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que le sentiment des arminiens est contraire à l'Ecriture, et que ceux-ci prenaient mal le sens des passages surlesquels ils sefondaient. Mais nous demandons par quelle voie un simple calviniste peut être assuré que les gomarisles ont mieux pris le sens de l'Ecriture que les arminiens? — 11 nous para-il plus naturel de déférer au témoignage des évoques, lorsqu'ils disent : Xousaltcstons que telle eut la croyance de nos Eglises; c'est un fait public sur lequel il leur est impossible de se tromper ou de nous en imposer, que de nous soumettre au jugement des ministres lorsqu'ils disent : Nous déclarons que tel est le sens de l'Ecriture ; ceci est un article sur lequel mille docteurs se sont trompés depuis la naissance du christianisme, et ont éié légitimement condamnés.
Fidèles à suivre la marche des hérétiques, les sociniens et les déistes prétendent que, pour savoir si une doctrine est révélée de Dieu, ou non révélée, il n'est pas question d'examiner si elle a été enseignée par Jésus- Christ, par les apôtres, ou par quelqu'un des écrivains sacrés, mais qu'il faut voir si elle est conforme à la droite raison, ou si elle y est opposée, parce qu'une doctrine contraire à la raison est infailliblement fausse, et ne peut avoir été révélée de Dieu. Il est clair que ce procédé est encore plus absurde que celui des proleslanis ; mais c'est une conséquence qui ne pouvait manquer de s'ensuivre : c'est ainsi que la prétendue réforme a frayé le cbemin au déisme. Déjà saint Augustin a réfuté cette théorie dans son livre De utilitate credendi.
1° La plupart des vérités révélées sont des mystères ou des vérités incompréhensibles à l'entendement humain ; l'examen de celle doilrineen elle-même ne peut donc aboutir qu'à conclure : Je n'y conçois rien. Or, l'ignorance et le défaut d'intelligence de noire part ne prouvent rien. 2° De savoir .si Dieu a révélé telle ou telle doctrine, c'est un fait : or, ce fait se prouve par des témoignages, et non par des arguments spéculatifs. Parce qu'une doctrine nous paraît vraie, il ne s'ensuit pas que Dieu l'ait révélée ; quand elle nous paraîtrait fausse, il ne s'ensuivrait pas non plus qu'elle n'est point révélée. Lorsqu'il est question Je savoir si telle loi est émanée de l'autorité souveraine, on ne commence point par examiner si elle est jnstcou injuste, raisonnable ou absurde, utile ou pernicieuse ; on s'en rapporte aux faits qui prouvent que celle loi «.été véritablement portée et promulguée. C'est un principe; universellement admis , qu'il est absurde d'argumenter contre les lails. 3 La révélation est faite pour les ignorants aussi bien que pour les gavants : or, les ignorants ne sont pas plus en état de juger (Je la vérité ou de la fausseté d'une doctrine en elle-même, que de décider de la justice ou de l'injustice d'uneloi quelconque. Mais l'homme le plus ignorant peut être convaincu des faits «} u i prouvent la mission divine des pasteurs de l'Eglise, loi/. Mission. — k° La voie d'examen a été de tout temps la source des hérésies; elle est encore le
principe de toute espèce d'incrédulité : parce qu'un socinien et un déiste jugent que les mystères du christianisme sont fmx et absurdes, ils décident que Dieu n'a pas pu les révéler, que toute révélation est une imposture : ils imitent l'opiniâtreté des athées, qui soutiennent que Dieu n'a pas créé le monde, parce qu'il n'est pas assez bien fait à leur gré.
Il ne faut donc pas confondre l'examen de la mission avec l'examen de la doctrine le premier esta la portée des simples fidèles, le second ne l'est pas. Lorsque la mission des pasteurs est prouvée, le devoir du fidèle est de croire sans examiner la doctrine, parce qu'il en est incapable.
AVARE, AVARICE. C'est aux philosophes moralistes de faire sentir la bassesse et les funestes conséquences de celle passion ; les théologiens la nomment l'un des sept péchés capitaux : souvent elle est censurée dans l'Ecrilure sainte. Salomon, dans les Proverbes, et les prophètes, se sont appliqués à en guérir les Juifs ; Jésus-Christ reprend fréquemment ce vice des pharisiens ; saint Paul en inspire de l'horreur et du mépris ; il dit que c'est une idolâtrie. En effet, les désirs de notre cœur sont une espèce de culte que nous adressons aux objets dans lesquels nous faisons consister notre bonheur. Il est passé en usage de dire que les avares n'ont point d'autre Dieu que l'argent.
AVE, MARIA, ou Salutation angélique, prière à la sainte Vierge, très-usitée dans l'Eglise romaine. Elle est composée des paroles que l'ange Gabriel adressa à la sainte Vierge, lorsqu'il vint lui annoncer le mystère de l'incarnation, de celles de sainte Elisabeth, lorsqu'elle reçut la visite de la Vierge, et enfin de celles de l'iiglisc, pour implorer son intercession. On l'appelle Ave, Maria, parce qu'elle commence par ces mots, qui signifient : Je vous salue, Marie.
On appelle aussi Ave Maria les plus petits grains du chapelet ou rosaire, qui indiquent que, quand on le récite, on doit dire des Ave, à la différence des gros grains, sur lesquels on dit le Pater ou l'oraison dominicale. Voy. l'Ancien sacramenlaire par Grandcolas, première partie, pag. il4.
Ave Maria (religieuses de 1'). Voy. Sainte- Claire et Cordelières.
AVÈNEMENT, se dit de la venue du Messie. On dislingue deux sortes d'avènements du Messie, l'un accompli, lorsque le Verbe s'est incarné, cl qu'il a paru parmi les hommes revêtu d'une chair mortelle ; l'autre futur, lorsqu'il descendra visiblement du ciel dans sa gloire et sa majesté pour juger tous les hommes.
Les juifs sont toujours dans l'attente du premier ai éne ment du Messie, et les chrétiens dans »clle du second, qui précédera le jugement. C'est une question parmi les commentateurs, de savoir si Jésus -Christ a parlé de ce dernier acénement dans l'Evangile (Matlh. xxiv ; Marc.x u; Luc. xxi ). Malgré les eflorts que l'on a faits pour le prouver dans unedisserlaliunsurce suj t, Bible d'Avignon, loin. Xlll, p. 'i03, il nous parait plus naturel
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de penser qu'il est seulement question du siège de Jérusalem, de la ruine et de la dispersion de la nation juive. Pour entendre autrement le discoursde Jésus-Christ, il faut forcer le sens de ces paroles : Cette génération ne passera point jusqu'à ce que tout s'accomplisse. Les Pères ont pensé, à la vérité, que les événements dont parle le Sauveur, sont une figure de ce qui doit arriver à la (in du monde ; mais aucun n'a décidé que ce soit là le sens littéral des évangélistes.
