu'un protestant ait l'es-

(1) Nous croyons devoir compléter cette citation instructive. < Qu'est-ce que la religion de l'Etal, dit Rousseau? C'est la sainte réformât ion évangélique. Voilà, sans contredit, des mots bien sonnants. Mais qu'est-ce à Genève aujourd'hui que la sainte rélormalion évangéltque? Le sauriez vous, monsieur, par hasard? En ce cas je vous en félicite. Quant à moi, je l'ignore. J'avais cru le savoir ci-devant ; mus je me trompais ainsi que bien d'autres plus savants que moi sur tout autre point, et non inoins ignorants sur celui-là.

i Quand les réformateurs se détachèrent de l'Eglise romaine, ils l'accusèrent d'erreur, et, pour corriger celle erreur dans sa source, ils donnèrent à l'Ecriture un autre sens que celui que l'Eglise lui donnait. On leur demanda de quelle autorité ils s'écartaient ainsi de la doctrine reçue. Ils dirent que c'était de leur autorité propre, de celle de leur raison. Ils dirent que le sens de la Bible étant intelligible et clair à tous les hommes en ce qui était du salut, chacun était juge compétent de la doctrine , et pouvait interpréter la Bible qui en est la règle, selon son esprit particulier; que tous s'accordaient ainsi sur les choses essentielles, et que celles sur lesquellesils ne pourraient s'accorder ne l'étaient point.

i Voilà donc l'esprit particulier établi pour unique interprète de l'Ecriture; voilà l'autorité de l'Eglise rejetée ; voilà chacun mis pour la doctrine vous sa propre juridiction. Tels sont les deux points fondamentaux de la réforme. Reconnaître la Bible pour règle de sa croyance, et n'admettre d'autre interprète du sens de la Bible que soi. Ces deux points combinés forment le principe sur lequel les chrétiens réformés se sont séparés de l'Eglise romaine, et ils ne pouvaient moins l'aire sans tomber en contradiction : car quelle autorité interprétative auraient-ils pu se réserver, après avoir rejeté celle du corps de l'Eglise?

« Mais, dira l-on, comment sur un tel principe les reformés ont ils pu se réunir? Comment, vou'anl avoir chacun leur façon de penser, ont-ils fait corps contre l'Eglise catholique? Ils le devaient faire: ils se réunissaient en ceci, que tous reconnaissaient chacun d'eux comme juge compétent pour lui-même. Ils toléraient, ei ils devaient tolérer toutes les interprétations hors une, savoir celle qui ôte la liberté des interprétations. Or celte unique interprétation qu'ils rejetaient était celle des catholique-;. Ils de- \a:eiu donc proscrire de concert Borne seule, qui les proscrivait également tous. La diversité même de leurs façons de penser sur tout le reste était le lien commun qui les unissait. Celaient autant de petits éiats ligués contre une grande puissance, et dont la confédération générale n'Oiait rien à l'indépendance de chacun.

« Voilà comment la réformation évangélique s'est établie, et voilà comment elle doit se conserver. Il est bien vrai que la doctrine du plus grand nombre peut être proposée à tous, comme la plus probable et la plus aut irisée. Le souverain peut même la rédiger en formule el la prescrire à ceux qu'il ciiarge d'enseigner, parce qu'il faut quelque ordre, quelque

pril étrangement préoccupé, pour s'imaginer que c'est l'Ecriture sainte qui est la règle de sa foi. Avant de lire ce livre, un jeune calviniste est déjà prévenu des dogmes

règle dans les instructions publiques, et qu'.u fond l'on ne gêne en ceci la liberté de personne, puisque nul n'est forcé d'enseigner malgré lui; mais il ne s'ensuit pas de là que les particuliers soient obligés d'admettre précisément ces interprétations qu'on leur donne et cette doctrine qu'on leur enseigne. Chacun en demeure seul juge pour lui-même, et ne reconnaît en cela d'autre autorité que la sienne propre. Les b mues instructions doivent moins (ixer le choix que nous devons faire que nous mettre eu état de bien choisir. Tel est le véritable esprit de la réformation, tel en est le vrai fondement. La raison particulière y prononce, en tirant la foi de la règle commune qu'elle établit, savoir l'Evangile; et il est tellement de l'essence de la raison d'être libre, quo quanil elle voudrait s'asservir à l'autorité, cela ne dépendrait pas d'elle. Portez la moindre atteinte à ce principe, et tout l'évangélisme croule à l'instant. Qu'on me prouve aujourd'hui qu'en matière de foi je suis obligé de me soumeltre aux décisions de quelqu'un, dès demain je me fais catholique, et tout homme conséquent et vrai fera comme moi.

t Or, la libre iuierpiétaiinn de l'Ecriture emporte non-seulement le droit d'en expliquer les passages, chacun selon son sens particulier, mais celui de rester dans le doute sur ceux qu'on trouve douteux , et celui de ne pas comprendre ceux qu'on trouve incompréhensibles. Voilà le droit de chaque lidèle , droit sur lequel ni les pisleurs ni les magistrats n'ont rien à voir. Pourvu qu'on respecte loule la Bible et qu'on s'accorde sur les points capitaux, on vit selon la rélormalion évangélique. Le serment des bourgeois de Genève n'emporte rien de plus que cela.

i Or, je vois déjà vos docteurs triompher sur ces points capitaux, et prétendre que je m'en écarte. Doucement, messieurs, de grâce ; ce n'est pas encore de moi qu'il s'agit , c'est de vous : sachons d'abord quels sont, selon vous, ces points capitaux; sachons quel droit vous avez de me contraindre à les voir où je ne les vois pas, et où peut-être vous ne les voyez pas vous-mêmes. N'oubliez point, s'il vous plaît, que me donner vos décisions pour lois, c'est vous écarter de la sainte rélormalion évangélique, c'est en ébranler les vrais fondements ; c'est vous qui par la loi méritez punition.

« La religion protestante est tolérante par principe, elle est tolérante essentiellement, elle l'est autant qu'il est possible de l'être, puisque le seul dogme qu'elle ne tolère pas est celui de l'intolérance. Voilà l'insurmontable barrière qui nous sépare des catholiques, et qui réunit les autres communions entre elles : chacune regarde bien les autres comme étant dans l'erreur, mais nulle ne regarde ou ne doit regarder cette erreur comme un obstacle au salut.

< Les réformés de nos jours, du moins les ministres, ne connaissent pas ou n'aiment plus leur religion. S'ils l'avaient connue el aimée, à la publication de mon livre ils auraient, poussé de concert un cri de joie, ifs se seraient tous unis avec moi qui n'attaquais que leurs adversaires; mais ils aiment mieux abandonner leur propre cause que de soutenir la mienne; avec leur ton lisiblement arrogant, avec leur rage de chicane ei d'intolérance, il*s né savent plus ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent. Je ne les vois plus que comme de mauvais valetf de prêtres, qui les servent moins par amour pour eux que par haine contre moi. Quand ils auront bien disputé, bien chaîna lié, bien ergoté, bien prononcé, tout au fort de leur petit triomphe, le clergé romain, qui maiiileiian: rit el les laisse

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qu'il doit y trouver, par les leçoii9 de son catéchisme, par les instructions des ministres, par le ton général de la secte ; telle est l'inspiration qui le guide dans cette lecture.

faire, viendra les chasser armé d'arguments ad Aominem sans réplique, el les battant de leurs propres armes, il leur dira : Cela va bien, mais à présent ôtezvous de là, méchants intrus que vous êtes, vous n'avez travaillé que pour nous. Je reviens à mon sujet.

