‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 9 sur 183 · DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

DICTIONNAIRE

DE

THÉOLOGIE DOCHATIQIfl.

AAEON, frère de Moïse , premier pontife de la religion juive. On peut voir son histoire d.ins.l'Exode et dans les livres suivants; ce n'est point à nous d'en rassembler les traits; mais nous sommes obligés de justifier les deux frères de quelques reproches que leur ont faits les censeurs anciens et modernes de l'histoire sainte.

Ils ont dit que Moïse avait donné à sa tribu et à sa famille le sacerdoce par un motif d'ambition. S'il avait agi par ce motif, il aurait mm doute assuré à ses propres enfants le. poniitical plutôt qu'à reux de son frère : il ne l'a pas fait ; les enfants de Moïse demeurèrent confondus dans la foule des lévi- 1e*. Dans le testament de Jacob, Lévi et Si- Ntéofl sont assez mal traités; la dispersion des lévites p trmî les autres tribas est prédite

comme une punition du crime de leur père. Gcn. xlix, 5 et suiv. Qui a forcé Moïse de

coi

Gcn. xlix, 5 cl suiv. Qui a lorcé Moïse de conserver le souvenir de cette tache imprimée à sa tribu ? Nous ne voyons pas en quoi le sacerdoce judaïque pouvait exciter l'ambition. Les lévites n'eurent point de part à la distribution des terres : ils étaient dispersés parmi les autres tribus, obligés de quitter leur famille, pour venir remplir leurs fonctions dans le temple de Jérusalem : leur subsistance était précaire ; ils étaient exposés à la perdre lorsque le peuple se livrait a l'idolâtrie. Une preuve que le sacerdoce n'était pas par lui-même une source de prospérité, c'est que la tribu de Lévi fut toujours la moins nombreuse ; on le voit par les dénombrements qui furent faits en différents temps.

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A la vérité l'auteur de l'Ecclésiastique , xr.v, 7. fait un éloge magnifique de la dignité tf Aaron et des privilèges qui étaient attachés à son sacerdoce ; mais il les envisage sous un aspect religieux, beaucoup plus que du côté dos avantages temporels ; le privilège de subsister par les offrandes des prémices et par une portion des victimes ne pouvait pas compenser les inconvénients auxquels les prêtres en général étaient exposés aussi bien que leur chef. Nous ne voyons pas dans l'histoire sainte que les pontifes des Hébreux aient jamais joui d'une très-grande autorité ni d'une fortune considérable , et nous ne comprenons pas quel motif aurait pu exciter l'ambition de gouverner un peuple aussi intraitable et aussi mutin que l'étaient les Hébreux.

Les mêmes censeurs ont ajouté qu'après l'adoration du veau d'or le peuple fut puni, et qn'.4arcm, le plus coupable de tous, ne le fut point : que le gros de la nation porta la peine du crime de son pontife. C'est une calomnie. Aaron ne fut ni l'auteur de la prévarication du peuple, ni le plus coupable , il céda par faiblesse aux cris importuns d'une multitude séditieuse. Moïse, à la vérité, demanda au Seigneur grâce pour son frère, et l'obtint. S'il avait agi autrement, on l'aurait accusé d'inhumanité, ou d'avoir profité de l'occasion pour supplanter son frère. La faute û'Aaronne demeura cependant pas impunie. H fut exempt de la contagion qui Ut périr les prévaricateurs ; mais il eut bientôt à pleurer la mort de ses deux fils aînés ; il fut exclu, aussi bien que Moïse, de l'entrée dans la terre promise, et subit une mort prématurée pour une faute assez légère.

Si l'on veut faire attention à la multitude et à la rigueur des lois auxquelles le grand prêtre était assujetti, à la peine de mort qu'il pouvait encourir s'il péchait dans ses fonctions, à l'espèce d'esclavage dans lequel il était retenu, on verra que cette dignité n'était pas fort propre à exciter l'ambition. Voy. Lévite, Pontife, Prêtre, Sacerdoce.