AVENÏ, temps consacré par l'Eglise pour se préparera célébrer dignement la fête de l'avènement ou de la naissance de Jésus- Christ, et qui précède immédiatement celle fête. Voy. Nokl.
Ce temps dure quatre semaines, et commence le dimanche qui tombe ou le jour de saint André, ou le jour qui en est le plus proche, soit avant, soit après, c'est-à-dire, le dimanche qui tombe entre le 27 novembre et le 3 décembre inclusivement. Cet usage n'a pas toujours été le même. Le rite ambrosien marque six semaines pour Vavent, et le sacramentaire de saint Grégoire en compte cinq. Les capitulaires de Charlemagne portent qu'on faisait un carême de quarante jours avant Noël: c'est cequi est appelé, dans quelques anciens auteurs, le carême delà Siint- Marlin. Celte abstinence avait d'abord été instituée pour trois jours par semaine ; savoir., le lundi, le mercredi et le vendredi, par le premier concile de Mâcon, tenu en 581. Depuis, la piété des fijèles lavait étendue à tous tes autres jours : mais elle n'était pas constamment observée dans toutes les Eglises, ni si régulièrement parles laïquesque par les clercs. Chez les Grecs, l'usage n'était pas plus uniforme : les uns commençaient le jeûne de Savent dès le 15 novembre, d'autres le 6 de décembre, et d'autres le20. Dans Constanlinople même, l'observation de l'avent dépendait de la dévotion des particuliers, qui le commençaient tantôt trois, tantôt six semaines, et quelquefois huit jours seulement avant Noël. — En Angleterre, les tribunaux de jud.calure étaient fermés pendant ce temps-là. Le roi Jean fil à ce sujet une déclaration expresse, qui portait défense de vaquer aux affaires du barreau dans le cours de Vavent: In adventu Domini nulla assistt capi débet; et même encore à présent il est dëfeadu de se marier pendant l'aven* sans disoense.
Une singularité à observer par rapport à lavent, c'est que, contre l'usage établi aujourd'hui d'appeler la première semaine de lavent celle par laquelle il commence , et qui e>t la plus éloignée de Noël, on donnait ce nom à celle qui en est la plus proche, et l'on comptait ainsi toutes les autres en rétrogradant, comme on fait avant le carême les dimanches de la sepluagésime, sexagésinie et quinquagésime , etc.
AVEUGLEMENT SPIRITUEL. Il consiste à ne pas sentir l'importance du salut , le prix des «races de Dieu, l'énormité de nos péchés, la nécessité de faire pénitence, etc. L'Lciiiure dit des infidèles, qu'ils sont dans
les lénèbres, et de tous les pécheurs, qu'ils sont aveugles. Lorsque cet aveuglement est volontaire, il e^t criminel sans doute; s'il ne l'était pas, il ne serait pas imputable. — Cependant nous lisons dans plusieurs endroits des livres saints, que Dieu aveugle les pécheurs, les impies, les inerédu es ; comment cela doit-il s'entendre? Souvent Dieu reproche aux pécheurs leur aveuglement: peut-il en être l'auteur? non sans doute. H est dit (Sap. n , 25 ) que les pécheurs sont aveuglés par leur propre malice, et {II Cor. iv, k) que c'est le dieu de es siècle, ou les passions divinisées, qui ont aveuglé l'esprit des infidèles ; ce n'est donc pas Dieu. Saint Paul dit que le cœur des faux sages a été aveuglé, parce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas honoré , qu'ainsi ils sont inexcusables { Rom. i, 20 et 21); c'a donc été leur faute, et non celle de Dieu. Saint Jean dit que celui qui hait son frère ne voil pas clair, que les ténèbres l'ont rendu aveugle; mais il nous avertit que Dieu est la lumière, et qu'en lui il n'y a point de ténèbres (Joan. i,5: n, 12) ; laveuglemcnt ne vient donc pas de lui. Il dit que le Verbe. divin est la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vienl en ce monde (Joan. i, 9) ; les pécheurs ne sont pas exceptés.
Dieu répète continuellement aux Juifs :
Soyez saints, parce que je suis saint : or la sainteté de Dieu consiste en ce qu'il défend le péché et le punit; il ne peut donc y contribuer en aucune manière. Dieu, dit le Sage, déteste l'impie et son impiété (Sap. xiv, 9). Et il ne donne lieu de pécher à personne [Eccli. xv, 21). Dieu ne veut pas seulement que l'on dise qu'il abandonne les pécheurs (Ibid., 11); à plus forte raison serait-ce un blasphème de penser qu'il les aveugle, qu'il leur ôte absolument toute lumière de la grâce. Enûn Jésus-Christ dit formellement aux Juifs : Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché, c'est-à-dire , vous ne seriez point coupables du péché que vous commettez , en refusant de croire en moi (Joan. îx , 41). Cela nous paraît clair. — Cependant Calvin a cité vingt passages qui prouvent que Dieu aveugle positivement les pécheurs; les incrédules ne cessent de les répéter; plusieurs théologiens en abusent pour prétendre qu'il y a des pécheurs auxquels Dieu refuse des grâces de conversion ; il faut donc les examiner en détail. La question est très-importante; il s'agit de savoir si nous n'avons pas affaire à des aveugles volontaires.