< L'Eglise de Genève n'a donc et ne doit avoir, comme réformée , aucune profession de foi précise, articulée, et commune à tous ses membres. Si l'on voulait en avoir une, en cela même on blesserait la libellé évangélique, on renoncerait au principe de la réformation, on violerait la loi de l'Etat. Toutes les Eglises protestantes qui ont dressé des formule* de profession de foi, tous les synodes qui ont déterminé des points de doctrine, n'ont voulu que prescrire aux pasteurs celle qu'ils devaient enseigner, et cela était bon et convenable. Mais si ces Eglises et ces synodes ont prétendu faire plus par ces formules, et prescrire aux fidèles ce qu'ils devaient croire; alors par de telles décisions ces assemblées n'ont prouvé autre chose, sinon qu'elles ignoraient leur propre religion.

i L'Eglise de Genève paraissait depuis longtemps s'écarter moins que les autres du véritable esprit du christianisme, et c'est sur celte trompeuse apparence que j'honorais ses pasteurs d'éloges dont je les croyais dignes: car mon intention n'était assurément pas d'abuser le public. Mais qui peut voir aujourd'hui ces ministres, jadis si coulants el devenus tout à coup si rigides, chicaner sur l'orthodoxie d'un laïque, et laisser la leur dans une si scandaleuse incertitude? On leur demande si Jésus-Christ est Dieu, ils n'osent répondre; on leur demande quels mystères ils admettent, ils n'osent répondre. Sur quoi tlonctépondront-iis, el quels seront les articles fondamentaux différents des miens sur lesquels ils veulent qu'on se décide, si ceux-là n'y sont pas compris ?

< Un philosophe jette sur eux un coup d'oeil rapide ; il les pénètre, il les voit ariens, sociniens; il le dit, et croil leur faire honneur : mais il ne voit pas qu'il expose leur intérêt temporel, la seule chose qui généralement décide ici-bas de la foi des hommes.

i Aussitôt alarmés, effrayés, ils s'assemblent, ils discutent, ils s'agitent, ils ne savent à quel saint se vouer; et après force consultions, délibérations, ronférences, le tout aboutit à un amphigouri où l'on ne dit ni oui ni non, cl auquel il e-i aussi peu possible de rien comprendre qu'aux deux plaidoyers de Kahelais. La doctrine orthodoxe n'est-elle pas bien claire, et ne la voilà-l-il pas en de sures mains?

« Cependant, parce qu'un d'entre eux compilant force plaisanteries scolastiques aussi bénignes qu'éléganies, pour juger mon christianisme, ne craignit pas d'abjurer le sien ; loul charmés du savoir de leur confrère, et surtout de sa logique, ils avouent son docte ouvrage, et l'en remercient par une dépulaiion. Ce sont, en vérité, de singulières gens que messieurs vos ministres ! On ne sait ni ce qu'ils croient ni C3 qu'ils ne croient pas; on ne sait pas même ce qu'ils font semblant de croire: leur seule manière d'établir leur foi es* d'atiaquer cède des auires.... Au lieu de s'expliquer sur la doctrine qu'on leur impute, ils pensent donner le change aux autres Eglises en cherchant querelle à leur propre défenseur: ils veulent prouver par leur ingratitude qu'ils n'avaient pas besoin de mes soins, et croieut se montrer assez orthodoxes en se montrant persécuteurs.

« De tout ceci je conclus qu'il n'est pas aisé de dire en quoi consiste à Genève aujourd'hui la sainte

Aussi un luthérien ne manque jamais de voitdans l'Ecriture les sentiments de Luther, un socinien ceux de Socin, un anglican ceux des épiscopaux, tout comme un calviniste y trouve ceux de Calvin. — Ce vice originel du calvinisme sufGl pour en démontrer l'absurdité.

Nous ne voyons pas ce qu'auraient pu répondre Calvin et ses collègues, si un catholique instruit leur avait ainsi parlé : Vous prétendez être suscités de Dieu pour réformer l'Eglise ; mais vous n'êtes envoyés ni par aucun pasteur légitime, ni par aucune Eglise chrétienne; il faut donc que vous ayez une mission extraordinaire et miraculeuse. Commencez par la prouver de la même manière que Moïse, Jésus-Christ et les apôtres ont prouvé la leur. Luther et d'autres se donnent pour réformateurs aussi bien que vous ; vous ne vous accordez point avec eux, vous n'enseignez pas en toutes choses la même doctrine, vous vous condamnez les uns les autres. Auxquels d'entre vous dois je croire par préférence ? — Vous me donnez l'Ecrituresainlepourrègleuniquedema foi; mais vous ne reconnaissez pas pour l'Ecriture sainte plusieurs livres que l'Eglise catholique me donne comme tels : comment terminerons-nous cette contestation ? Sera-ce l'Ecriture sainte qui m'apprendra si tel livre est canonique ou non ? Vous me présentez une traduction française de la Bible. Donnezmoi un garant de la fidélité de votre traduction, de laquelle je ne suis pas en état de juger par moi-même. Vous dites que je no dois point déférer à l'autorité des hommes I donc je dois récuser la vôtre sur tout ce quo vous trouverez bon d'affirmer. — Puisque l'Ecriture sainte est la seule règle de ma foi, vous avez tort de prêcher el de vouloir expliquer l'Ecriture ; je sais lire aussi bien que vous ; c'est à moi d'y trouver ce que Dieu a révélé, et non à vous de me le montrer. Vous me promettez l'inspiration du Saint- Esprit pour prendre le vrai sens de l'Ecriture ; je le veux : cette inspiration me dicte que vous prêchez l'erreur, et que l'Eglise catholique enseigne la vérifé.

Pour toute réponse, Calvin aurait opiné à faire brûler ce raisonneur : Pareils monstres, disait-il, doivent être étouffés ; comme fis ici en l'exécution de Michel Servet, espagnol. Lettre de Calvin à M. du Poët (1).

réformation. Tout ce qu'on peut avancer de certain sur cci article est qu'elle doit consister principalement à rejeter les points contestés à l'Eglise romaine par les premiers réformateurs, et surtout par Calvin. C'est là l'esprit de voire institution ; c'est par là que vous éies un peuple libre, et c'est par ce côte seul que la religion fait chez vous partie de la loi de l'Etat. » — Seconde lettre de la Montagne.

(1) L'article de Bergier est insuffisant pour bien apprécier Calvin. Ce fameux réformateur a été dans notre siècle l'objet d'une élude toute spéciale. Sa vie, ses mœurs, son influence religieuse ont été l'objet d'examens critiques assez sévères. Voici un extrait bien curieux de la Discussion amicale (Tom. I, leitr. 2, append. 2) :

c Obligé de quitter la France pour se soustraire à

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CALVINISME, doctrine de Calvin et de ses sectateurs en matière de religion.

