‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 98 sur 183 · BIE · texte numérisé non relu

BIE

l.i falalilé, rien n'est positivement ni bien ni m t, puisque rien ne peut élrc autrement qu'il est ; il n'y a plus ni ordre ni désordre, puisqu'il n'y a point d'intelligence suprême qui ail rien ordonné.

Toutes les objections dis manichéens répétées p r BaJe el par les athées sur l'origine du mal ne sont que des sophismes ; ils confondent le bien et le ma! relatifs avec le bien et le mai absolus. Si Bayle avait lu saint Augustin avec plus d'attention, il aurait vu que ce Père a très-bien saisi le point de la difficulté, el a fondé sis réponses sur un principe évident : « Quelques biens que Dieu fisse, dit-il, il peut toujours faire mieux, puisqu'il est tout-puissanl ; il n'y a donc au- < un degré de bien qui ne soit un viol, en comparaison d'un degré supérieur : où faudra-l-il nous arrêter? [Epist. 184, c. 7, n. 22. L. contra Epist. fundam., c. 25, 30, 37, etc.) Voilà ce que Bayle el ses copistes n'ont jamais voulu concevoir. — Ils disent qu'un être souverainement puissant el bon n'a pu faire du mal. S'ils entendent un mal absolu, cela est vrai. Mais où est dans le momie le mal absolu? 11 n'y en a pas plus que de bien absolu. S'ils entendent par mil un bien moindre qu'un autre, leur principe est faux. Un être souverainement puissant et bon a pu, sans déroger à sa bonté, faire un bien moindre qu'un autre bien. Si l'on s'obstine à soutenir qu'il a dû faire le plus grand bien qu'il a pu, on tombe dans l'absurdité: Dieu ne sérail pas tout-puissant, s'il ne pouvait pas l'aire mieux que ce qu'il a fait.

Tous les sophismes que les anciens et les modernes ont faits sur l'origine du mal ont été fondés sur celle équivoque et sur la comparaison fautive qu'ils ont faite entre la bonté jointe à une puissance infinie, et la bouté des ciéaiures jointe à une puissance très-bornée. — Ils ont fait le même abus des mots bonheur et malheur. Le bonheur est l'état habituel du bien-é;re; celui dont nous sommes capables ici-bas est nécessairement borné, non-seulement dans sa durée , ma;s en lui-même, par conséquent mélangé de mal et de privation ; quelque p ;rfail que l'on puisse l'imaginer, la certitude dans laquelle nous sommes de le voir finir un jour suflit pour y répandre l'amertume : il n'y a point de bonheur absolu que le bonheur éternel.

Les idées de bonheur cl de malheur sont donc encore des nolions purement relatives, el non des idées absolues ; un état habituel quelconque est censé heureux, quand on le compare à un état moins avantageux et moins agréable; il est réputé malheureux en comparaison d'un état dans lequel on goûterait plus de plaisir ctoù l'on sentirait moins de privations. Kntre le bonheur absolu qui est celui de l'éternité, et le malheur absolu qui est la damnation, il y a une échelle immense d'états qui ne sont le bonheur ou le malheur que par comparaison ; quel que soit celui de ces états dans lequel un homme se trouve, il n'est ni absolument heureux, ni absolument malheureux. L» s détracteurs de la providence ont beau répéter que Yhommc

est malheureux en ce monde, cela signifie seulement qu'il est moins h ureux qu'il ne pourra t et ne voudrait l'être, el il ne s'ensuit rien contre la bonté de Dieu; puisque celle bonté ne peut jamais s'étendre jusqu'à ren Ire l'homme aussi heureux actuellement qu'il le peut et le veut être (1). — Quand un homme serait habituellement exemptde toute souffrance, et dans un sentiment continuel de plaisir cela ne suffirait pas pour le rendre absolument heureux, à moins qu'il ne fût certain que ce sentiment ne finira et ne diminuera jamais. Or un sentiment de plaisir trop vif ou continué trop longtemps dégénère en douleur et devient insupportab'e.

Ainsi les objections tirées (lu prétendu malheur des clics sensibles, ou de leurs