Remarquons d'abord que dans toutes les langues, même dans la nôtre, il y a deux équivoques très-communes. La première e?t de dire qu'un homme fait ce qu'il laisse faire, ce qu'il néglige d'empêcher autant qu'il le peut ; ainsi l'on attribue à un magistrat les désordres qu'il n'empêche point, à on père les passions de son (ils lorsqu'il ne les réprime point, à un maître le libertinage d'un domestique sur lequel il ne veille point. Les Pères de l'Eglise disent aux riches qui n'assistent point les pauvres: Vous ne les avez
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point nourris , vous les avez lues. Non paviiti , occidisti; et cela signifie seulement, vous les avez laissés périr. Nous «lisons à un imprudent qui s'est attiré îles malheurs par <!. faut de prévoyance el de précaution : Vous l'avez voulu, eic La seconde, qui revient au même, est d'appeler cause ce qui est seulement occasion; ainsi nous disons brusquement à un homme , vous me faites enrager , lorsque son caractère ou sa conduite sont pour nous une occasion de dépit et de colère, même contre son intention; la vraie cause est noire impatience , et souvent la bizarrerie de notre propre caractère. On dit à un jeune homme follement épris des attraits d'une femme : Cette beauté vous aveugle , vous rend fou ; souvent elle l'ignore ou en est fâchée. On dit des grands qui prodiguent leurs bienfaits, qu'ils font des ingrats; ce ne devrait pas être là le fruit des bienfaits. — C'est dans ce double sens qu'il est dit que Dieu aveugle les pécheurs; 1 parce qu'il ne leur accorde pas des lumières aussi abondantes et aussi puissantes qu'il le faudrait pour dissiper facilement leur aveuglement ; mais l'excès de leur opiniâtreté n'est pas un litre pour exiger de lui de plus grandes grâces ; 2° parce que la patience avec laquelle il les attend, les bienfaits qu'il leur accorde, leur persuadent souvent qu'il en sera toujours de même, et que Dieu ne les punira pas. Dieu dit aux Juifs (Isaï. xlwi , 24): Vous m'avez fait servir à vos propres iniquités, c'esl-à dire, vous avez abusé de mes bienfaits pour m'offenscr.
Toutes ces façons de parler, abusives et fausses en bonne logique , ne doivent pas plus nous surprendre en hébreu qu'en franc is , dans les auteurs sacrés que chez les écrivains profanes.
Le passage le plus fort qu'il y ait sur cette matière est dans le prophète lsiïe, ebap. vi, v. 9. D;eu lui dit : Va el dis à ce peuple, Ecoutez et n'entendez pas, voyez et ne comprenez pas. Endurcis le cœur de ce peuple, bouche-lui les oreilles et ferme-lui les yeux, de peur qu'il ne voie, n'entende el ne comprenne, qu'il ne se convertisse et que je ne le guérisse. Ji sques a quand, Seigneur? Jusqu'à ce que ses villes soient sans habitants, ses maisons désettes, et ses terres sans culture. Si l'on prenait ce passage à la lettre, rien ne serait plus absurde. 1° Ce serait une contradiction de la part de Dieu d'envoyer un prophèle aux Juifs pour leur faire des reproches, s'il avait le dessein de les aveugler et de les endurcir : ils l'étaient déjà. 2° Isaïe n'avait certainement pas le pouvoir de les rendre pires qu'ils n'étaient. Il est donc évident que c'est ici une prédiction, et non un commandement ; le sens est : « Va dire à ce peuple : Vous écoutez el n'entendez jias, vous vogez et ne comprenez pas. Mais laissele endurcir son cu'ur, se boucher les oreilles, se fermer les yeux, parce qu'il craint do voir, d'entendre el d'être guéri ; cl cela durerajusqu'à ce que l'excès de ses malheurs le lasse rentrer en lui-même. » Celle menace était évidemment plus propre à convertir les
Juifs qu'à les aveugler ; c'est le langage d'un père irrité contre ses enfants, mais qui voudrait les changer, afin de ne pas être obligé de les punir.
Ce passage d'Isaïe est répété cinq ou six fois dans le Nouveau Testament. Mutth. mi, 13, Jésus-Chri>l dit des Juifs : Je leur parle en paraboles, parce qu'ils regardent et ne voient pas, ils écoutent et ils n'entendenlpas,et ne comprennent rien. Ainsi s'accomplit à leur égard la prophétie d'isae, qui leur dit : Vous écouterez ET N'ENTENDREZ PAS, VOUS RECAUDE-
rkz et ne verrez pas. Car le cœur de ce peuple est appesanti; ils ouvrent à peine les oreilles, ils ferment les yeux de peur de voir, d'entendre, de comprendre, de se convertir et d'être guéris. Ainsi le Sauveur attribue à la malice volontaire des Juifs ce que la prophétie semblait attribuer à Isaïe lui-même. Malgré celte évidence, les incrédules concluent que Jésus-Christ parlait exprès aux Juifs eu paraboles, afin de les aveugler et de les endurcir. Quoi 1 des paraboles sensibles, des comparaisons palpables, n'étaient-elles pas la leçon la plus propre à ouvrir les yeux d'un peuple grossier et obstiné? 11 était question là de la parabole de la semence, image de la parole de Dieu, et des causes qui l'empêchent de produire du fruil ; celte énigme n'était pas fort difficile à comprendre.
Cependant, disent les incrédules, Jésus- Christ témoignequ'il n'a aucune envie d'ouvrir les yeux aux Juifs; lorsque ses disciples lui demandent : Pourquoi parlez-vous enparaboles à ces gens-là? il répond : Parce qu'il vous est donné de connaître le mystère du royaume des cieux, au lieu que cela ne leur est pas accordé {Ibid., 11). Ensuite il explique è ses disciples en particulier le sensde la parabole, et ne l'explique point au peuple. — Mais pourquoi n'était-il pas douné aux Juifs de connaître les mystères du royaume de Dieu? Parce qu'ils ne le voulaient pas : Jésus-Christ le dit formellement; ils fermaient les yeux, ils se bouchaient les oreilles, elc. S ils lui avaient demandé une explication dans le dessein d'en profiler, il la leur aurait donnée aussi bien qu'à sesdisciples. — Point du tout, répliquent les incrédules; suivant saint Marc, chap. iv, v. 11, Jésus-Christ dit à ses disciples : // vous est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, au lieu qu'aux étrangers tout est dit en paraboles, afin qu'ils voient sans connaître, qu'Us écoutent sans entendre,de peur qu'Us ne seconver tissent, et que les péchés ne leur soient remis. — Eausse traduction ; fat en grec, ut en latin, ne lignifient point là afin qui , mais de manié, etjiie ; il serait absurde de supposer que Jesus-Chr isl parlait, instruisait, reprenait les Juifs, afin qu'Us n'écoutassent pas et ne fussent pas cumertis. Y oy. Inten iion.
Dans le même sens, Jésus-Christ dit [Joan. \x, 3i)J : Je suis venu dans ce monde pour exercer un jugement, de manière que ceux i/ui ne voient jxis soient écluucx, d </uc ceux qui voient deviennent aveugles. La suite donne l'explication. Les pharisiens lui demandèrent : Sommes - nous dune aussi des
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aveugles? — Si vous l'étiez, répliqua le Sauveur, vous n'auriez point de péché; mois vous dites nous voyons; votre péché demeure.
