‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 2 sur 183 · NOTICE HISTORIQUE SUR BERGIER · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE SUR BERGIER

Au moment où la philosophie se préparait à livrer au catholicisme les attaques les plus perfides, la Providence préparait à la religion d'habiles défenseurs : de ce nombre fut l'illustre auteur du Dictionnaire de théologie que nous actualisons.

Bergier (Nicolas-Sjlvestre) naquit à Darney (1) le 31 décembre 1718, d'une famille honnête et religieuse. Ayant manifesté dès sa jeunesse des sentiments de la plus tendre piété, il fut destiné à l'état ecclésiastique. Il entra au séminaire de Besançon, qui était dirigé alors par des maîtres habiles, au nombre desquels se distinguait M. Bullet, connu par plusieurs ouvrages très-érudits en faveur de la religion. Le jeune disciple fit de rapides progrès sous un si savant maître. Doué d'un aussi bon cœur que d'un excellent esprit, il conserva toujours pour M. Bullet une profonde reconnaissance et une extrême vénération. Le mérite de Bergier le fil demander par M. Chilflet de Demie, conseiller an parlement de Franche- Comté , pour faire l'éducation de ses enfants. M. de Denne se félicita d'un pareil choix, car le jeune maître eut les plus brillants succès. 11 fallait à Bergier une carrière plus vaste que celle d'une éducation particulière. A peine élevé au sacerdoce, il se présenta pour obtenir une chaire de philosophie à l'université de Besançon. Malgré les éloges mérités qu'il obtint, comprenant qu'il avait besoin de se fortifier dans les sciences théologiques et philosophiques, il se rendit, l'année suivante (1745), à Paris, pour y suivre les grands maîtres et s'aider des riches bibliothèques de la capitale. Après trois ans de séjour dans le centre detoutes les sciences, il fut rappelé par son archevêque, qui le plaça à Flange- Bouche, paroisse de campagne située dans la Franche-Comté. Il s'y occupa avec beaucoup de zèle des fonctions du saint ministère. C'était un bonheur pour lui lorsqu'il pouvait trouver un moment pour se livrer à l'étude. Aucune production nouvelle un peu importante ne lui était étrangère. Ce qui détermina peut-être ses destinées futures, ce furent deux sujets proposés par l'académie de Besançon. Il concourut si heureusemenlqu'il remporta deuxmédaillesd'or (en 1752), l'une pour un discours d'éloquence, et l'autre pour une dissertation historique. L'année suivante, il se présenta encore au concours, et remporta de nouveau le prix d'éloquence sur cette question : L'assiduité au travail peut-elle procurer à la société autant d'avantages que la supériorité des talents ?

(1) Petite ville du diocèse de Saint-Dié. Elle appartenait autrefois au diocèse de Besançon.

DlCT. de Théol. dogmatique. I.

Il se peignit si bien dans ce chef-d'œuvre d'éloquence , qu'on dit publiquement : « Il s'est peint lui-même sans le vouloir. » Il ne fut pas aussi heureux sur le sujet historique: il traita d'une manière plus ingénieuse que solide cette belle question : L'origine du nom des Séquanais, leurs mœurs, leur religion, la forme de leur gouvernement et les limites du pays qu'ils habitaient avant que Jules-César eût conquis les Gaules et dans le temps de cette conquête. Depuis cette époque, il se présenta tous les ans au concours, et il se passa peu d'années sans qu'il remportât quelque prix ou accessit.