La révolte de Coré et de ses partisans, et leur punition éclatante, ont fourni aux incrédules de nouveaux traits de malignité. Coré, chef d'une famille de lévites, jaloux du choix que Dieu avait fait d' Aaron pour le pontificat, se joignit à Dalhan, à Abiron et à deux cent cinquante autres chefs de famille, et ils reprochèrent à Moïse et à son frère l'autorité qu'ils exerçaient sur le peuple du Seigneur. Moïse leur répondit avec modération que c'était à Dieu seul de désigner ceux qu'il daignait revêtir du sacerdoce , et il le pria de confirmer, par la punition exemplaire des rebelles, le choix qu'il avait fait d Aaron et de ses entants. En effet, la terre s'ouvrit et engloutit Coré avec ses complices et m toute leur famille, et un feu du ciel consuma les deux cent cinquante autres coupables. Num. xvi.

Reprocher ce châtiment à Moïse comme un trait de cruauté, c'est s'en prendre à Dieu même. Moïse ni son frère n'avaient pas sans doute le pouvoir de faire ouvrir lu terre , ni

de faire tomber le feu du ciel ; et ce prodige se fil à la vue de tout le peuple assemble. Dieu aurait-il approuvé par un miracle l'ambition ou la cruauté des deux frères?

Vainement certains critiques ont voulu trouver de la ressemblance entre l'histoire d'.4rtronet la fable de Mercure ; tous les traits du parallèle qu'ils en ont fi» i t sont forcés. Homère et Hésiode ont connu la fable de Mercure longtempsavanl que le» Grecs aient pu avoir aucune connaissance de l'histoire des Juifs ; Hérodote, qui a vécu quatre cent» ans après ces deux poètes, connaissait trèspeu les Joifs. D'autres ont cru que le personnage de Mercure avait été copié sur celui d'Eliézer, économe d'Abraham ; ils n'ont pas mieux rencontré. Il est fort aisé d'abuser do ces sortes de parallèles entre l'histoire sainte et la f.ible, et nous ne voyons pas quelle utilité il en peut résulter. Ceux qui voudront consulter les allégories orientales de M. do Gehelin, pag. 100 et suiv., verront qu'il u'a pas été nécessaire de copier l'histoire sainte, pour forger la fable de Mercure.

AB, ABBA. Voy. Père.

ABADDON, est le nom de l'ange exterminateur dans l'Apocalypse ; il vient de l'hébreu Abad. perdre, détruire.

ABAlLARDou ABÉLABD (Pierre), docteur célèbre du xw siècle, mort l'an 1142. Nous n'aurions rien à en dire, si l'on n'avait pas travaillé de nos jours à réhabiliter sa mémoire, à faire l'apologie de sa doctrine, et à donner au dérèglement de sa jeunesse toute la célébrité possible ; ce que l'on en a dit est tiré du Dictionnaire de Bayle, articles Abélard, Bérenger , Héloïse. Saint Bernard y est accusé d'avoir persécuté Abailard par jalousie de réputation. Mosheim, Brucker et d'autres protestants, n'ont pas manqué d'adopter ceile calomnie.

Malgré les efforts de Bayle et de ses copistes, il résulte de leurs aveux, 1" que le dérèglement des mœurs d'Abailard n'est point venu de faiblesse, mais d'un tonds de perversité naturelle; il avait formé le dessein de séduire Héloïse avant qu'elle fût son écoliére. C'est dans celte intention qu'il se mit eu pension chez le chanoine Fulbert et lui offrit de donner des leçons à sa nièce; et il en convient lui-même dans la relation qu'il fait de ses malheurs. — 2' La vanité, la présomption, la jalousie, le caractère hargneux d'Abailard, sont prouvés par ses écrits et par sa conduite. Son ambition était de vaincre ses maîtres dans la dispute, d'établir sa réputation sur les ruines de la leur, de leur enlever leurs écoliers , d'être suivi d'une foule de disciples. On voit, par ses ouvrages, qu'il entraînait ses auditeurs beaucoup plus par ses talents extérieurs que par la solidité do sa doctrine; il était séduisant, mais il instruisait très-mal : il se fit des ennemis de propos délibéré, pour le seul plaisir de les braver. Jaloux de la réputation de saint Norbert et de celle de saint Bernard, il osa les calomnier l'un et l'autre. — 3' 11 se mit a professer la théologie sans l'avoir étudiée suitisamment ; il y porta les subtilités frivoles de sa dialeeti-