Donc, si Y aveuqlemmt dos pharisiens était venu de Jésus-Chrisl, et non de leur opiniâtreté, ils auraient été exempts de péché. — Joan. su, 37, nous lisons encore : Quoique Jésus eût fait de si grands miracles en présence des Juifs, ils ne croqaimt pas en lui, de ma - N ère qu'ils accomplissaient ce qu'a dit Isaïe : « Seigneur, qui a cru ce que nous avons annoncé, qui a reconnu l'opération de votre bras? » Ils ne pouvaient pas croire, parce qu'lsaïe a encore dit : Dieu les a rendus aveugles et a endurci leur cœur, de mamèrk qu'ils ne voient point, etc. — A ce sujet, saint Augustin dit : « Si l'on me demande pourquoi ils ne pouvaient pas croire, je répondrai d'abord, parce qu'ils ne le voulaient pas... S'ils ne 1p voulaient pas, c'était la faute de la volonté humaine Ils étaient si orgueilleux, qu'ils voulaient leur propre justice, et non cille de Dieu. » (Tract. 53 in Joan., n. G et 9.) Tous les jours nous disons dans le même sens : Cet hommi ne peut se résoudre à faire telle chose; et cela signifie seulement qu'il ne le veut pas, qu'il le refuse avec obstination.
Soutiendra-t-on que les juifs refusaient de croire, afin d'accomplir la prédiction d'Isaïe, et que Dieu les aveuglait positivement, afin de les rendre incrédules? Non-seulement 1 on dira deux absurdités, mais l'on contredira l'évangéliste ; il ajoute que cependant plusieurs des principaux Juifs crurent en Jésus-Christ, mais qu'ils ne se déclaraient pas, à causedes pharisiens, et de peur d'être chassés de la synagogue. Puisque les principaux crurent, il ne tenait qu'aux autres de faire de même.
Même langage dans saintPaul. En parlant de l'incrédulité des Juifs, il leur applique encore la prédiction d'Isaïe (Acl. xxviii, 24, et suiv. ; Rom. xi, 7);mai9 il ajoute que, malgré leur obstination, Dieu les aime encore à cause de leurs pères, et qu'il les a laissés dans l'incrédulité, aussi bien que les gentils, afin d'avoir pitié de tous, vers. 28 et 32. Ce n'était donc pas afin qu'ils demeurassent aveugles et incrédules.
Dès le n' siècle, saint Irénée a donné cette réponse aux marcionites, qui abusaient déjà des passages que nous venons d'examiner. « C'est le même Dieu, dit-il, qui aveugle les incrédules qui le méprisent, comme le soleil, sa créature , aveugle ceux qui ne peuvent pas regarder sa lumière à cause de quelque maladie des yeux, et qui accorde une lumière plus grande et plus parfaite à ceux qui croient en lui et le suivent... Comme il connaît toutes choses d'avance, il laisse dans l'incrédulité ceux dont il prévoit la résistance, il sedétourne d'eux et les laisse dans les ténèbres qu'ils ont choisies euxmêmes, p (Adv. Hœr., 1. iv, c. 29.) Terlullicn répond à peu près de même à ces hérétiques, 1. n adv. Marcion., cap. 14, et Origène, de Princip. I. ni, c 1, n. 11.
Cependant saint Augustin semble avoir
pensé que Dieu aveugle positivement les pécheurs pour punir leurs passionsdéréglées : Spargens pœnales cœcitales super illicitas eupiditales, Confess., 1. l, c. 18, n. 29 ; et il l'a répété plus d'une fois. Mais il a aussi expliqué plus d'une fois ce qu'il entendait par là. « Dieu, dit-il, aveugle et endurcit, en abandonnant et ne secourant pas. » (Tract. 53 in Joan., num. 6.) Quiconque est tombé dans l'aveuglement d'esprit est privé de 1 1 lumière intérieure de Dieu, mais non pas entièrement, tant qu'il est dans cette vie. » (Ennrr. in Psal., c. vi, n. 8.) Il applique à Jésus- Chrisl tout ce qui est dit du soleil dans le psaume xvm. « Lorsque le Verbe s'est fait chair, dit-il, et qu'en se revêtant de notre mortalité il a daigné habiter parmi nous, il n'a pas voulu qu'aucun homiin' pût s'excuser d'être dans les ombres de la mort, et la chaleur du Verbe y a pénétré. » Voy. Grâce, § 3; Endurcissement.
AVOCAT, AVOCATE. Voy. Paraclet.
AZAZtëL. Voy. Bouc émissaire.
AZOTE. Voy. Septuagésime.
AZIME, du grec S.'ç,vy.o-, sans levain, pain qui n'est pas fermenté. Depuis le schisme des Grecs, consommé dans le xr siècle par le patriarche Michel Cérularius, il y a eu dispute entre euxet les Latins, pour savoir si le pain dont on se sert pour la consécration do l'eucharistie, doit êtrelevé ousans levain ; les Grecs et les autres Orientaux, les Syriens jacobites et maronites, les cophles elles nesloriens, se servent de pain levé, et il paraît que cet usage est établi chez eux depuis les premiers temps du christianisme; les Latins consacrent du pain azyme, et les savants ne conviennent point de l'époque à laquelle cette coutume a commencé, quoiqu'elle n'ait pas été toujours généralement observée.
Bingham , charmé de trouver une occasion de blâmer l'Eglise romaine, prétend que l'usagedes pains azymes, que nous nommons hosties, a été inconnu dans toute l'Eglise avant le xie siècle; il veut nous le prouver par saint Epiphane, qui parle du pain azyme comme d'un rite affecté par les ébionites (Fïœr. 30, n. 15) ; par saint Ambroise, qui appelle le pain de l'eucharistie un pain usuel, de Sacram., 1. iv, c. k\ par l'auteur de la Viedu pape Melchiade, mort l'an 314, qui nomme l'eucharistie fermenlwn ; par le pape Innocent 1er, mort en 417, qui l'appelle de même dans une de ses loltres; enfin , parce que Pholius, qui commença le schisme des Grecs au ixe siècle, n'objecte point aux Latins l'usage du pain azyme, au lieu que Michel Cérularius leur en fil un crime en 1051 : donc, dit Bingham, il n'eu était pas encore question dans l'Eglise latine (Orig. ecclés., 1. xv, c. 2, § 5.) — Mais ces preuves ne peuvent pas prévaloir aux témoignages positifs d'Alcuin en 790, et de Raban- Maur en 819, qui parlent du pain azyme, comme d'un usage commandé et nécessaire à observer ; le premier connaissait la pratique des Eglises d'Angleterre, et le second celle des Eglises d'Allemagne. Lorsque
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le rite grégorien fut introduit en Espagne, gallican et au missel gothique ou mozara -
dans le xr siècle, au lieu du rite mozarabiqoe, les Eglises do ce royaume ne changèrent rien dan9 le pain dont elles se servaient pour l'eucharistie; le pj'wazyme y était donc usité, au moins depuis la fin du vie siècle. Dans le x' et le xi\ le pape Léon IX soutint, contre les Grecs, que l'on s'en servait en Italie de temps immémorial. — Ce que saint Epiphane a dit des ébionites, nous donne lieu de penser que, dans l'Eglise grecque, l'on s'abstient de consacrer du pain azy-
bique, la manière dont cela s'est fait, et les motifs par lesquels on s'y est déterminé : pourrait-on ignorer l'origine du pain azyme, si l'usage du pain levé avait été constant et universel dans tout l'Occident?