Bergier s'appliquait en même temps à des ouvrages plus sérieux. Il publia les Eléments primitifs des langues découverts par la comparaison des racines de l'hébreu avec celles du grec, du latin et du français. Il fit paraître en même temps l'Origine des dieux du paganisme, ouvrage suivi d'une traduction d'Hésiode. Cet ouvrage manquait de profondeur. Nous ne parlerons pas, dit Feller, de son Traité sur l'Origine des dieux du paganisme, ouvrage où l'on ne trouve ni sa logique, ni la marche judicieuse de sa vaste érudition ; il le répudia en quelque sorte luimême par l'éloge qu'il fait plusieurs fois de l'histoire des temps fabuleux, dont le résultat lui était tout â fait contraire. Il était, dit l'abbé Barruel, du petit nombre de ceux qui pouvaient le juger; mais je puis assurer que je n'ai point vu d'admirateur plus sincère et plus éclairé de cette estimable production de M. du Bocher, que l'abbé Bergier lui-même : il la louait, la préconisait partout, et disait hautement que le système de la fable expliquée par l'histoire était mieux prouvé que le sien, et méritait la préférence à tout égard.

En 1764, époque marquée par la déplorable expulsion des Jésuites des collèges de France, Bergier fut appelé à diriger celui de Besançon. Il quitta avec regret sa bonne paroisse de Flange-Bouche. Mais la dureté du climat, une annexe difficile à desservir, l'engagèrent à accepter le poste élevé qu'on lui offrait. L'année suivante l'académie de Besançon l'admit au nombre de ses membres. H venait de publier son Déisme réfuté par luimême. Il y combat particulièrement J.-J. Bousseau : il l'attaque avec ses propres armes, et ne lui oppose pour l'ordinaire que ses propres sentiments établis dans quelques autres endroits de ses ouvrages. C'est là qu'il manie heureusement la comparaison de l'aveugle-né pour expliquer le rapport de notre raison avec la nature et les ouvrages de Dieu ; qu'il prouve la nécessité et l'existence de la révélation, la voie dont Dieu veut se servir pour nous la faire connaître, et