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que et un esprit faux : cela csl évident par le premier ouvrage qu'il publia. Bien n'élait plus absurde que de donner u:i traité de la loi à la sainte Trinité, pour servir d'introduction à la théologie; de vouloir expliquer ce mystère par des comparaisons sensibles : s'il pouvait être compare à quelque chose, re ne serait plus un mystère ou un dogme incompréhensible. — k" Ses apologistes sont forcés de convenir qu'il y a des erreurs dans cet ouvrage et dans le> autres : ce n'est donc ]>as injustement qu'il fut condamné dans un concile de Soissons, l'an 1121, et que l'auteur fut obligé de se rétracter. Cet événement rendit avec raison les évêques et les autres théologiens plus attentifs sur sa doctrine. Vingt ans après, Guillaume, abbé de Saint- Thierry, crut trouver de nouvelles erreurs dans les écrits a'Abailard; il en envoya le précis et la réfutation à Geoffroi , évêque de Chartres , et à saint Bernard , abbé de Clairvaux. A-t-on quelque motif de prêter de la jalousie, de la haine, de la prévention à l'abbé de Saint-Thierry? Saint Bernard, loin de témoigner ces mêmes passions contre Abailard, lui écrivit pour l'engager à se rétracter et à corriger ses livres. Cet entêté n'en voulut rien faire : il voulut attendre la décision du concile de Sens, qui était près de s'assembler, et demanda que saint Bernard y fût présent. L'abbé de Clairvaux s'y trouva en effet; il produisit les propositions extraites des ouvrages d' Abailard, et le somma de les justifier ou de les rétracter. — Parmi ces propositions, que l'on peut voir dans le Dictionnaire des hérésies, article Abailard, il y en a quatre qui sont pélagiennes , trois sur la Trinité, dont le sens littéral est hérétique ; dans une autre , l'auteur enseigne l'optimisme; dans la quatorzième, il soutient que Jésus-Christ n'est pas descendu aux enfers. Oui l'empêchait de rétracter les unes et d'expliquer les autres, comme il fut obligé de le faire dans la suite? Sans vouloir le faire dans le concile de Sens, il en appela à la décision du pape, et se retira. Par respect pour son appel, le concile.se contenta de condamner les propositions, et ne nota point sa personne.— On dit, pour l'excuser, qu'il vil bien que saint Bernard et les évêques du concile de Sens étaient prévenus contre lui, et que sa justification n'eût servi à rien. Mauvais prétexte, dont un opiniâtre peut toujours se .servir quand il le veut. S'en rapporter d'a^ bord au jugement du concile, en appeler ensuite avant même qu'il soit prononcé, est un trait de révolte et de mauvaise foi : les évêques étaient ses juges légitimes; en refusant «le se justifier, il méritait condamnation. — Bn effet, il fut condamné à Borne aussi biea qu'a Sens. Est-ce encore par haine ou par jalousie que le pape et les cardinaux prononcèrent l'anathème contre lui? Ce n'est qu'après cette condamnation qu'il lit enfin son apologie et sa profession de foi, dans laquelle il rétracta formellement la plupart des propositions qu'on lui avait reprochées , et lâcha d'expliquer les autres. Ce grand reproche que l'on fait à saint Bernard csl de s'èlro

