‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 5 sur 183 · QUI SE TROUVE DANS L'ÉDITION DE PARIS DE · texte numérisé non relu

QUI SE TROUVE DANS L'ÉDITION DE PARIS DE

Si la partie théologique de Y Encyclopédie a tardé à paraître, nous espérons que le public nous pardonnera ce retard, lorsqu'il sera instruit des difliculiés que nous avons eues à vaincre, et de L'immensité du travail dont nous nous sommes trouvé chargé.

D'environ deux mille cinq cents articles dont cet ouvrage est composé, il y en a au moins un quart qui manquaient dans l'ancienne Encyclopédie, ou qui n'avaient été traités que comme des articles de grammaire; il a fallu les faire. Un nombre presque égal contenaient une doctrine fausse ou suspecte; ils avaient été copiés dans des écrivains hétérodoxes, ou faits par des littérateurs qui, par leurs principes, favorisaient l'incrédulité ; il a fallu les corriger. Plusieurs renfermaient des discussions inutiles; nous les avons abrégés. D'autres étaient incomplets, nous y avons ajouté ce qui nous a paru nécessaire. Quelques-uns ont été retranchés comme superflus. Nous n'avons pas vu, par exemple, où était la nécessité de faire vingt articles de l'arianisme, parce que les partisans de celle hérésie ont porié autant de noms différents; de distinguer homoousios et consubstanliel, dont l'un est la traduction de l'autre; de parler du dimanche des Palmes et de ceiui des Hameaux; de changer une lettre pour placer corban et korban ; chiiolonie et keirolonie, au lieu de l'imposition des mains; purim et pliurim, qui signifient les sorts ; de mettre des mots grecs ou hébreux au lieu des mots français qui y .répondent. Ainsi, à presque tous les égards, notre travail doit paraître absolument neuf.

Des trois parties qu'il embrasse, savoir, la théologie dogmatique, la critique sacrée et l'histoire ecclésiastique, la première est celle qui demande le plus d'attention, et qui renferme le plus de difliculiés. Comme toute autre science, elle a son langage particulier, certaines expressions consacrées à exprimer les mystères, desquelles on ne pi'iil se départir sans s'exposer à tomber dans l'erreur. On ne doit pas exiger d'un tkéologkn qu'il emploie d'autres termes plus clairs tirés du langage ordinaire, ni qu'il fasse comprendre évidemment des vérités que Dieu a révélées pour èlre crues sur sa parole, quoique nous no puissions pas les concevoir.

Depuis près de dix-huit cents ans que la théologie chrétienne est formée, il ne s'est pas écoulé un seul tiède dans lequel elle n'ait é>é combattue par quelque seele de mécréants ; cette science est donc devenue très-conlenlieusc. Comme elle consiste à savoir non-sculemc il ce que Dieu a révélé, mais comment cette doctrine a éé attaquée, et comment elle a éié défendue, il n'est presque pas un seul article qui ne soit un sujet de dispute: i.n théologien écr.t donc toujours au milieu d'une foule d'ennemis, et jamais ils ne furent en plus grand nombre que dans notre siècle. On ne doit donc pis ôire étonné de nous voir continuelle ment aux prises avec les sociniens, avec les protestants, qui ont renouvelé presque toutes les anciennes erreurs; avec, les déistes et les autres incrédules qui les oui copiés tous. Nos maiires en théologie sont les rèrej du l'Eglise; nous nous croyons obligé de suivre leur exemple. Or, ces auteurs respectables ont écrit,

AVERTISSEMENT SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION

chacun dans son temps, contre les erreurs qui faisaient du bruit pour lors, et non contre celles dont le souvenir était à peu près office; il est de notre devoir de les imiter.