Il est à peu près certain que Jésus-Christ a consacré l'eucharistie avec du pain azyme, puisque c'était le seul dont il lût permis d'user dans la célébralion de la Pâque : celte considération jointe à la leçon que
me, de peur de paraître approuver Ter- saint Paul fait aux fidèles (/ Cor. y, 7):
reur des hérétiques, qui en usaient par attachement aux rites judaïques; mais la même raison n'avait pas lieu dans l'Occident, où les ébionites ne parurenljamais. — II n'est pas prouvé que du temps de saint Ambroise le pain usuel fût du pain levé; aujourd'hui encore le peuple des campagnes mange souvent des gâteaux de pain sans levain; il semble au contraire que dans la Vie du pape Melrhiade, et dans la lettre d'Innocent Ier, le mot fermentum est employé pour distinguer le pain eucharistique du pain ordinaire. — Du silence de Pholius, l'on doit seulement conclure que ce patriarche et les autres Grecs n'attachaient pas pour lors au pain levé autant d'importance qu'ils lui en ont donné cent soixante ans après, lorsqu'ils ont voulu absolument consommer leur schisme, et que dans le xi« siècle ils ont été moins raisonnables qu'au ix*. — On ne se persuadera jamais que dans cet intervalle les Eglises d'Italie, des Gaules, d'Espagne, d'Angleterre et d'AHe-
Purifiez-vous du vieux levain, etc., a fait conclure que le pain azyme était le plus convenable pour l'eucharistie. Aujourd'hui encore les Abyssins cophles se servent de pain azyme pour consacrer l'eucharistie le jour du jeudi saint: les arméniens ont affecté de ne mettre ni levain dans le pain eucharistique, ni vin dans le calice, afin d'exprimer ainsi leur erreur touchant l'unité de nature en Jésus-Christ ; les ébionites s'abstenaient de célébrer avec du pain levé, par attachement aux rites judaïques ; mais l'Eglise latine ne s'est conduite par aucun de ces motifs. C'est très-mal à propos que les Grecs l'ont voulu charger de ce ridicule; par mépris, ils nous appellent azymites; par réciprocité on les a nommés fermentaires. Les protestants auraient dû s'abstenir d'imiter l'opiniâtreté des Grecs. L'Eglise latine a été plus raisonnable qu'eux ; lorsqu'ils consentirent à se réunir à elle au concile de Florence, il fut décidé que chacune des deux églises serait libre de conserver son ancien
magne, ont conspué tout à coup â se servir usage. (Le Brun, Explic.des Cérémon.,1. V, de p*ain azyme contre leur ancien usage, p. 116 et suiv.)
sans que l'on puisse découvrir aucun motif ni aucun événement qui ait pu donner lieu à ee changement; on sait le temps auquel le missel grégorien a été substitué au missel
Thiers fait mention de plusieurs superstitions pratiquées par différentes sectes à l'égard du pain eucharistique. (Z'r. des superstitions, t. 11, 1. m, ch. 1.)
BAAL ou BEL, divinité des Assyriens, des Babyloniens ou Chananéens, des Carthaginois,etc. Ce nom signifie Seigneur ; il parait synonyme à Muloch, prince ou roi ; c'est un des noms anciens du soleil : la première idolâtrie a été l'adoration des astres. Voy. Astbbs.
On sacrifiait à Itaal ou à Molocli des victimes humaines, des hommes faits ou des enfants ; et ce culte impie fut souvent imité par les Juifs, malgré la défense expresse que Dieu leur en avait faite {Peut., \n, 30). Jelémic leur reproche d'avoir brûlé leurs enfants en holocauste à Baal (\\\, îi), et de les avoir initiés à Moloch (xxxn, 35). — Les rabbins, pour diminuer l'horreur de ces sacrifices impies, soutiennent que leurs un- < êtres ne brûlaient pas leurs enfants, mais qu'ils les faisaient seulement passer par le
feu à l'honneur de Moloch. Les expressions de Jérémie, comparées à la loi du Deutéronome, semblent témoigner le contraire. Si dans le culte de Baal il n'en coûtait pas toujours la vie à quelqu'un, ses autels du moins étaient souvent arro>és du sang de ses propres prêtres. On le voit par le sacrifice sur lequel Elie les défia de faire descendre le feu du ciel. //.* se blessaient selon leur usat/r, dit l'écrivain sacré, arec des couteaux ri d«S lancettes, jusqu'à i e qu'ils fussent couverts de $ang [III Reg. xvm, 28).
Dans la suite, on a cru que le Dieu Ile! des Assyriens était Nemrod , et que celui des Phéniciens était un roi de Tyr; mais il n'y eu a aucune preuve, le culte rendu aux morts est postérieur de beaucoup à l'adoration des astres. 11 n'a commencé que
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quand il y a eu des rois assezpuissanls pour en imposer aux hommes par l'éclat du faste, et. des peuples assez esclaves pour pousser la flatterie aux derniers excès. Voy. la Dissertation sur Moloch, etc., Bible d'Avignon, t. Il, p. 355; Mém. de l'Académie des lu script., I.LXXI,in-12, p. 172.
Quand on considère les désordres et les rrimes dont l'ancienne idolâtrie était accompagnée, on n'est plus surpris de ce que Dieu l'avait défendue aux Israélites sous peine de mort.
BAAL1TES, adorateurs de Baal. Pour excuser le culte rendu au soleil , et toutes les autres espèces d'idolâirie, quelques incrédules ont prétendu que ce culte se rapportait au vrai Dieu ; que les polythéistes adoraient, dans les asires et dans les différentes parties de la nature, la puissance et la bonté du Créateur. C'est prêter des idées bien spirituelles à des hommes Irès-grossiers , et dont nous avons peine à concevoir toute la stupidilé.