(1) Saint Augustin :» très-bien té-o'u celte prétendue difficulté. « Il :» plu à la divine providence, ditil, de préparer a x bons pour le siècle à venir, des biens doni les méehanls ne jouiront point, et aux méchants des maux dent les bous ne seront pas tourmentés. Mais pour les biens el les maux de cette vie, elle a voulu qu'ils fussent communs aux uns et aux autres, afin qu'où ne désire point avec ardeur des biens <iue les méchants possèdent connue les autres, el qu'on ne regarde point connue honteux des maux dont les bons soni rarement à couvert. — Il y a pourtant, ajoute le même docieur, une très-grande différence dans l'usage que les uns et les autres font de ces biens et de ces maux ; car les bons ne s'élèvent point dans la bonne fortune et ne s'abattent point dans la mauvaise ; au lieu que les méchants considèrent l'adversité comme une grande peine, et sont ainsi punis de s'être laissé corrompre par la prospérité. Souvent, néanmoins, Dieu fait paraître qu'il agit lui-même dans la dispensation des biens et des maux ; el véritablement si lout péché étail puni dès celle vie d'une punition manifeste, Ton croirait qu'il ne resterait plus rieu dans le dernier jugement ; de même que si Dieu ne punissait maintenant aucun péché de peines sensibles, on croirait qu'il n'y a point de providence. B en est de même des biens temporels. Si Dieu, par une libéralité toute visible, ne les accordait à quelques-uns de ceux qui les fui demandent, nous dirions que cps choses-là ne sont point en sa dispos lion ; et s'il les donnait à tous ceux qui les lui demandent, nous croirions qu'il ne le faudrait servir que pour ses récompenses ; et le service que nous lui rendrions n'entretiendrait pas en nous la piété, mais l'avance et l'intérêt. C<la étant ainsi, lorsque les bons et les méchants sont également affligés, il ne se Faut p s imaginer qu'il n'y ait point de différence entre eux, parce qu'il n'y a point de difléience de ceux qui sont châtiés et ceux qui ne le sont pas, parce que tous sont atteints par la ressemblance du châtiment. La vertu et le vice ne sont pas une même chose, pour être exposé* aux mè:iies souffrances 1 Car, comme un même feu fait briller l'or et noircir la paille ; comme un fléau écrase le chaume et purge le froment, el de même encore que le marc ne se mêle pas avec l'huile quoiqu'il soit tiré de l'olive sous le même pressoir, ainsi un même malheur, venait à fondre sur h s bous cl sur les méchants, éprouve, purifie el fait éclater la vertu des uns, et au contraire, perd, détruit el damne les autres. C'est pour cela qu'en une même affliction les méchants blasphèment contre Dieu, tandis (pie les bons le prient el le bénissent : tant il est important de considérer, non ce que l'on souffre, mais celui qui soulfre ! Car le même mouvement qui tire de la boue, en fait sortir les exhalaisons le-> p'us suaves. » (De lu Cité de Dit», liv. i. c. 8.)

souffrances, ne prouvent pas plus contre In providence el la bonté de Dieu, que celles que l'on veut tirer de l'imperfection ou des défauts des créatures. Voy. Mal, Manichéisme. .,

BIEN et MAL MORAL. C est ce que 1 on appelle en d'autres termes bonté et méchanceté des actions humaines. S'il n'y avait point de loi suprême émanée de la volonté de Dieu, souverain législateur, il n'y aurait dans nos actions ni bien ni mal moral. Lorsqu'une action quelconque serait bonne et utile pour nous, nous serions dispensés de savoir si elle est nuisible à d'autres. Le bien moral, c'est ce qui est conforme à la loi naturelle qui nous est inlimée par li raison el par la conscience ; le mal moral, ce qui est contraire ou à celte loi ou à la loi divine positive. .

Il est dit dans l'Ecriture que Dieu, en créant nos premiers parents, leur donna l'intelligence , leur montra le bien et le mal (Ecclirxvu, 5). Il ne pouvait leur donner celle connaissance qu'en leur imposant une loi; sans loi, il n'y a plus de devoir ou Vobligation morale, plus de bonne œuvre ni de péché ; il n'y a plus ni vice ni vertu. Voy. ces articles. — Les théologiens observent que parmi les actions libres de l'homme, il y en a qui sont bonnes ou mauvaises, précisément parce qu'elles sont commandées ou défendues; d'autres qui sont bonnes ou mauvaises en elles-mêmes , el abstraction faite de toute loi qui les commande ou les défend; conséquemment ils distinguent la bonté et la méchanceté fondamentale de certaines actions d'avec la bonti et la méchanceté formelle. Ainsi, disent-i's, l'action de manger le sang des animaux, dans les premiers âges du monde, n'était pas un crime en elle-même, mais seulement parce que Dieu l'avait défendue; l'observation du sabbat n'élait un acte devenu que parce que Dieu l'avait commandée par un prccple positif. Au contraire, aimer Dieu el le prochain sont des actions essentiellement bonnes el louables, indépendamment de toute loi ; Dieu n'a donc pas pu se dispenser de les commander à l'homme: le blasphème, le meurtre, le parjure, sont des actions essentiellement el fondamentalement mauvaises, que Dieu n'a pas pu se dispenser de défendre. Les actions fondamentalement bonnes ou mauvaises sont l'objet de la loi naturelle ; les aulres sont l'objet des lois positives, lois que Dieu était libre d'établir ou de ne pas établir. — La bonté fondamentale d'une action est donc sa conformité avec ce qu'exige la souveraine perfection de Dieu, ou avec le dictamen de la sagesse divine; la bonté formelle est sa conformité à la loi. La méchanceté fondamentale d'une aclion est l'opposition à cette même sagesse divine, qui a dicté à Dieu ce qu'il devait commander ou défendre; la méchanceté formelle d'une action est son opposition à la loi.

v Celte distinction subtile a pu être nécessaire pour mettre plus de précision dans nos idées, mais les incrédules en ont étrangement abusé ; Bajle en a conclu que dans le

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