exprimé trop durement au sujet A'Abailard , dans les lettres qu'il écrivit à Borne et aux évêques de France à ee sujet; mais ce ne fut qu'après le refus que fit Abailard de s'expliquer et de se rétracter. Celte conduite dut persuader au saint abbé que ce novateur était un hérétique obstiné. Mosheim et Bruclier disent que saint Bernard n'entendait rien aux subtilités (je la dialectique de son adversaire; mais celui-ci s'entendait-il lui-même? On voit, par les ouvrages du premier, qu'il était meilleur tbéolog en que son antagoniste, et qu'Abailard aurait pu le prendre pour maîlre ou pour juge, sans se dégrader. Toujours est-il vrai que les protestants qui reprochent à l'abbé de Clairvaux la haine, la jalousie, la violence, l'injustice contre l'innocence persécutée, se rendent eux-mêmes coupables de tous ces vices. — 5" Ils affectent d'insinuer qu'il fut condamné et persécuté, non pour ses erreurs, mais pour avoir soutenu aux moines de Saint-Denis que leur saint n'était pas le même que saint Denis l'Aréopagite; c'est une imposture. Ce point ne fui mis en question ni à Soissons, ni à Sens, ni à Borne; Abailard fut condamné pour des erreurs qu'il avait enseignées sur la Trinité, sur l'incarnation, sur la grâce et sur plusieurs autres chefs. — 6° Lorsque Pierre le Vénérable, abbé de Cluny , eut donné à Abailard une retraite et l'eut converti, saint Bernard se réconcilia de bonne foi avec lui et ne chercha point à troubler son repos : il n'avait donc point de haine contre lui. Mais aux yeux des incrédules, les hérétiques ont touours raison ; les Pères de l'Eglise ont toujours eu tort. Ils blâment dans les ouvrages de saint Bernard les défauts de son siècle, et ils les excusent dans ceux d' Abailard , où ils sont beaucoup plus sensibles. Voyez Saint Bernard. Hisl. de l'Egl. Gallic, tom. VIII, ann. 1117 et suiv. ; ton». IX, ann. 1139-1H2, etc.

ABAISSEMENT. Les livres du Nouveau Testament nous parlent souvent des abaissements ou des humiliations du Verbe incarné. Il s'est anéanti, dit saint Paul, et a pris (a forme d'un esclave; il s'est humilié et s'est rindu obéissant jusqu'à mourir, et mourir sur une croix : c'est pour cela que Dieu l'a exalié et lui a donné un nom supérieur à tout autre nom, afin qu'au, nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue publie que Notre- Seiyneur Jésus-Christ jouit de la gloire de son Prie (l'hilipp. n,7,8). Il ne s'ensuit donc pas que le Fils tic Dieu, en se faisant homme, ail rien perdu de sa grandeur. Bien, disent les Pères de l'Eglise, n'est plus digne de la majesté divine que d'opérer le salul de ses créaluies. Il fallait ecl excès d'abaissement de la pari du Verbe incarné, pour guérir 1 homme de l'orgueil excessif qu'une fausse philosophie lui avait inspiré : il le fallait, pour consoler la plus grande parlie du genre humain de l'humiliation à laquelle elle est réduite.

ABANDON. Il y a dans l'Ecriture sainte des passages qui semblent prouver que Dieu

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ibandonne les pécheurs, et même de9 naiions enlières ; mais il en est d'autres qui nous assurent que Dieu est bon à l'égard de lous, qu'il a pitié de tous, qu'il n'a de l'aversion pour aucune de ses créatures, que ses miséricordes se répandent sur tous ses ouvrages, etc. Les premiers ne signifient donc jpas que Dieu prive absolument de louies igrâces les pécheurs ou les nations infidèles, imais qu'il ne leur en accorde pas auiant qu'à d'autres peuples, ou qu'il ne leur fait pas autant de bien qu'il leur en a fait autrefois. C'est un usage commun dans touies les langues, d'exprimer en termes absolus ce qui n'est vrai que par comparaison. Ainsi, lorsqu'un père ne veille plus avec autant de soin qu'il le faisait autrefois sur la conduite de son fils, on dit qu'il l'abandonne; s'il témoigne au cadet plus d'affection qu'à l'aîné, on dit que celui-ci est délaissé, négligé, pris en aversion, etc. Ces façons de parler ne sont jamais absolument vraies; personne n'y est trompé; elles ne doivent pas nous surprendre davantage dans l'Ecriture sainte que dans le langage ordinaire.