L'on peut réduire à six chefs principaux les dogmes essentiels du calvinisme. 1° Que

Jésus-Christ n'est pasréellementprésent dans le sacrement de l'eucharistie, que nous l'y recevons seulement par la foi. 2° Que la prédestination et li réprobation sont absolues,

des poursuites juridiques, Calvin passa en Allemagne, y rechercha la plupart de ceux qui remuaient alors les consciences et agitaient les esprits. A liàle il fut pré-enlé par Bucer à Erasme, qui se tenait aux écoules, sans se laisser emporter aux opinions des novateurs. Erasme, après s'être entretenu avec lui sur quelques-uns des points de la religion, fort étonné de ce qu'il avait découvert dans cette âme, se tourna vers Bucer, et lui dit, en lui montrant le jeune Calvin : « Je vois un grand fléau s'élever dans l'Eglise contre l'Eglise : Video magnant pestent oriiï in Ecclcsia contra Ecclesiam. >

< L'esprit intolérant et sanguinaire de cet homme, devenu trop célèbre, se montre dans une de ses lettres au marquis du Poët, son ami : < Ne faites faute, lui dit-il, de défaire le pays de ces zélés fanatiques, q-ui exhortent les peuples par leurs discours à se roidir contre nous, noircissent notre conduite, et veulent faire passer pour rêverie notre croyance. Pareils monstres doivent être étouffés, comme lis eu l'exécution de Michel Servet, espagnol. »

« Les mauvais sentiments de Calvin sur la Trinité excitèrent contre lui le zèle d'un homme qui, d'ailleurs, partageait ses opinions sacramenlaires : « Quel démon t'a poussé, ô Calvin, à déclamer avec Arius

contre le Fils de Dieu? C'est cet anlechrist du

Septentrion que lu as l'imprudence d'adorer, ce grammairien Melaucthon... Carde-loi, lecteur chrétien, el vous surtout, ministres de la parole, gardezvous des livres de Calvin... Us contiennent une doctrine impie, les blasphèmes de l'arianisme, comme si l'esprit de Michel Servet, en s'échappani du bûcher, avait à la platonicienne transmigré tout entier dans Calvin. » (Stanchai us, de Médiat, in Culvin. imlil., n. 5 el 4.) En enseignant que Dieu était l'auteur de tous les péchés, Calvin révolta contre lui tous les partis de la réforme. Les luthériens de l'Allemagne se réunirent pour réfuter un si horrible blasphème. < Cette opinion, disent-ils, doit être partout en horreur, en exécration : c'est une fureur stoïcienne, fatale aux mœurs, monstrueuse el blasphématoire. » (Corpus doclrina' christiartœ.)

< Celte erreur calvinisiique est horriblement injurieuse à Dieu, et de toutes les erreurs la plus funesie au genre humain; selon celle théologie calvinienne, Dieu serait le plus injuste des tyrans..., el ce n'est plus le démon, mais Dieu lui-même qui sera le père du mensonge. > (Conradus Schlussemberg, Calvin. Theolog.,- fol. 46.)

c Le même auteur, qui élail surintendant inspecteur général des églises luthériennes en Allemagne, dans les trois livres qu'il publia contre la théologie calvinienne (Franclori, 1592), n'y nomme jamais les calvinistes sans leur donner les epiihétes d'infidèles, d'impies, de blasphémateurs, charlatans, hérétiques, incrédules, gens frappés d'un esprit d'aveuglement et de vertige, gens sans Iront et sans pudeur, ministres turbulents ut brouillon* de Satan, ele.

« lleshusius, api es avoir exposé la doctrine des calvinistes, déclare avec, indignation, » que non -seulement ils transforment Dieu en démon, ce dont la si'iiii' pensée lait horreur, mais qu'ils anéantissent le mérite de Jésus-Christ à tel point qu'ils sont dignes d'être relégués au tond des enlcrs. » (Lin. de Prctient'ti corporis Chriiiii)

< Les partisans de Calvin ont essayé de le justifier sur le crime ci la flétrissure dont on l'accusait bâillement de porter la marque à l'épaule; mais « C: qui doit psHer pour une conviction indubiiable des crimes imputé-) à Calvin, est (pie depuis qu'il a été chargé de celle accusation, l'Eglise de Genève tion-

seulemenl n'a pas justifié le contraire, mais même n'a pas nié l'information que Bcrthelier, envoyé par ceux de la même ville, lit à Noyon. Celle informalion élail signée des plus apparents de la ville de Noyon, et avait élé faite avec tomes les formes ordinaires de la justice; et, dans la même information, Ton voit que cet héiésiarque ayant été convaincu d'un péché abominable, que l'on ne punit que parle feu, la peine qu'il avait méritée lut, à la prière de

son évèque, modérée à la fleur de lis Ajoutez à

cela que Bolsec ayant rapporté la même information, Berlhelier, qui vivait encore au temps de Bolsec, ne le démentit point: ce qu'il eût l'ait, sans doute, s'il eût pu le faire sans trahir le sentiment de sa couscience elsans s'opposer à la créance publique. Ainsi le silence el de toute une ville intéressée et de son secrétaire, est, en celle occasion , une preuve infaillible d s dérèglements imputés à Calvin. » (Le cardinal de Bit heiieu, liv. u.)

« Ces dérèglements étaient alors si peu contestés, qu'un auteur catholique (Coin pian, dans la troisième raison, an. ï'i: 1), parlant de la vie infâme de Calvin, avance comme un fait connu en Angleterre, que < le chel des calvinistes avait été Heurdeli.-é cl fugitif, el que sou antagoniste WiltaLer, avouant le la.l, n'y répond que par cet indigne parallèle : Calvin a été stigmatisé, mais saint Paul l'a élé, d'autres l'ont été aussi. >

< Slapleion, fort à porlée d'en être instruit, puisqu'il avait passé sa vie dans le voisinage de Nojou parle de t'aventure de Calvin dans les termes d'un homme très-sûr de son fait : Inspiciunlur eùa>n adhuc Itodie civitatis iV oviodunensis in Picardia scrinia et reruin qesturum monumenla : in Mis adliuc liodie legitur Jounnem hune Calvinum, sodomies convicium, ex episcvpi el migislralus indulgentta, solo stigmate in 1er go notatum, urbe excessisse; nec ejus familiœ honettitsinii tint, adhuc superstites, impctrare hnclenus potuerunt ut hujus facli memoria, quœ loti familial notant uliguam inuril, e civicis Mis nionumenlis uc scriniis eraderelur. (l'rompluarium calholicum, part, m.)

< Les Imiiériens d'Allemagne en parlaient également alors comme d'un fait certain : De Calvini varus flugiliis tl sodomilicis Hbidinibus, ob quas sligina Joannis Calvini dorso impressutn fuit a magislruiu sub quo vixit. (C. Schlussemberg, in Calvin. ThcoL, tib. i , fol. 7-2.)

< Enfin, si l'on en croit un de ses disciples, témoin oculaire, il mourut dans le désespoir et d'une maladie horrible. Calvinus in dcspvralione fini ns vitunt, obiii iwpissimo et fœdiuimo moibo, quem Ueui rebcltibus et malediclis communiais est prius exiruciatus il consitmplns. Quod ego veiissime altcsiaii audeo, qui (uneslum et tiugicum illiut exitum et cxitium lus nuis veuhs prœsens uspixi. (Joan. Ilaien, apudPeiium Cut/ciiiium.)

< Les luthériens attestent le même l'ail : Deus etiain in hoc bceculo judicitim m (.aivuutm paiefecil, quem m virgit [mûris visituvil, atque hurribililer pumvil unie mot lit mjclicis horam. Item entm munit sua polenti udeo huuc hwreticiiiu percussi:, ul desperatu xtlule , dœmontbut invocatu, jurant, tx$ecrttn$êt t'iusphcnmns, ntisarrime animant tnalignam exhalurU; vermitnts cina puilcnda in aposienutH ttu uicere fiBtviiuiintû crise* uitbus, ita u millus amittentium jœiorcm $mpiitu fern potteU (Conrad. Sclilusseniberg, in ïheolug. Calvin., I. n, fol. 7-2.) »

M. Audio, dans son excellente Histoire de Calvin, a apprécié l'influence du réformateur sur les moeurs, la religion, cl les habitudes des Cencvoi>. < Si (ieneve, avant io3'>, dit-il, était plongé dans les ic-

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indépendantes de la prescience que Dieu a des œuvres bonnes ou mauvaises de chaque particulier ; que l'un et l'autre de ces deux décrets dépend de la pure volonté de Dieu, sans égard au mérite ou au démérite des hommes. 3° Que Dieu donne aux prédestinés une foi et une justice inamissibles, et ne leur impute point leurs péchés, k" Qu'en conséquence du péché originel , la volonté de l'homme est tellement affaiblie qu'elle est incapable de faire aucune bonne œuvre méritoire du salut, môme aucune action qui ne soit vicieuse et imputable à péché. 5° Qu'il lui est impossible de résister à la concupiscence vicieuse ; que tout le libre arbitre consiste à être exempt de coaclion et non de nécessité. 6° Que les hommes sont justifiés par la foi seule, conséquemment que les bonnes œuvres ne contribuent en rien au salut; que les sacrements n'ont point d'autre efficacité que d'exciter la fui. Calvin n'admet que deux sacrements, le baptême et la cène; il rejette absolument le culie extérieur et la discipline de l'Eglise catholique. — On voit que, pour former son système, cet hérésiarque a rassemblé les erreurs de presque toutes

nèbres de la superstition, quelles vérités Calvin a-l-il donc fait luire ? Eludions la lumière qu'il vint apporter à ce peuple déchu. Mais qui nous guidera? Nos frères de la réforme repousserais ni le lémoignage d'écrivains catholiques : eh bien ! appelons-en au protestantisme.