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qu'il justifie pleinement la religion des maux gi(>ny ouvrage qu'il écrivit de sa main juxqu'on lui attribue; qu'il démontre l'inutilité qu'à trois fois, qnoiqu il fût de douze voluet les faux principes du nouveau plan d'édu- nus. Il y traite de tout ce qui a rapport à la cation tracé dans V Emile. Il allie le chris- religion : histoire, physique, géographie, polianisme avec la politique ; enfin il réfute litique, morale, philosophie, érudition sad'une minière victorieuse l'Apologie de crée, tout se réunit sous sa plume pour jus- Rousseau contre le Mandement de Mgr l'ar- tifier la religion indignement attaquée. cîievéque de Paris, etc. Cet ouvrage fut « Quelques personnes, dit M. de Saintebiculôt suivi d'un autre. La Certitude des Croix, crièrent contre un si grand nompreuves du christianisme paru1 en 1767. L'au- bre de volumes; mais quiconque fera les rétcur l'opposa à V Examen critique des apolo- flexions suivantes n'en sera point étonné. gistes de la religion chrétienne, ouvrage in- 1° L'auteur a rassemblé les principes épars sidieux, longtemps connu en manuscrit, et des impies de tous les siècles, pour former qui avait fourni des matériaux à un grand de leur doctrine une espèce de corps; il a nombre de livres impies. L'abbé Bergier dé- discuté les reproches qu'ils faisaient à la rc.voilc la passion et la mauvaise foi de l'au- ligion, ce qui exigeait les plus grandes releur de ce livre, et, sans s'étonner de cette cherches. 2° Il a montré la filiation des difoule de raisonnements spécieux, il les alla- i erses erreurs des ennemis du christianisme; que en détail, fait voir l'illusion de chacun il a prouvé que les incrédules modernes n'éen particulier, et renvir>e ainsi l'élifice en- taient que les copistes de leurs devanciers; lier. Ces ouvrages avaient fait une profonde que les incrédules d'Angleterre avaient sensation. Plusieurs églises cherchèrent à donné naissance à ceux de France ; que les s'attacher un homme aussi distingué que uns et les ;;ulres n'avaent fait que ressasser Rergier. L'évéque d'Arras lui fit expédier les objections surannées de Celse, de Porles provisions d'un canonicat. Presque en phjre, de Jul en l'Apostat, quoique mille fois même temps M. de Reaumont lui en fit par- réfutées d'une manière victorieuse ; qu'ils ve ir d'autres pour Paris. Bergier accepta avaient puisé chez les anciens hérétiques de préférence le canonicat de Paris, non pas leurs difficultés contre quelques dogmes du à cause de la splendeur de l'Eglise à laquelle christianisme. L'ouvrage de l'abbé Rergier il serait attaché, mais parce qu'il pensa pou- contient donc la réfutation de toutes les obvoir y être plus utile. jections formées contre la religion chrétienne Lu arrivant dans la capitale, il mit au dans tous les siècles. Que l'on juge d'après jour son Apologie de la religion chrétienne, cela si l'auteur a outrepassé les bornes dans ouvrage plein de précision, de clarté et de le nombre des volumes. modération. Il profita des grands moyens « Quand l'ouvrage dont nous parlons fut scientifiques misa sa disposition pour coin- devenu public, quelques personnes parurent piéler cet écrit. La suite de cette Apologie, disputera l'abbé Bergier le mérite de l'inou Réfutation des principaux articles du veulion de son plan. Voici à quelle occasion. Dictionnaire philosophique, présente une M. de Beaumont, archevêque de Paris, avait précision, une énergie, un laconisme admi- engagé quelqu'un à composer un ouvrage rable. L'abbé Bergier, en revenant plusieurs que ce prélat aurait adopté, et qui aurait Ibis sur les mêmes objets auxquels ses ad- été distribué par parties, et en forme d'inversaires, qui se répètent sans cesse, le rap- struclion pastorale, pour prémunir les fidèles pellent, paraît toujours armé de nouvelles contre les dangers de l'incrédulité. Le trajaisons cl de nouvelles autorités , et, quoi- vail fini, l'auteur le remit à M. de Beaumont, qu'il satisfasse toujours, il ne s'épuise ja- sans lui avoir donné cependant la forme mais et oppose à la monotonie des philoso- d'instruction pastorale. Le prélat pria l'abbé plies une fécondité et une variété qui forment Bergier de le lire, et de lui dire ce qu'il en un contraste peu avantageux à leur cause, pensait. L'abbé Bergier le lui, en rendit le Le Système de la nature faisait beaucoup de témoignage le plus avantageux, et le remit ravages: Bergier lui opposa, en 1771, son à M. l'archevêque. M. de Beaumont fut in- Exumen du matérialisme. C'est dans cet ou- struit du reproche de plagiat qu'on faisait à vrage que le célèbre apologiste de la religion l'abbé Bergier: il voulut savoir à quoi il devait fait l'analomie de la monstrueuse produc- s'en tenir. Il pria l'abbé Chevreuil, chanoino tion qu'il réfuie avec une exactitude qui et chancelier de l'église de Paris, vicaire gétient du scrupule, et le met à l'abri du re- lierai du diocèse, ancien professeur de Sorproche que quelques philosophes avaient bonne, homme bien connu par ses vertu* osé faire à d'autres, d'avoir passé sous si- et ses talents, de lire les deux plans avec aliénée des objections essentielles. Dans le pre- tenlion,elde lui dire jusqu'à quel point le rcmier volume, il détruit le matérialisme, et proche en question pouvait être fonde. La dans le second, il justifie la religion cl traite réponse de l'abbé Chevreuil fui qu'on avait delà Divinité, des preuves de son existence, inculpé à lorl l'abbé Bergier; que les deux de ses attributs , de la minière dont elle in- plans élaienl différents ; que l'un n'était point Hue sur le bonheur des hommes. Lu ouvrier calqué sur l'autre; que les deux auteurs infatigable, Bergier travaillait alors à un ayant eu les mêmes matières à traiter, ils dcécril beaucoup plus considérable que ceux vaient se ressembler sous ce rapport ; mais qu'il avait publiés. Il voulait réfuter lou- que chacun les avait traitées à sa manière; les les objections faites centre la religion. H que d'ailleurs l'abbé Bergier avait l'ail ses mit au jour son fameux Traité de lu llcli- preuves, et qu'H notait point fait pour être

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