En effet, malgré les promesses formelles que Dieu avait faites aux Juifs de ne jamais les abandonner, ils ne manquaient pas de dire dans toutes leurs calamités : Le Seigneur nous a délaissés, nous a oubliés. Voici ce que leur répond le prophète Isaïe, de la part de Dieu, c. xlix, v. lk : Une mère peutelle oublier son enfant et manquer de tendresse pour le fruit de ses entrailles? Quand elle pourrait le faire, je ne vous oublierais point. L'abandon prétendu dont se plaignaient les Juifs consistait seulement en ce que Dieu ne les protégeait plus d'une manière aussi éclatante, et ne leur accordait plus autant de bienfaits qu'autrefois.

Nous devons rayonner de même, et entendre de même l'Ecriture sainte, à l'égard des grâces de salut et des secours surnaturels. Dans l'article Grâce, § 3, nous prouverons , par l'Ecriture sainte, par les Pères de l'Eglise, par l'efficacité de la rédemption, qu'il n'est sous le ciel aucune créature que Dieu laisse manquer de grâces absolument et entièrement ; mais il n'en fait pas également et en même mesure à lous les hommes : aux uns, il en accorde de plus abondantes et de plus efficaces qu'aux autres, et c'est dans ce sens seulement que ceux-ci sont abandonnés,en comparaison des premiers.

Quelques accusateurs de la Providence ont affecté d'alléguer un passage du livre des Proverbes, c. i, v. 24, où la Sagesse dil aux pécheurs : Je vous ai appelés, et vous m'avez rebutée: je vous ai tendu les bras, et aucun

de vous ne m'a regardée De mon côté, je

rirai et j'insulterai à votre ruine, lorsque les

maux que vous craignez tousseront arrivés

Alors on in invoquera, et je n'écouterai point ;

on me cherchera, et on ne me trouvera pas

Mais celui q<ii m' écoutera reposera sans crainte; il sera dans l'abondance et n'aura plus de maux à redouter. Nous ne vo ons pas comment l'on peut conclure de là qu'il y a un moment fatal auquel Dieu n'écoute plus

les pécheurs, les abandonne entièrement, leur refuse toute grâce et les laisse périr. 1° Il est évident que le Sage parle de maux temporels, et non de la réprobation des pécheurs. 2° Ce serait en vain qu'il ajoute : Celui qui ni écoulera, etc. Los pécheurs peuventils encore écouter Dieu, lorsqu'il ne leur parle plus par la grâce? 3" Cetic opinion est formellement contraire à la promesse que Dieu a faite par Ezéchiel, c. xxxnr, v. 14 : Lorsque j'aurai dit à l'impie, tu mourras, s'il fait pénitence et pratique la justice,. ...il vivra et ne mourra point. Or, l'impie ne peut faire pénitence, à moins que Dieu ne lui donne la grâce.

Les Pères de l'Eglise ont tous insisté sur ce passage et sur ce qui précède, v. 11 : Far ma vie, dit le Seigneur, je ne veux point la mort de l'impie, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Ils en ont conclu que la miséricorde de Dieu n'abandonne jamais entièrement les pécheurs. Dieu dit dans l'Apocalypse, c. m, v. 19 : Faite* pénitence, je suis à la porte et je frappe; si quelqu'un m'ouvre, j'entrerai chez lui. 11 ne met point d'exceptions. Jésus-Christ nous est représenté, non comme un juge empressé de faire justice, mais comme un Sauveur miséricordieux, qui craint de perdre une âme et le prix du sang qu'il a répandu pour elle.