< Le livre d'or de Calvin est son Institution chrétienne : ouvrons-le donc.

« Et d'abord, que dire de ce symbolisme trinitaire que le réformateur veut imposer à sa communion ? Genlilis l'a ouvertement repoussé ; mois Gentilis est récusé par lièze et Drelincourt. Voici venir Hennins, ce pur disciple de l'Evangile, comme un le nomme en Silésie. Hennius n'a-t-il pas dénoncé Calvin comme un docteur qui a judaïsé, corrompu la Bible, dénaturé la parole de Dieu, falsifié les textes scriptuî aires et blasphémé la Trinité? Ainsi Calvin n'a pas apporté à Genève la vérité touchant le dogme de la Trinité.

t Nous connaissons son mythe eucharistique, où le catholicisme n'a pu trouver ni corps, ni àme, ni idéalisme, ni réalité : c'est sa gloire dans l'école genevoise. Il en a poursuivi le triomphe avec une persévérante obstination. Et les luthériens ont traité son système cénique plus mal encore que les catholiques. Le protestant qui l'attaqua le plus vivement n'est point une intelligence obscure : c'est un humaniste qui, â vingt ans, lisait dans celle chaire de Wiltemberg, que Mélanehton avait si magnifiquement occupée; qui, à vingt-quatre ans, était principal du collège d'Eisleben, où naquit Luther; à trente-trois, d> yen général deMansteld; à trente-cinq, professeur de théologie d'Iéna ; Crawer, enfin, qui s'est pris à la métonymie de Calvin comme Martin aux moines de Cologne, et l'a terrassée aux applaudissements de ses coreligionnaires. Jamais dominicain de Leipzig ne parla de llullen aussi irrévéreimnent que Crawer de Calvin. Croiriez-vous qu'il pose en tète de l'un de ses livres ce litre véritablement intraduisible : Absnrda abmrdorum , absurdiszima Calvinistica absurdu? et le pamphlet obtint un grand succès,.. Crawer vous dit que !a métonymie de Calvin est une absurdité ! l'élisson le catholique était plus poli. »

Il faut lire le livre de M. Audin tout entier pour apprécier la valeur de Calvin et de sa 'ductrin*.

les sectes connues, celles des prédestinations, de Vigilance, des donalistes, des iconoclastes, de Bérenger ; qu'il a répété ce qu'avaient dit les albigeois, les vaudois, les beggards, les fratricelles, les wicléfites, les hussites, Luther et les anabaptistes.

Sur l'eucharistie , il n'enseigne point , comme Zwingle, que c'est un simple signa du corps et du sang de Jésus-Cbrist ; il dit que nous y recevons véritablement l'un et l'autre, mais seulement par la foi; mais le corps et le sang de Jésus-Christ n'y sont cependant point avec le pain et le vin, ou par impanalion, comme le veulentles luthériens, ni par transsubstantiation , comme le soutiennent les catholiques. — Ainsi, depuis la naissance de la réforme en 1517, jusqu'en 1532, voilà déjà trois systèmes différents qui s'étaient formés sur ce que l'Ecriture dit du sacrement de l'eucharistie. Selon Zwingle, les paroles de Jésus-Cbrist, ceci est mon corps, signifient seulement, ceci est le signe de mon corps. Calvin soutient qu'elles expriment quelque chose de plus, puisque Jésus-Christ avait promis de nous donner sa chair à manger [Joan. vi, 52). Donc, reprend Luther , lo corps de Jésus-Christ y est véritablement avec le pain et le vin. Point du lotit , dit Calvin, si 'l'an admettait une présence réelle, il faudrait nécessairement admettre la transsubstantiation comme les catholiques , et le sacrifice de la rnesse. Voilà comme s'accordaient ces docteurs, tous suscités de Dieu pour réformer l'Eglise, et tous inspirés par le S iint-Esprit.

Si l'on compare ce qu'enseigne Calvin sur la prédestination avec ce qu'il dit du défaut de liberté dans l'homme, on sentira que Bolsec avait raison de lui reprocher qu'il faisait Dieu auteur du péché; blasphème qui fait horreur. Toute la différence qu'il y a entre les prédestinés et les réprouvés consiste en coque Dieu n'impute point les péchés aux premiers, au lieu qu'il les impute aux autres : un Dieu ju.ile peut-il imputer aux hommes des péchés qui ne sont pas libres, damner les uns et sauver les autres, précisément parce qu'il lui plaît ainsi ? L'abus que faisait Calvin de plusieurs passages de l'Ecriture sainte, pour établir celte doctrine odieuse, était une démonstration de l'absurdité de sa prétention, de vouloir que l'Ecriture seule fût la règle de notre croyance. — Aussi le prétendu décret absolu de prédestination et de réprobation causa-l-il, parmi les .protestants, les disputes les plus animées; il donna naissance à deux sectes, l'une des infralapsaires, l'autre des sapralapsaires, et donna lieu à une infinité d'écrits de part et d'autre.

Pour esquiver le sens des paroles de Jésus- Christ, qui nous assurent de sa présence réelle dans l'eucharistie , Calvin opposait d autres passages où il faut recourir au sens figuré; et pour expliquer les passages qui semblent supposer que Dieu est fauteur du p:'*ché, il ne voulait pas faire us.tge de ceux dans lesquels il est dit qnc Dieu hait, déleste,

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défend le péché, qu'il le permet seulement, mais qu'il n'en est pas l'auteur.

L'inamissibilité de la justice dans les prédestinés, l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut, étaient deux autres dogmes qui entraînaient les plus pernicieuses conséquences. Calvin avait beau les pallier par toutes les subtilités possibles, les simples fidèles ne sont pas en état de saisir cette obscure théologie ; elle est d'ailleurs directement opposée aux passages les plus formels de l'Ecriture sainte; elle n'est bonne qu'à nourrir une Jolie présomption et à détourner le chréti.-n de faire de bonnes œuvres.

Une nouvelle contradiction était de soutenir que Dieu seul peut instituer des sacrements ; que , selon l'Ecriture, il n'en a point institué d'autres que le baptême et la cène, et de prétendre que ces sacrements n'ont point d'autre effet que d'exciter la foi. L'institution de Dieu est-elle nécessaire pour établir un signe capable d'exciter la foi ?

C'était évidemment par nécessité de système que Calvin niait la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. S'il avait avoué qu'en vertu de l'institution ilu Sauveur, les paroles qu'il a prononcées ont le pouvoir de rendre présents son corps et son sang, comment disconvenir qu'en vertu de la même institution, d'autres paroles ont la force de produire la grâce dans l'âme d'un fidèle disposé à la recevoir? — Mosheim et son traducteur conviennent que sur ce point la doctrine de Calvin n'est pas intelligible.