S'il y avait une idolâtrie excusable, ce serait sans doute le culte du soleil ; cet astre est, pour ainsi dire, l'âme de la nature ; rien de plus pompeux que les hymnes faits à son honneur par les anciens poêles. Mais si l'on avait demandé aux Péruviens, qui l'adoraient, à quel personnage ils avaient intention de rendre leurs respects et leurs veux, iln'tst pasà présumer qu'ils auraient nommé le Créateur de l'univers, dont la Providence gouverne toutes choses. Ils croyaient que le soleil était un être animé et intelligent ; c'était même l'opinion des philosophes grecs; c'est donc à lui que s'adressaient les hommages qu'on lui rendait, puisque l'on était persuailé qu'il voyait, entendait et approuvait ce que l'on faisait pour obtenir ses faveurs. Lorsque Zoroaslre voulut donner une religion nouvelle aux Chaldéens qui adoraient les astres, il ne pensa point que leur culte eût aucun rapport au seul Dieu créateur du monde. — Il y a plus. Celse, Julien , Porphyre, ont fait un crime aux chrétiens de ce qu'ils ne voulaient rendre aucun culte aux génies, aux prétendus dieux inférieurs ou .secondaires, auxquels, selon eux , le Dieu suprême a confié le gouvernement de l'univers. Ils soutenaient, comme Platon , que ce Dieu suprême était trop grand ou trop occupé de son bonheur, pour se mêler des choses de ce monde ; conséquemment qu'il était fort inutile de lui rendre aucun culte , que l'encens, les prières et les offrandes devaient être adressées seulement aux génies , ou dieux inférieurs. Porphyre , Traité de l'abstinence, liv. n, c. 34, 37, 38. Le soleil, sans douie , était un de ces dieux ; en quel sens le culte qu'on lui rendait pouvait-il se rapporter au vrai Dieu ?
Sans entrer dans une plus longue discussion, nous pouvons êlre as-jurés que si l'idolâtrie avait eu quelque rapport au Créateur, elle n'aurait pas fait naître chez les païens tant d'absurdités et tant de crimes, et Dieu ne l'aurait pas punie par des châtiments si
rigoureux. Voy. D:ëux des Païens, Idolâtrie.
BAAN1TES, hérétiques, sectateurs d'un certain Baanès, qui se disait disciple d'Epaphrodile, et enseignait les erreurs des manichéens vers l'an 810. Voy. Pierre de Sicile, Hist. du manichéisme renaissant. Baronius , ad ann. 810.
BABEL. L'histoire sainte rapporte que les hommes rassemblés d :ns les plaines de Sennaar n'avaient encore qu'un même langage j qu'ils formèrent le dessein de bâtir une tour élevée jusqu'au ciel, avant de se séparer, ou plutôt afin qu'elle leur servît de marque pour ne pas se séparer ; que Dieu, pour renverser ce projet, confondit leur langage sur le lieu même, de manière qu'ils ne s'entendirent plus les uns les autres; qu'ainsi il les força de se diviser pour aller habiter différentes contrées : que celle tour reçut le nom de. Babel, confusion , parce que le langage des hommes y fut confondu. Gen. xi (1).
Cet événement arriva l'an du monde 1802 ;
(1) A l'histoire de la lourde Babel se rattachent des questions de la plus haute philosophie. Civilisation antique, unité primitive du langage, dispersion des peuples; ces faits sont bien digues de lixer l'allenlion d'un véritable philosophe. Tous ils sont intimement liés à l'histoire de la tour de Babel. Pour les résoudre , nous ramènerons tout ce que nous avons à en dire à ces trois points : 1° la construction de la tour de I5abel ne suppose-t-elle pas des hommes plus nombreux et plus civilisés que ne pouvaient l'être cent vingt ans après le déluge les enfants de Noé ; 2" l'unité primitive du langage est-elle un fait constaté par la science ? — La contusion des langues date-telle réellement de la tour de Babel ; 5° la plaine de Sennaar, ou le centre de l'Asie, est-il , comme le suppose le récit de Moïse, le berceau des peuplesetle point de départ de la civilisation antique?
Ire Question. — La construction de la tour de Babel ne suppose telle pas des hommes plus nombreux et plus civilisés que ne pouvaient l'être cent vingt ans après le déluge les enfants de Noé ?
Echappés au déluge , les enfants de Noé forment bientôt le projet d'élever une tour dont la hauteur atteigne le ciel. — Cet événement, dont le souvenir s'est conservé chez tous les peuples, arriva , selon la différence de chronologie, ou cent vingt ans , ou environ quatre cents ans après le grand cataclysme. Si nous nous en tenions à celle dernière da e, qui a ses raisons, nous rencontrerions à peine quelques difficultés. Mais adoptant la première, on nous demande comment alors il s'est trouvé assez d'hommes, et chez ces hommes assez de connaissance des ans, pour une entreprise si gigantesque.
Si les dimensions de la tour de Babel nous étaient bien c mnues, s'il était vrai qu'elle eûl été élevée à une hauteur prodigieuse, peut-être partagerions-nous la surprise de nos aJvers. ares ; mais les fouilles entreprises en différents temps sur le terrain de Babvlone, n'ont éclairé ni sur le lieu, ni sur la masse de la tour de Babel. Toutefois accordons-lui le prodigieux qu'on lui suppose; la terre n'a v ait-elle ni assez d'habitants ni aîsez de civilisation , pour conduire à lin une telle entreprise ?
Pour rendre compte du coins que la propagation de l'espèce humaine suivait alors , il serait injuste de le comparer avec les naissances actuelle-. Selon le témoignage de l'Ecriture et d'une multitude d'auteurs anciens, alors fs hommes. vivaient très-longtemps, ci les femmes engendraient dans un âge très-
BAB
IUI!
Phalrg, le dernier des patriarches de la fa- date s'accorde avec les observations q«e Calmille de Scm , venait de naître ; selon quel- listliène envoya de Babylone à Aristoto; el!< s ques conimenlaieurs, il avait alors quatorze étaient de 1603 ans ; c'est précisément Tinans, et son nom signifie dispersion. Celle tervalle de temps qui s'élail écoulé depuis la
avancé. L'appréciation de ces circonstances fera comprendre que le nombre des hommes pouvait être Irès-grand même après le déluge. — Mais avaient-ils assez de connaissance des ans pour former le dessein d'élever la tour de Babel ?