Cependant quelques théologiens soutiennent que ce n'est point là le sentiment do saint Augustin. Ce Père, disent-ils , a répétévingt fois que Dieu n'abandonne point le juste, à moins qu'il n'en soit abandonné; il applique ce principe même à notre premier père, Serm. 1 in Ps. lviii, n. 2; il dit que Dieu a délaissé Adam, parce qu'Adam luimême a délaissé Dieu : donc il suppose que quand un juste abandonne Dieu , il en est abandonné à son tour. L. m, de Pecc. meritis et remiss., c 13, n. 22, le saint docteur prétend que, dans quelques occasions, Dieu n'aide point les justes à faire le bien, parce qu'ils peuvent s'enorgueillir; il pense que Dieu leur refuse la grâce et les laisse tomber, afin de les humilier par leur chute. Or, s'il refuse quelquefois la grâce aux justes, à plus forte raison aux grands pécheurs. Lorsque ceux-ci veulent s'excuser en disant : En quoi sommes-nous coupables de vivre mal, dès que nous n'avons pas reçu la grâce de bien vivre? Saint Augustin répond, epist. 194 ad Sixtum, c. 6, n. 22 : S'ils sont au nombre des vases de colère destinés à la perdition, qu'ils s'en prennent à eux-mêmes , parce qu'ils ont été faits de cette masse que Dieu a justement condamnée pour le péché d'un seul, dans lequel lous ont péché. Ainsi, ce Père suppose que la grâce h'ur est refusée à cause du péché originel. Enfin, Tract. 58 in Joan., n. 6, il dil que Dieu aveugle et endurcit les pécheurs, non en les forçant au mal, mais en ne les secourant point, par conséquent en les abandonnant.

11 est étonnant que ceux qui prêtent à saint Augustin celle doctrine absurde n'aient pas vu qu'ils le font tomber dans des contradictions grossières. 1° Puisque le jusle a bc-

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soin de la grâce provenante, non-seulement pour faire le bien, mais encore pour y persévérer, s'il lui arrive d'abandonner Dieu ou de pécher parce qu'il a manqué de la gr.ice, ce n'est pas lui qui a délaissé Dieu, mais c'est Dieu qui l'a délaissé le premier : dans ce cas, que devient le principe tant répété par saint Augustin, que Dieu n'abandonne jamais le juste, à moins qu'il n'en soit abandonné? Lorsqu'Adam a péché pour la première fois, avait-il déjà délaissé Dieu? ou la grâce lui a-t-elle été refusée parce qu'il était né de la masse de perdition? 2° Lorsque les pécheurs veulent rejeter sur Dieu la cause de leurs crimes, saint Auguslin leur oppose ce passage de l'Ecclésiastique, c. xv, v. Il : k Ne dites point. Dieu me manque; c'est lui qui m'a effaré; Dieu n'a pas besoin des impies, etc. » L. de Grat. et Lib. arb., c. 2, n. 3. Que l'on dise : Dieu me manque, ou Dieu me laisse manquer de grâce, c'est la même chose : or, selon l'auteur sacré et selon saint Auguslin, c'est un blasphème. 3° Ce saint docteur a répété vingt fois qu'il ne faut désespérer d'aucun homme vivant, lïnarr.Zin Ps. xxxvt, n. 11, etc., pas même des impies, in Ps. l, n. 18; que le démon est la seule créature de la conversion de laquelle il faut désespérer, in Ps. liv, n. k. Il dit, Confess. lib. vnr, c. 11, n. 27 : Jette-toi entre les bras de ton Dieu; ne crains rien; il ne se retirera pas afin que tu tombes, etc. Que signifie tout cela si Dieu peut abandonner absolument, nnn-seulemcnl les grands pécheurs , mais encore les justes, afin de les humilier?

Cherchons donc un moyen de décharger saint Auguslin de toutes les absurdités qu^on lui impuie : cela n'est pas fort difficile.

Serm. 1 in Ps. lviii, n. 2, il dit qu'Adam , après son péché, fut privé de la joie et de la consolation qu'il goûlait auparavant à voir Dieu et à converser avec lui, puisqu'il se cacha ; c'est ainsi que Dieu se relira de lui et le délaissa. L'Ecriture nous l'apprend, et il ne s'ensuit rien.