Dans la suite, les calvinistes ont senti les inconvénients du système de leur maître; à peine ont-ils conservé un seul de ces dogmes en son entier ; ils ont changé les uns, adouci et modifié les autres. Presque tous ont pris le sentiment de Zwingle sur l'eucharistie; ils ne l'envisagent que comme un signe. Un trèsgrand nombre ont rejeté les décrets absolus de prédestination, et sont devenus pélagiens. Voy. Arminiens et Gomaristes.

Les théologiens catholiques ont attaqué en détail tous les dogmes forgés par Calvin, même avec les palliatifs que ses disciples y ont apportes. Ils ont démontré l'opposition formelle de ces dogmes prétendus avec l'Ecriture sainte, avec la tradition ancienne et constante de l'Eglise, avec les vérités que lout chrétien est obligé d'admettre, Ce réformateur accusait l'Eglise romaine d'avoir changé la doctrine de Jésus-Christ établie par les apôtre^. On a prouvé jusqu'à l'évidence que c'est lui-même qui a innové, qu'il n'y a dans l'univers entier aucune secte qui ail professé le calvinisme; qu'il est proscrit et délesté dans des sociétés qui se sont séparées de l'Eglise romaine depuis plus de quatorze cents ans. Ce qui tonne déjà un préjugé terrildc contre ce système, c'est qu'il a fait éclore le socinianisme et le déisme, loy. Protestants.

Depuis son établissement, il s'est toujours maintenu à Genève , où il a pris naissance ; • les treize cantons suisses, il y en a six qui le professent. Jusqu'en L'i72, il a élé la religion dominante en Hollande; quoique dès lors

ce'tle république ait toléré toiles les sectes par raison de politique, le calvinisme rigide y est cependant toujours la religion de l'Etat. En Angleterre, il est allé en décadence depuis le règne d'Elisabeth, malgré les efforts qu'ont fait les puritains ou presbytériens pour le soutenir. Depuis que l'Église anglicane a pris des sentiments plus modérés, le calvinisme est au nombre des sectes non conformistes et simplement tolérées. En Ecosse et en Prusse, il est encore dans toute sa vigueur. Dans quelques parties de l'Allemagne, il est mélangé avec le luihérianisme; il a été souffert en France jusqu'à la révocation de l'édil de Nantes.

On demandera sans doute comment un système si mal conçu el si mal raisonné , capable de désespérer les âmes vertueuses et d'affermir les pécheurs dans le crime, défaire envisager Dieu comme un tyran plutôt que comme un maître aimable, a pu trouver des sectaleurs dans presque toutes les parties de l'Europe. Nous lâcherons d'expliquer ce phénomène dans l'article suivant. Parmi nos controversistes qui ont réfuté le calvinisme, Bossuet, Arnauld, Nicole, Papin, Pélisson, tiennent le premier rang, et sont les plus estimés. — Mosheim réduit à trois ou quatre chefs les points de doctrine qui divisent les calvinistes d'avec les luthériens. 1° Touchant la cène, ceux-ci disent que le corps et le sang de Jésus-Christ y sont véritablement donnés aux justes et aux impies, quoique d'une manière inexplicable; selon les calvinistes, ce corps et ce sang n'y sont qu'en figure, ou présents seulement par la foi; mais tous ne l'entendent pas de même. Le traducteur de Mosheim a très-mal rendu ce. point de la croyance des luthériens, en disant qu'ils assurent que le corps et le sang de Jésus- Chrisl sont matériellement présents dans le .«■acrement; jamais les luthériens n'avoueront celte présence matérielle : ils disent que le corps et le sang du Sauveur y sont donnés el reçus par la communion, sans vouloir avouer qu'ils y sont présents indépendamment de l'action de communier. 2° Selon les calvinistes , le décret par lequel Dieu , de toute éternité, a prédestiné tel homme au bonheur du ciel et tel autre à la damnation, est absolu, arbitraire, indépendanldcla prévision des mérites ou démérites futurs de l'homme ; selon les luthériens, ce décret est conditionnel et dirigé par la prescience. 3° Les cal\inisles rejettent toutes les cérémonies comme des superstitions ; les luthériens pensent qu'il | y en a différentes et que l'on peut conserver, comme des peintures dans les églises, des habita sacerdotaux', les hosties pour consacrer l'eucharistie, la confession auriculaire des péchés , les exorcismes dans le baptême, plusieurs fêles, etc. Mais Mosheim convient que ces divers articles de croyance fournissent matière à un grand nombre de questions subsidiaires, k" Ni l'une ni l'autre de ces deux sectes n'a aucun principe certain louchant le gouvernement de l'Eglise ; dans plusieurs endroits, les luthériens oui conservé des évoques sons le nom de surintendants;

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ailleurs ils n'ont qu'un simple consistoire, comme les calvinistes ; chez les uns et les autres le pouvoir civil des souverains et des magistrats a plus ou moins d'influence dans les affaires ecclésiastiques, suivant les lieux et les circonstances. A proprement parler, leur seul point de réunion est leur haine et leur animosité constante contre l'Eglise romaine. Histoire ecclés. du xvr siècle, sect.3, il' partie, c. 2, §29,32.

CALVJN1STLS, sectateurs de Calvin; on les nomme aussi protestants, prétendus réformés, sacramvniaires, huguenots. Voy. ces mots.

Il est à propos de rechercher les causes qui ont contribué aux progrès que ces sectaires firent si rapidement en France; ce que nous en dirons pourra servir avec proportion à l'égard des autres contrées de l'Europe.

On sentait de toutes parts, au commencement du xvie siècle, le besoin d'une réforme; les vœux qu'avaient formés sur ce point les conciles de Constance et de Baie, les mesures qu'ils avaient prises pour la procurer, tant dans le chef que dans les membres de l'Eglise, avaient été sans effet; on ne \oyait aucun moyen d'y parvenir. Tout le monde était mécontent de l'état des choses, tout annonçait unerévolulion prochaine. — 1° Sur la fin du xve siècle, Alexandre VI avait scandalisé l'Eglise par ses mœurs et par son ambition. Jules 11, son successeur, plus occupé de guerres et de conquêtes que du gouvernement de l'Eglise, fut ennemi implacable de Louis XII et de la France. Il souleva contre ce roi toute l'Italie, lança contre lui une excommunication, mil le royaume en interdit, dispensa les sujets du serment de fidélité. Plus Louis XII était aimé et méritait de l'être, plus Jules II fut déteste. Léon X, qui lui succéda , ne montra pas plus de vertus pontificales, ni de zèle pour la réforme. Il était aisé de prévoir que le mécontentement contre les papes entraînerait bientôt une révolte contre le joug de leur autorité. — 2° Les moines, surtout les mendiants , soit par zèle, soit par intérêt, attiraient les fidèles dans leurs églises par des dévolions souvent assez mal réglées, multipliaient les confréries, les indulgences, les reliques, les miracles, les histoires fausses et apocryphes, faisaient à celle occasion des quêtes lucratives, entreprenaient sur les droits des curés et sur la juridiction des évèques, alléguaient les privilèges qu'ils avaient obtenus du saintsiége, etc. Quelques-uns des théologiens qui écrivirent contre ces abus ne gardèrent pas toute la modération possible, el firent retomber sur les pratiques même une parlie du blâme que méritaient les religieux. — 3° La juridiction ecclésiastique n'était pas renfermée dans des bornes aussi sages qu'elle devait l'être, les tribunaux laïques s'en plaignaient. Il y avail du désordre dans la manière d'obtenir, de posséder, d'administrer les bénéfices; en général le clergé séculier était moins instruit et moins réglé qu'il ne l'est aujourd'hui, cl les peuples se ressen-

taient de ce malheur. En un mot, lous les abus qui ont été corrigés ou prévenus par les décrets du concile de Trente , étaient presque généralement répandus. — k' Les théologiens, bornés à la scolastique, ne cultivaient ni l'érudition sacrée ni les belleslettres, regardaient même celle étude comme dangereuse pour la religion. Les laïques qui, depuis le règne de François 1er, avaient acquis des connaissances, méprisaient les théologiens, et se croyaient pour le moins aussi capables qu'eux de juger des matières de religion.