Nous ne sommes pas assez injuste pour accuser les protestants d'avoir voulu, de propos délibéré, favoriser les ennemis du christianisme; mais il n'est pas moins vrai que, sans le vouloir, ils leur ont fourni presque toutes leurs armes; c'est un événement que nous n'avons pas pu nous dispenser de faire remarquer une infinité de fo s, parce que la chose est évidente. Si les protestants se fâchent de se trouver continuellement dans notre ouvrage associés aux incrédules, ce n'est pas à nous qu'ils doivent s'en prendre, mais à leurs docteurs. Chez les luthériens, Mosheim et Bru ker; chez les calvinistes, Beausohre, Basnage, Le Clerc, Barbeyrac; chez les anglicans, Chillingworth et Bingham, sont ceux dont nous avons principalement consulté les livres, parce que ce sont les derniers qui ont écrit, et qui paraissent avoir le plus de résiliation. Ils ont cherché à donner une nouvelle tournure aux anciennes objections; ils ont eu l'art de défigurer la pliii art des faits de l'histoire ecclésiastique; il n'est presque pas un seul des Pères de l'Eglise , contre le* quel ils n'aient formé des accusations; ils ont donc imposé une nouvel'e tâche aux théologiens catholiques, à laquelle nos meilleurs controversistes n'ont pas pu satisfaire : nous avons donc été oblige de nous en charger; el si nous n'avons pas répondu à tout, nous croyons du moins avoir fait le plus essentiel. En donnant une courte notice des ouvrages des Pères, nous avons tâché de faire leur apologie.

Il en est de même des personnages de l'Ancien Testament dont l'histoire sainte a loué les vertus, et que les incrédules, en marchant sur les traces des manichéens, se sont appliqués à noircir. Mais loin de chercher à multiplier les articles de critique sacrée, nous en avons supprimé un grand nnmhre. Il nous a semblé inutile de disserter sur des expressions que tout le monde entend, ou sur des termes qui n'ont rien d'extraordinaire, et de copier le Dictionnaire de la Bible. 11 est plus nécessaire sans doute d'éclaircir les passages dont les hérétiques ou les incrédules ont abusé, ou qui font un objet de dispute entre les théologiens.

On doit comprendre qu'un Dictionnaire théologique , quelque exact qu'il puisse être, ne pourra jamais tenir lieu d'un cours île théologie complet, dans lequel on rassemble sur chaque question toutes les preuves el les réponses aux objections; ou l'on fait voir la liaison que nos dogmes ont entre eux, de manière que l'un éclaircit et confirme l'autre (I). Ce serait une erreur de croire qu'avec le secours d'un Dictionnaire aussi abrégé, l'on peut devenir grand théologien. Si celui-ci avait été destiné à paraître seul, il aurait nécessairement fallu le rendre plus étendu, y faire entrer plusieurs articles de méiapliysique, de. morale, d'histoire, de discipline, de jurisprudence canonique, que nous avons dû laisser à ceux auxquels ils appartiennent.

Il n'aurait pas été difficile non plus de le charger de citations; mais il suffit d'avertir, en général, que pour la Critique sacrée, les Prolégomènes de ta Polyglotte d,Anglelcrre, la Philosophie sacrée de Glassius, les Dissertations et les Préfaces de la Bible d'Avignon, en 17 volumes in-4°, sont les principales sources où l'on a puisé. Pour Yllistoire ecclésiastique, Fleury, Cave, du Pin, Tillemont, dom Cellier, sont les auteurs qu'il aurait fallu citer continuellement. Nous n'avons pas hésité de copier plusieurs observations dans les protestants desquels nous venons de parler, surtout de Mosheim, lorsqu'elles nous ont paru vraies et dignes de l'attention du lecteur. Pour la théologie dogmatique, quand nous aurions mis à chaque article les noms de Petau, de Toumély, de Willasse, de Lhenninier, de Juénin, ou de quelques auteurs plus modernes, le lecteur n'en aurait pas été plus instruit ; ces ouvrages sont connus de tous les théologiens, et les autres personnes ne sont pas tentées de les lire.

Nous n'avons pas la vanité de croire que ce Dictionnaire est tel qu'il devrait être; un seul homme, quelque laborieux qu'il soit, ne peut suffire à cette entreprise. Ceux qui viendront après nous pourront faire mieux; il est plus aisé de voir les défauts d'un ouvrage déjà fait, que de les éviter en le composant.

(1) Un Dictionnaire théologique a d'autres avantages que n'offre point un traité complet. ; il est d'un usage plus gém'-ral; on le consulte plus commodément, plus agréablement ; il renferme d'ailleurs un grand nombre d'articles dont n'est point susceptible un cours de théologie.

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