L. î.i de Pecc. merilis et remiss. , c. 13, n. 22, saint Auguslin ne dit point que Dieu refuse quelquefois aux justes la grâce pour faire le bien, mais pour le faire parfailement, ad perftciendumjustitiam; et cela est vrai. Dieu ne donne pas toujours aux âmes les plus saintes la force de pratiquer le bien avec autant de perfection qu'elles le voudraient : c'est ce qui les afflige, les humilie, les tourmente même par des scrupules. S'ensuit-il de là que Dieu leur refuse les grâces nécessaires pour éviter le péché cl pour persévérer dans le bien?

Kpist. 19V ad Sixtum, chap. 6, n. 21 et 22, saint Auguslin parle non de la grâce actuelle, mais de la grâce finale, du don de la persévérance, de la prédestination à la gloire éternelle. Nous convenons, d'après saint Auguslin, que ce don n'est dû à personne, que Dieu peut le refuser à qui il lui plaît , et que «eux auxquels il ne l'accorde point n'ont pas droit de se plaindre; que cela ne peut pas excuser les pécheurs, comme le prétendait Téldge. Nous traiterons cette question

aux mois Persévérance et Prédestination. Voyez Grâce, § 3.

ABBAYE, ABBÉ, ABBESSE. Un corps, une communauté quelconque ne peut subsister sans subordination : il faut un supérieur qui commande et des inférieurs qui obéissent. Parmi des .membres tous égaux, et qui font profession de tendre à la perfeclion, l'autorité doit être douce et charitable ; on ne pouvait donner aux supérieurs monastiques un nom plus convenable que celui de père: c'est ce que signifie abba. Par la même raison, l'on a nommé abbesses les supérieures des religieuses, et abbayes les monastères. La juridiction, les droits, les privilèges des abbés et des abbesses ont été fixés par les lois ecclésiastiques : c'est un de< articles de la jurisprudence canonique. [Voy. le Die», de Droit canon.] Il nous suffit d'observer que la multitude des abbayes de l'un et de l'autre sexe n'a rien d'étonnant pour ceux qui savent quel était le malheureux état de la société en Europe pendant le xc siècle et les suivants. Les monastères étaient non-seulement les seuls asiles où la piété pût se réfugier, mais encore la seule ressource des peuples opprimés , dépouillés, réduils à l'esclavage par les seigneurs toujours armés et acharnés à se faire une guerre continuelle. Ce fait est attesté par la multitude des bourgs et des. viles bâtis autour de l'enceinte des abbayes. Les peuples y ont trouvé les secours spirituels et temporels, le repos et la sécuiitôdont ils ne pouvaient jouir ailleurs.

On n'a jamais autant . déclamé que de nos jours contre les richesses, la somptuosité, la magnificence des abbayes : dans nos dictionnaires géographiques, on ne manque jamais, en parlant des villes ou des bourgs dans lesquels il se trouve une abbaye, de faire contraster l'opulence qui y règne avec la pauvreté et la misère des peuples du canton, et d'insinuer que c'est ce voisinage fatal qui ruine les colons.

L'on ferait une observation à peu près aussi sensée, si l'on mettait en opposition la magnificence du château de Versailles et le luxe de la cour, avec la multitude des pauvres rassemblés dans celle ville ; ou la misère répandue sur le pavé de Paris, avec la somptuosité des hôtels des grands seigneurs et des financiers. Les pauvres se rassemblent dans ces deux villes, parce qu'ils espèrent de trouver du secours dans la charité des princes et des grands : ainsi, les abeilles se répandent sur les prairies dans lesquelles il y a des fleurs à sucer, et non dans les campagnes labourées, où il n'y en a point. Nous pensons qu'il en esl de même des abbayes et des riches monastères, et que si les misérables n'y trouvaient rien à gagner, ils iraient chercher leur subsistance ailleurs. Les réflexions de nos censeurs politiques prouvent précisément le contraire de ce qu'ils [(retendent.

Il vient de paraître un ouvrage intitulé : Obsnrations d'un solitaire a lot/en, dans lequel l'auteur a prouvé, par des r. lisons trèsbolides, qu'à n'envisager les abbayes et les

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