L'on ne doit pas être surpris si les émissaires de Luther, de Mélanchlon, de Bucer, qui étaient lettrés, qui parlaient et écrivaient bien, qui avaient étudié les langues et l'histoire, trouvèrent parmi les littérateurs des disciples tout prêts à être séduits. C'était assez de déclamer contre le pape, contre le clergé séculier et régulier, contre les abus en fait de religion, pour être écouté. La confession, les jeûnes, les œuvres satisfactoires, Jes vœux, les pratiques du culte public, les honoraires des minisires de la religion, sont un joug; l'on en était fatigué, et on voyait un moyen de s'en débarrasser.

Le poison, répandu en secret, gagna de proche en proche, infecta des hommes de tous les états; ceux qui l'avaient reçu furent eux-mêmes étonnés de se trouver d'abord en si grand nombre. Les livres de Luther, de Mélanchlon, de Carlostadt, de Zwingle, se multipliaient en France, et en firenl naître d'autres : on vit éclore de toutes paris dés livres de piété, des traités dogmatiques, des ouvrages polémiques ; ils inondèrent le royaume el y allumèrent le fanatisme. Les décrets de la faculté de théologie, les mandements des évêques, les recherches de la police ne purent en arrêter le cours. Peu importait quelle doctrine ou adopterait, pourvu que l'on changeât de religion. L'Institution de Calvin parut; cet ouvrago était séduisant, il fut reçu avec acclamation; une grande partie du royaume se trouva bientôt calviniste sans l'avoir prévu.

Ce parti, qui sentit ses forces, éclata par des voies de fait, par des placards, par des libelles injurieux; les m igisirats el le gounement alarmés eurent recours aux supplices : il étail trop lard ; ces exécutions aigrirent les esprits et rendirent les calvinistes furieux. — N'oublions pas que sous les Valois les peuples étaient aussi mécontents du gouvernement que de l'état de la religion. François II, prince inappliqué, se déchargea de l'administration du royaume sur les princes de Guise; ceux-ci avaient gagné la faveur du clergé par leur zèle pour la religion catholique; les grands, qui voulaient leur enlever l'autorité, se rangèrent du côté des calvinistes. La conjuration d'Amboise, qu'ilj formèrent dans ce dessein, éclata et fut déconcertée; la punition des conjurés ne servit qu'à augmenter la haine, et à faire concevoir de nouveaux projets de révolte. Charles IX, en montant sur le trône, voulut en vain calmer les deux partis ; l'amnistie accordée

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par son édit aux protestants no prouve que irop les excès .auxquels ils s'étaient déjà portés. Un lumulto arrivé par hasard à Vas«<i, et dans lequel plusieurs protestants furent tués, leur servit de prétexte pour lever uno .irmée et commencer une guerre civile. Elle embrasa bientôt tout le royaume, et elle se fit de part et d'autre avec touies les fureurs que la fanatisme peut inspirer. Deux fois elle fut suspendue par des édits de pacification, ou plutôt de pardon ; à la troisième, les protestants obtinrent de leur souverain tout ce qu'ils demandaient, et même des place* de sûreté. — Un roi réduit à traiter avec ses sujets devenus ses ennemis, leur pardonne dilficilement cette injure ; Charles IX, indigné des conditions qu'on lui avait fiiit subir, irappé de ce qu'il avait à redouter de la part d'un parti toujours menaçant, conçut le funeste projet de se défaire des chefs du parti huguenot, et permit de les massacrer. Le peuple, une fois animé au carnage, ne se borna pas à immoler les chefs; un nombre infini de catholiques satisfirent leurs haines particulières , poussèrent la cruauté aux derniers excès, et donnèrent ;> itisi lieu à une nouvelle guerre civile. Vvy. Saint-Uartué-

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Henri III, pour la faire cesser, fut obligé d'accorder aux calvinistes un cinquième étiit encore plus favorable pour eux que les précédents; les catholiques Mécontents formèrent la ligue, qui fut nommée très-mal à propos la sainte union; la crainte de voir gasser la couronne sur la tête d'un prince hérétique rendit les catholiques aussi intraitables que les huguenots.

Henri IV avait été malheureusement élevé dans le calvinisme ; il fut obligé de conquérir son royaume sur les ligueurs. Enfin, victorieux et universellement reconnu, il accorda aux calvinistes, qui l'avaient utilement servi, un nouvel édit de pacification, semblable aux précédents, avec des villes de sûreté; c'est f édit de Nantes. — Heureuse la France, si la paix eût éteint le fanatisme ! mais il subsistait encore; Henri IV en fut la victime, et périt, comme Henri III , par uu assassinat.

Sous Louis XIII, les protestants reprirent les armes ; ils furent vaincus, et leurs places iorles démolies. Mais l'édiL de Nantes fut confirmé quant aux autres articles. Louis XIV, plus puissant et plus absolu qu'aucun de ses prédécesseurs, révoqua l'édil de Nantes en 1685, et depuis ce moment les calvinistes ont été privés en France de l'exercice public de leur religion. Nous n'oserions examiner si cette révocation a été injuste et illégitime, si elle a porté au royaume un préjudice aussi considérable que l'ont prétendu quelques écrivain» modernes (1).

(I) La révocation de l'édil de Nantes a été rapportée eu 178S, tout la ministère «In « ardmal de Itricnne. C'est un principe de tous les temps que nous proclamons aujourd'hui avec conflsncc : uns liberté ennuie el ■ mupléte de conscience est pins

Cette narration très-abrégée suffit pour donner une idée des maux qu'a causés à la France une prélen.iue réforme qui , loin de rendre la foi plus pure et la morale plus

utile à la vraie religion qu'une protection despotique. — La liberté de conscience est un droit qu'aucun pouvoir humain ne peut ravir.

Quoique In que-lion de la révocation de l'édil do Nantes soit plus du ressort de la politique que de la théologie, cependant, parce qu'on en a fait une grande objection contre la religion, nous croyons devoir citer ici l'appréciation qu'en a faite M. Frayssinous.

c Les longues el sanglantes guerres de ta religion, dit-il, étaient encore vivement présentes a tous les esprits, et le souvenir des maux passés invitait à prendre des mesures pour en prévenir le retour. • « Je ne m'attacherai pas, > dit à ce sejei l'auguste élève de Fénelon, le due rie Bourgogne , « à considérer les maux que l'hérésie a fans en Allemagne, dans les royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, dans les Provinces-Uni^s el ailleurs; c'est du royaume seul dont il est question. Je ne rappellerai pas même dans le détail celle chaîne de désordres consignés dans tant de monuments authentiques, ces assemblées secrèies, ces serments d'association, ces ligues avec l'étranger, ces refus de paver les tailles, ces pillages des deniers publics, ces menaces séditieuses, ces conjurations ouvertes, ces guerres opiniâtres, ces sacs de ville, ces incendies, ces massacres réfléchis, ces attentats contre les roi*, ces sacrilèges multipliés et jusqu'alors inouïs : il me suflitde dire que depuis François l*r jusqu'à nos jours, c'esl-à-dire sous sept règnes différents, tous ces maux et d'antres encore ont déso'é le royaume avec plus ou moins de fureur. Voilà, di*-jo, le fait historique que l'on peut charger de divers incidenls, mais que l'on ne peut contester substantiellement, ni révoquer en doule; et c'est ce point capital qu'il tant toujours envisager dans l'examen politique de celle affaire. » i Plein de ces pensées, le gouvernement s'occupait depuis longtemps à miner insensiblement un parti redoutable qui avait pm té l'audace jusqu'à vouloir former uu Liai républicain au milieu mémo de la France. « Lesarréiset les édils se succédaient rai idement, dtl t'illustre historien de Hossuct ; on pensait alors que les édits précédents de to érance et de pacification n'étaient pas des traités d'alliance, mais des ordonnance* laites par les rois pour l'utilité publique et sujets à révocation lorsque le bien de l'Etat le demande. Tel était le sentiment du docteur Arnauld , el, ce qui est plus remarquable, de Grotius lui-même. Le gouvernement français paraissait suivre le même système politique que les gouvernements pr testants