Noé, qui existait encore, était il inhahile à donner le plan de cette construction, et à en diriger les travaux ? Ses enfants n 'avaient-ils pu connaître de lui la civilisation antédiluvienne? Etaient-ils si grossiers et si éloignés des arts, les peuples anciens, qui avaient à peine quitté le berceau du genre humain quand déjà ils élevaient des édifices qui devaient résister à pi es de quarante siècles? car de bons critiques ne recul nt pis de beaucoup d'années la construction des pyramides (Vor Bossuet, Hist. univ.)
Reconnaissons-le, il n'y a que la mauvaise foi qui puisse avancer qu'il n'y avait alors ni assez d'habitants ni a^se/. de civilisation pour élever l'édifice de Babel. — Il était en cours d'exécution , lorsqu'un grand événement força les ouvriers à le laisser inachevé.
IIe Question. — L'unité pimilive du langage est-elle un fait comlaé par la science? La confusion des tangues d«ie-t-elle réellement de la tour de Babel?
Dieu descendit et troubla ce monument d'orgueil. Il mil la confusion dans les langues des peuples qui auparavant parlaient le même langage (Gènes, xi, 7). Ces paroles de l'Ecriture nous indiquent les deux points de notre question.
1* L'unité primitive du langage est-elle un fait constaté par la science? La linguistique nu ethnographie a fait de grands progrès dans ces derniers temps. Les connaissances qu'elle a acquises des différentes langues parlées sur ta terre, des affinités qu'elles ont entre elles, des rapports qu'elles ont conservés avec les langues anciennes d'où elles sont dérivées, répandent une lumière prodigieuse sur la question qui nous occupe. L'ethnographie , par des démonstrations aussi rigoureuses qu'intéressantes, a prouvé que tous les idiomes connus ont avec une souche commune d • nombreuses analogies de forme, de racine, qu'on ne saurait raisonnablement attribuer au hasard. Elle a démontré par de savantes comparaisons que, malgré la surprenante variété des idiomes, nous parlons en réalité et radicalement la langue d'un peuple ancien dont elle ne fixe pas l'antiquité. Elle laisse pour constant à l'intelligence h plus vulgaire que plus on rétrograde dans les siècles, plus on voit les langues diminuer de nombre, pour se confondre en quelques-unes, et qu'en poussant plus loin dans les temps, on arrive de langue en langue à une époque où les hommes parlaient le même langage.
i 11 suffit, dit M. Balbi , d'une légère teinture des différents idiomes pour saisir la chaîne qui par mille anneaux les rattache à la même origine. >
Tel est le résultat de travaux dignes de notre admiration, mais dont l'avantage le plus réel est de reconnaître que la Bible a dit vrai sur un des points les plus importants de l'histoire humaine (V. Ethnociiaiuiie.)
2* Tout en attestant l'unité primidve du langage, la science si; laîl sur l'époque de la confusion des langues. Les histoire* des différents peuples anciens, sans j' 1er une lumière bien vive, sur l'objet de notre examen, en laissent entrevoir le moment. A l'exception de l'histoire du peu pie de Dieu, il n'en est aucune vraiment d'gncde ce nom, qui remonte au delà de l'époque où les enfants de Noé se dispersèrent. Bien ne prouve donc que la confusion ait précédé la date de Moïse, qu'elle ail suivi de près la dispersion des peuples, c'est Uli fait qui parait inconte table,
puisque les vieilles nations ont des histoires qui les mènent, pour ainsi dire, au pied de la tour de Babel. L'histoire sainte seule lève la dilficulté par ces paroles de l'Ecriture: Ibi confusum est labium uni versas terrœ. Il est vrai que saint Grégoire de Nysse entend ces paroles d'une confusion lente, arrivée par les moyens ordinaires après la dispersion des peuples. Les déductions de l'ethnographie appuieraient peut-être celle opinion. Alais le texte sacré nous parait trop clair pour oser déserter l'opinion commune. Les langues étaient confondues, les ouvriers de la grande tour ne s'entend lient plus, lis se dispersèrent. Ils allèrent porter la civilisation dans de nouvelles contrées. C'est ce qui sera l'objet de notre examen.
IIIe Qur.STioN. — La plain' de Sennnar, ou le centre de CAsie est-il, comme le suppose M vise, te berceau des peuples et le point de dépari de la civilisation antique ?
1° La plaine de Sennaar est-elle le berceau des peuples? — Ce point d'histoire, si clairement écrit dans la Bible, se lit dans l'histoire du monde, dans la marche des nations, dans le résultat des recherches de la science.
Il y a une chose bien frappante dans l'histoire, c'est qu'elle nous montre tous les peuples tournant uniformément leurs regards vers l'Orient , s'adressant à un même pays , et ce pays est le centre de l'Asie. Les empires commencent-ils? c'est là qu'il faut aller les cherci er. Les Cités s 'élèvent-elles ? c'est là qu'elles sont placées, c'est là qu'on trouve Ninive et la grande Baltylone ; et un peu plus lard, la superbe Tyr. Les nations ignorent-elles leur origine? c'est là qu'elles vont la demander.
Il faut des habitants à de nouvelles contrées; des fondateurs à de nouvelles villes ? C'est de là qu'ils viendront. Et hii n*©i Carthage s'élève, la Grèce se cultive, le Latium est peuplé. A mesure que les hommes se multiplient, la terre secouvic de pioche en proche; les peuples se chassent en sens divers. Mais ils sortent d'un même lieu. C'est un lui remarquable (pie toutes les émigrations se sont toujours laites du centre de l'Asie vers le.- extrémités, et jamais des extiémités vers le centre.
L'ethnographie fortifie ces motifs puissants. Si l'unité primitive du langage est un fait acquis par l.i science, c'estaussi un fait prouvé par elle, que la souche commune des langues est au centre de l'Asie, et, par une conséquence inévitable, que c'est là qu'il faut aller chercher le berceau du genre humain. Parues rapprochements heureux qui ne se démentent jamais, M. Balbi a démontré que toutes les langues connues ont une ressemblance parfaite avec la lamille des langues orientale-, je veux dire des langues hébraïque, syriaque, modique, arabique et abyssinienne. S'il est vr.ii que là où l'on trouve tes langues premières, on doit reconnaître les hommes premiers, nous conclurons, au profit de notre cause, que si le. centre de l'Asie est le berceau des langues, il esl aussi celui des peuples.
A celle preuve si parlante de la véracité de nos livres sainis, les Chainpollinn, les Figeac.elc, viennent d'y en ajouter une autre qui, parce que leurs travaux ne sont pas encore terminés, ne finit pas la question, mat! laisse apercevoir l'aurore du grand jour qu'elle doit en tirer. Ces laborieux orientalistes, interrogeant naguère la mystérieuse Egyple, ont lu la langue des Heureux, sur ses obélisques, sur les
parois de ses temples, au dos doses statues
Dans la ville des mous ils ont retrouvé la langue
lî
B.VB
BAB
fondation de la tour de Babel jusqu'à l'entrée d'Alexandre à Bahylone.