i avaient mis depuis longtemps à exécution contre

« leurs sujçls catholiques; el même, en comparant

« leur code pénal avec celui de la France, il serait

i facile de prouver qu'il se montra plus indulgent

< et plus tolérant. Il était fidèle depuis quinze ans à

< celte marche progressive, el rien n'annonçait l'a- « bolition entière de l'édil de Nantes, lorsque des « complols alarmants, qui éclatèrent en 10S3, la « lircnl mettre en délibération. Les protestants du « l'o.tou, de la Saintonge, de la Guyenne, du Lan- « guedoc.des Cévennes, du Vivarais ei du Dauphinc, « formèrent un projet général d'union pour relever « les temples qui avaient été démolis, et reconquérir i les privilèges dont ils avaient été dépouillés, i L'étendard de la révolte fut arboré dans quelques- • unes de ces province-, et des troupes fui eut mises « sur pied pour les contenir. Celle affaire devint

< l'objet plus habituel «les pensées du roi ci de se* i conseils. Enfin l'édil lut révoqué. L'opinion gène

« i.de paraissait alors tellement consacrer U wgs>ss

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parfaite, renouvelle une futile d'errenrs condamnées dans les différents siècles de l'Kglise , dont les dogmes renversent les principes de la morale fondés sur la liberté de l'homme, jettent lésâmes timorées dans le

de cette mesure, que Louis XIV reçut les rélicilations de tous les ordres de son royaume. Tous les parlements s'empressèrent d'enregistrer un élit qu'ils avaient prévenu eux-mêmes par une multitude d'arrêts particuliers dont l'état de révocation ne semblait ê're que la sanction générale. Les inscriptions qu'on lisait encore, il y a vingt-cinq ans, au pied de La statue de Louis XIV, à la place Vendôme et à l'IIôtel-de-Ville de Paris paraissaient n'avoir été, par leur conformité avec ce qui nous reste des mémoires contemporains . que l'expression sincère de l'opinion publique. Et c'est avec raison qu'un auteur, qui n'est pas suspect, ridait en 1789, que Louis XIV n avait fait que céder an vœu aénéral de la nation. On avait cru trop aisément qtie les uns seraient contenus par la crainte, et que les autres seraient gagnés pnr la persuasion ; la résistance armée des protestons fil voir qu'on s'était trompé; el'e amena des mesures de rigueur qui n'entraient que trop dans le caractère violent de Lnuvois. el l'on ne peut que gémir sur les excès déplorables commis des deux côtés. Enfin la paix de Riswick vint rendre le calme à la France, et permit au gouvernement de s'occuper du sort des protestants. Le marquis de Louvois, le plus a' dent promoteur des mesures de rigueur, n'existait plus, et Louis XIV était toujours disposé à accueillir tous les moyens de douceur et de raison qui étaient conformes à sa modération et à son équité naturelle. Les cris de tant de victimes innocentes on coupables avaient retenti jusqu'à son àme sensible et généreuse. La religion même s'était indignée de l'abus criminel qu'on avait osé faire de son nom et de son autorité, contre ses intentions bien connues et souvent exprimées. Le cardinal de Noailles, qui était également opposé par caractère et par principe à Infll ce qui pouvait ressembler à la contrainte et à la violence ; Bossuet, qui n'avait jamais voulu employer que les armes de la science et les moyens d'instruction, firent prévaloir peu à peu les conseils de la douceur et de la modération. Ils furent heureusement secondés par les insinuations encore plus persuasives de madame deMainienon, que la piété naturelle à son sexe, et une raison douce et calme, rendaient toujours accessible à des maximes avouées par la religion commme par l'humanité. En exilant les ministres, Louis XlV avait défendu mn sectateurs de leur communion de quitter la France, mais l'émigration des pasteurs entraîna celle d'une partie de leur troupeau. Basnage, écrivain protestant porte à trois ou quatre cent mille le nombre des protestants réfugiés. Celle seule énuniéiaiion de trois ou quatre cent mille dans une pareille matière, est faite pour inspirer de la méfiance à un critique judicieux. La Marlinière, également protestant, réduit ce nombre à (rois cent mille. Larrey, aussi protestant, le réduit à deux cent mille, et l'historien protestant de la révocation de l'édit de Nantes, Benoît, s'arrête aussi à deux cent mille. > « On sent qu'il est permis de conserver au moins des doutes sur des calculs aussi vagues lorsqu'on voit des écrivains de In même communion placés à l'époque même des événements différer de quatre cent mille à deux cent mil'e sans donner à leur évaluation des bases qui puissent en garantir la certitude.

« F.routons le duc de Bourgogne, qui avait fait d'exactes recheiclies s;n cette matière : « On a exa-

désespoir, et les méchants dans une funeste sécurité, ôtc tout motif de pratiquer la verlu, et qui a inspiré, dès l'origine, à ses sectateurs, la même révolte tant contre les puissances séculières que contre l'autorité ccclé-

< géré infiniment le nombre des huguenots qui sorc tirent du royiume à cette occasion, et cela de-

< vait-êtie ansi : comme les intéressés sont les

< seuls qui parlent et qui crient, ils affirment tout « ce qui leur plaît. Un ministre qui voyait son trou- « peau dispersé publiait qu'il avait passé chez l'é-

< (ranger. Un chef de manufacturé qui avait perdu

< deux ouvriers faisait son calcul comme si tous les « fabricants du royaume avaient fait la même pcr'e « que lui. Dix ouvriers sortis d'une ville où ils

< avaient leurs connaissances et leurs amis faisaient « cro re, par le bruit de leur fuite, que la ville allait

< manquer de bras pour tous les aieliers. Ce qu'il y

< a de surprenant, c'est que plusieurs maîtres des t requêtes, dans les instructions qu'ils m'adressè-

< renl sur leurs généralités, adoptèrent ces bruits « populaires, et annoncèrent par là combien ils

< é aient peu instruits de ce qui devait les occuper; « aussi leur rapport se trouva-t-il contredit par « d'autres, et démontré faux parla vérification faite « en plusieurs endroits. Quand le nombre des hu- « gienols qui sortirent de France à celte époque

< monterait, suivant le calcul le plus exagété, à « soixante sept mille sept cent trente-deux personc nés, il ne devait pas se trouver parmi ce nombre, « qui coufprenait tous les âges et tous les sexes,

< assez d'hommes utiles pmr laisser un grand vide « dans les campagnes et dans les ateliers, et influer i sur le royaume entier. Il est certain d'ailleurs que

< ce vide ne dut jamais être plus sensible qu'au mo- « ment où il se lit. On ne s'en aperçut pas alors, « et l'on s'en plaint aujourd'hui! il faut donc en « chercher une autre cause : elle existe en effet, et,

• si l'on veut la savoir, c'est la guerre. >

c Quant à la retraite des huguenots, elle coula moins d'hommes utiles à l'Etal eue ne lui en enlevait une seule année de guerre civile. S'il fallait écouter cenains déclamateurs , on Croirait que les richesses et la prospérité avaient fui la France avec les protestants rélngiés; et cependant , je le demande, le commerce et l'industrie ont ils cessé de prendre des accroissements dans le cours du xvme siècle; n'a-t-on pas vu se multiplier de toutes parts les étoffes précieuses, les meublessuperbes, les tableaux de* grands maîtres , les maisons richement décorées ?

« A l'époque de la révocation, noire commerce, à peine sorti des mains de Colbert, son créateur, élail encore dans l'enfance. Que pouvions-nous apprendre à nos rivaux, de qui nous avions tout appris ! L'Angleterre, la Hollande, l'Italie nous avaient devancés dans la carrière; les manufactures de Louviers el de Sedan ont eu leurs modèles chez nos voisins. Le nom seul d'un très-grand nombre de nos fabricants rappelle Londres, Florence, Naples, Turin, et décèle ainsi une origine étrangère, la Prusse est presque le seul Etat où les réfugies aient fait des établissements considérables; Brème, Hambourg, Lubeck et plusieurs autres villes n'élaienielles pas riches el puissantes avant toutes les émigrations? On voit ici avec quelle légèreté Voltaire el ses copistes ont avancé que jusque-là le Nord de l'Allemagne n'était qu'un pays agreste.

« Sans doute le clergé put bien, avec le reste de la France, applaudir à une mesure qu'on regardait comme dictée par une sage politique; mais on peut dire que s'il est entré pour quelque chose dans les sanglants et réciproques excès qui en onl souillé

• Vxéculion, ce ne lut qm; pour eu êlre la victime, ou pour les adoucir, t

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sins'ique. Aujourd'hui , revenus de leur ancien fanatisme, ses docteurs sont forcés de convenir que l'Eglise romaine, de laquelle i!s se sont séparés, n'enseigne aucune erreur fondamentale, ni sur le dogme , ni sur la inorale, ni sur le culte; qu'un bon catholique peut faire son salut dans sa religion. Qu'élait-il donc nécessaire de bouleverser l'Europe entière pour la détruire, et pour établir le calvinisme sur ses ruines? — Quand on n'aurait à leur reprocher que l'incendie de plusieurs riches bibliothèques, tant en France qu'en Angleterre , c'en serait assez pour faire détester l'esprit qui les animait.

Cependant une foule d'incrédules, toujours prèls à soutenir le parti des séditieux, veulent faire retomber sur la religion catholique les excès auxquelles les calvinistes se sont portés, et tous les maux qui s'en sont ensuivis. Ils disent que les défenseurs de la religion dominante se sont élevés avec fureur contre les sectaires, ont armé contre eux les puissances, en ont arraché des édils sanglants, ont soulflé dans tous les cœurs la discorde et le fanatisme, et ont rejeté sans pudeur sur leurs victimes les désordres qu'eux seuls avaient produits. Cela est-il vrai?

1° L'on connaît les principes des premiers réformateurs, de Luther et de Calvin ; ils sont consignés dans leurs ouvrages. En 1520, avant qu'il y eût aucun édil porté contre Luther, il publia son livre de la LibertS chrétienne, où il décidait que le chrétien n'est sujet à aucun homme, et déclamait contre tous les souverains; c'est ce qui causa ia guerre des anabaptistes. Dans ses thèses il s'écria qu'il fallait courre sus au pape, aux rois et aux césars qui prendraient sou parti. Dans son traité du Fisc commun, il voulait que l'on pillât les églises, les monastères et les évéchés. En conséquence, il fut mis au ban de l'empire en 1521. Est-ce le clergé qui dicta cet arrêt? La grande maxime de ce fougueux réformateur était que l'Evangile a toujours causé du trouble, qu'il faut du sang pour l'établir. Tel est l'esprit dont étaient animés ceux de ses disciples qui vinrent prêcher en France. — Calvin écrivait qu'il fallait exterminer les zélés faquins qui s'opposaient à rétablissement de la réforme; que pareils monstres doivent être élouffés; il appuya celte doctrine par son exemple, fil un traité exprès pour la prouver. Voy. les Lettres de Calvin à M. du Poè't, et Fidelis expositio, etc. Nous demandons si des prédicants qui s'annoncent ainsi doivent être soufferts dans aucun état policé ? — 2' Le premier édit porté en France contre les calvinistes fut publié en 1534. Alors la réforme avait déjà mis en feu l'Allemagne ; il y avait eu en Erance des images brisées, des libelles séditieux répandus, des placards injurieux allicbél jusqu'aux portes du Louvre. François l" craignit pour ses Etals les mêmes troubles qu'il avait fomentés lui-même en Allemagne. Telle fut la cause des première! exécutions faites en France. Lorsque les princes protestants d'Allemagne s'en plai-

gnirent, François l" répondit qu'il n'avait fait que punir des séditieux. Par I'édil de 1540, il les proscrivit comme perturbateurs de l'Etat et du repos public; personne n'a encore osé accuser le clergé d'avoir eu part à ces édils. Un célèbre écrivain de nos jours est convenu que l'esprit dominant du calvinisme était de s'ériger en république. Essais sur rhistoire générale, elc. 3" Nous défions les calomniateurs du clergé de citer un seul pays, une seule ville, où les ca'vinistes devenus les maîlres aient souffert l'exercice de la religion catholique. En Suisse, en Hollande, en Suède, en Angleterre, ils l'ont proscrite, souvent contre la foi des traités. L'ont-ils jamais permise en France , dans leurs villes de sûreté? Une maxime sacrée de nos adversaires est qu'il ne faut pas tolérer les intolérants: or, jamais religion ne fut plus intolérante que le calvinisme; vingt auteurs, même protestants, ont été forcés d'en convenir. Dès l'origine, en France el ailleurs, les catholiques ont eu à choisir, ou d'exterminer les huguenots, ou d'être euxmêmes exterminés. — 4° Si, avec tout le flegme que peuvent inspirer la charité chrétienne, l'amour de la vérité, le respect pour les lois, le vrai zèle de religion , les premiers réformateurs s'étaient attachés à prouver que l'Eglise romaine n'est point la véritable Eglise de Jésus-Christ, que son chef visible n'a aucune aulorité de droit divin, que son culte extérieur est contraire à l'Evangile, que les souverains qui la protègent entendent mal leurs intérêts et ceux de leurs peuples, etc.; si, en demandant la liberté de conscience, ils avaient solennellement promis de ne point molester les catholiques , de ne point troubler leur culte, de ne point injurier les prêtres, etc., et qu'ils eussent tenu parole, sommes-nous certains que le gouvernement n'eût point laissé de sévir contre eux? Quand même le clergé eût sollicité des édits sanglants, les aurait-il obtenus? Ou sait si pour lors la cour était fort chrétienne el fort zélée pour la religion. — 5° En supposant que le massacre de Vassi était un crime piémédilé, ce qui n'est point, c'était le fait particulier du duc de Guise el de ses gens ; étail-ce un sujet légitime de prendre les armes, au lieu de porter des plaintes au roi, et de demander justice? Mais les calvinistes aviùcnl déjà résolu la guerre, ils n'atlendaient qu'un prétexte pour la déclarer. Dès ce moment ils n'ont plus rien voulu obtenir que par la force et les armes à la main. Le clergé n'a donc pas eu be>oin de souiller le feu de ha discorde pour animer les catholiques à la vengeance; les huguenots furieux ne leur ont fourni que trop de sujets de représailles. Ceux-ci ont dû s'atlendre à être traités en ennemis, toutes les fois que le gouvernement aurait assez de force pour les punir. — C'est donc une calomnie grossière d'attribuer au clergé el au zèle fanatique de la religion les excès qui ont été commis pour lors; le foyer du fanatisme était (liez les calrinisles, et non chez les catholiques. — C* Nous n'avons pas besoin de chercher ailleurs

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