L'Ecriture remarque encore que cette masse d'édifice était de brique liée avec <lu bilume : les voyageurs nous apprennent que dans ce même lieu la terre continue à vomir une quantité prodigieuse de bilume. On trouve, à un quart de lieue de l'Euphrale, vers l'orient , des ruines que Ton croit être les restes de la tour de Babel; mais cette opinion n'est appuyée sur aucune preuve.
Quelques incrédules ont fait des difficultés contre l'histoire de la confusion des langues et de la tour de Babel. Selon la Genèse, disent-ils, cette entreprise fut faite cent dixsept ans après le déluge ; pendant un si court espace, il ne pouvait pas être né assez d'hommes pour former toutes les peuplades dont parle Moïse, pour faire un édifice aussi immense, et il n'y avait pas eu assez de temps pour inventer tous les arts nécessaires à l'exécution d'un pareil ouvrage. — Mais Moïse ne suppose point que pour lors la terre fût déjà couverte de toutes les peuplades dont il parle au chapitre x de la Genèse ; il y détaille d'avance les générations qui ne vinrent au monde qu'après la dispersion. — Connaît-on assez quelle fut la masse et la hauteur de la tour de Babel, pour assurer qu'il n'y avait pas alors assez d'hommes existants pour l'avoir faite? Le désir qu'ils avaient de construire une tour fort haute, ne prouve pas qu'ils l'aient élevée en effet à une grande hauteur. Il n'y a d'ailleurs au-
saiute, et à celle contrée si avare de ses secrets, ils oni penl-êlre r.ivi celui de son origine. — Los annales des Indes et de la Chine, mieux appréciées par les savants, nous montrent ces contrées ayant à leine quelques bouigardes lorsque depuis longtemps la plaine de Sennaar avait des villes opulentes. — Noire dissertation de l'unité de l'espèce humaine (Voy. Homme, noies) ne peui laisser aucun doute que les Américains éiaient sortis de l'ancien continent.
Il n'y aurait donc que la plus insigne mauvaise foi qui pourrait contester au centre de l'Asie le privilège d'avoir été le berceau des peuples.
2° Ful-il aussi le point de départ de la civilisation antique ? — Ce point nous paraît une conséquence m nécessaire des faits que nous venons d'établir, qu'il nous semble inutile d'entrer dans de nouveaux développements. En nous p:ésentanl le centre de l'Asie connue le berceau de tous les peuples, l'histoire nous le montre aussi comme le point culminant de la civilisation. Athènes et. Rome n'avaient aucun monument remarquable, que Babylone était l'élonnement de l'univers. Non contentes d'en avoir transporté -les sciences et les arts, les anciennes nations allaient encore redemander de nouvelles lumières à la mère patrie. Lorsque l'Asie et la Grèce n'étaient pas encore le centre delà civilisation, leurs sages ei leurs philosophes allaient en Asie chercher les sciences qui les ont placés si haut. L'histoire atteste trop bien ce fait pour qu'il puisse être contesté; mais au besoin nous pourrions en trouver la preuve dans les sciences el dans les arts : car chez toutes les nations on trouve tracés en caractères indélébiles, dans leurs coutumes el même dans leurs monuments, des preuves évidentes d'une origine asiatique. Nous ne faisons qu'indiquer celle considération, les développements nous entraîneraient bien au delà d'une simple annotation.
cune nécessité de s'en tenir à la -chronologie du texte hébreu, louchant la dale de cet événement ; suivant les Septante et le texle samaritain , il n'est arrivé qu'environ quatre cents ans après le déluge. — Noé et ses enfants connaissaientles arts, puisqu'ils avaient bâti l'arche; ils n'en perdirent point la connaissance pendant l'année du déluge; ils purent donc la donner à leurs descendants , sans que ceux-ci fussent obligés de les inventer.
Ces mêmes critiques demandent comment toutes ces peuplades pouvaient avoir encore la même langue, pendant que Moïse a dit , dans le chapitre précédent, que chacun avait sa langue ; comment elles se trouvaient rassemblées dans les plaines de Sennaar, après qu'il a dit qu'elles étaient allées peupler le Nord et le Midi. — Ferons-nous un crime à cet historien d'avoir dit, par anticipation et brièvement dans le chapitre x, ce qu'il se proposait d'exposer plus en détail dans le chapitre suivant? Si c'était une faute, on pourrait la reprocher à tous les écrivains de l'antiquité.
Lorsque les censeurs de Moïse témoignent leur étonnement de ce que la construction de la tour de Babel et la confusion des langues sont deux faits dont les auteurs profanes n'ont eu aucune connaissance, ils montrent eux-mêmes que les leurs sont trèsbornées. Eusèbe, dans sa Préparation évangéli/ue, liv. ix, c. li, 17, etc., nous a conservé un fragment de l'histoire d'Assyrie, écrite par Abydène, où ces deux grands événements sont rapportés ; donc la tradition en était conservée sur le lieu même. Il cite encore Artapan et Eupolème , qui disent la môme chose. Il paraît que la guerre des Titans contre les dieux, dont parlent les poètes, n'est autre chose que l'entreprise de Babel déguisée par les fables. Celse et Julien prétendaient au contraire que Moïse avait emprunté des païens toute celle histoire; mais les écrits de Moïse sont plus anciens que ceux des poètes ; Tatien, Origène, saint Cyrille, l'ont prouvé par tous les monuments de l'histoire profane (1).
D'autres critiques, dont l'ambition élait de diminuer le nombre des miracles, ont voulu faire disparaître celui de la confusion des langues à Babel. Selon le génie de la langue hébraïque, disent-ils, cette expression de Moïse : Toute la terre n'avait qu'une bouche et une parole, peut signifier que tous les hommes étaient parfaitement d'accord, n'avaient qu'un même sentiment et un même dessein ; par conséquent les paroles suivantes, Dieu confondit leur langage, peuvent signifier que par la permission de Dieu la di-corde se mit entre eux, et qu'ils se séparèrent pour aller habiter différentes contrées. Or la différence de leur langage dut résulter naturellement de leur séparation même ; très-peu de temps suffit pour que deux peuples qui ne se fré-
(1) Voy. les notes de Jean Leclerc dans le Traité de ld Religion de Grotius [ Démonsl. cvmiy. éd't. Mignej.
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